À suivre cette semaine

Garder le cap au-delà de la volatilité

Chaque lundi, La Presse Affaires invite un professionnel du secteur des placements à discuter de ses principales préoccupations concernant l’économie et les marchés financiers. Notre invité cette semaine : Marc-André Nantais, vice-président au bureau de Montréal de la firme Gestion privée Connor, Clark & Lunn (CCL). Cette firme dont le siège est à Vancouver gère 7 milliards d’actifs provenant de 2400 familles fortunées au Canada. En tout, le groupe CCL gère 75 milliards d’actifs provenant surtout d’investisseurs institutionnels canadiens.

Le premier trimestre 2018 en Bourse, plutôt tumultueux, se termine bientôt. Que dites-vous à vos clients plus préoccupés par les perspectives de rendement de leurs actifs ?

D’abord, après six ans de cycle favorable en Bourse, ils doivent s’attendre à ce que la progression des valeurs et des rendements soit plus difficile pour cette dernière portion du cycle économique.

Cela dit, depuis le début de 2018, le regain d’appréhension des marchés à l’égard de la hausse de l’inflation et des taux d’intérêt, aux États-Unis surtout, exerce des pressions baissières sur les valorisations boursières.

Et ce, même si les perspectives de croissance des bénéfices des entreprises demeurent favorables pour les prochains trimestres.

Ensuite, les préoccupations d’ordre économique concernant l’issue des négociations sur l’ALENA [Accord de libre-échange nord-américain] et les menaces d’une guerre commerciale par l’administration Trump aux États-Unis ajoutent à l’incertitude dans les marchés financiers.

Tout cela a contribué à la récente poussée de volatilité boursière qui se poursuivra probablement jusqu’à ce que la situation s’éclaircisse.

Que suivez-vous le plus ces temps-ci, qui pourrait encore agir sur les marchés financiers ?

Nous sommes particulièrement attentifs aux indicateurs économiques qui peuvent influencer la suite de la politique monétaire de hausse des taux d’intérêt. [La prochaine annonce de la Réserve fédérale des États-Unis est attendue mercredi.]

Les taux d’intérêt sont habituellement des indicateurs avancés des indices boursiers, qui sont eux-mêmes des indicateurs précurseurs de 12 à 18 mois sur les cycles économiques.

Ainsi, un resserrement additionnel de la politique monétaire [hausses de taux] pourrait affecter nos perspectives de rendement en Bourse, encore favorables quoique modérées, au-delà de la volatilité à court terme.

En ce sens, des indicateurs comme l’indice des directeurs d’achats du secteur manufacturier [indice PMI] aux États-Unis montrent que l’économie américaine continue de s’accélérer.

Au Canada, les récentes données équivalentes étaient inférieures aux attentes, alors que le rythme de croissance de l’économie ralentit.

Dans ce contexte, où en sont vos recommandations d’allocation d’actifs parmi vos clients-investisseurs ?

Même si la reprise de la croissance mondiale depuis 18 mois a été solide et durable, nous croyons que nous sommes dans la dernière moitié du cycle économique actuel.

Et si cette reprise a été bénéfique aux actions et aux obligations, en dépit du récent retour de la volatilité, il est désormais important d’être particulièrement sélectif lors de placements additionnels en actifs dits « à risque ».

Cela dit, nous privilégions une répartition neutre de l’actif entre les actions et les obligations.

Du côté des actions, nous préférons les actions mondiales aux actions canadiennes, puisqu’elles offrent un meilleur potentiel de rendement supérieur. L’Europe, le Japon et les marchés émergents sont avancés dans leur cycle économique, avec des politiques monétaires plus accommodantes et des valorisations boursières plus intéressantes.

Du côté des titres à revenu fixe, nous favorisons les obligations de sociétés de grande qualité par rapport aux obligations à rendement élevé, qui ne procurent pas un rendement supérieur suffisant pour compenser leur niveau de risque plus élevé.

Aussi, nous privilégions les obligations à court terme, puisqu’elles se comportent habituellement mieux lors des hausses des taux d’intérêt.

Par ailleurs, afin que les portefeuilles de nos clients puissent continuer à produire de bons rendements à long terme au-delà des épisodes de volatilité en Bourse, nous préférons y inclure des placements privés dans des actifs dits « alternatifs », comme les projets d’infrastructures et l’immobilier commercial d’envergure.

Plus accessibles qu’auparavant aux investisseurs non institutionnels, ces placements privés présentent des perspectives de rendement à long terme plus élevées que celles des titres à revenu fixe, tout en étant moins liés aux cycles des marchés boursiers.

Dans l'actualité boursière cette semaine

Résultats trimestriels (échantillon d’entreprises en vue)

En bourse Canadienne

Demain : Couche-Tard (dépanneurs, stations-service)

Mercredi : BRP (loisirs motorisés)

Vendredi : Fiera Capital (placements), Financière Power et Power Corp. (assurances et placements)

En bourse américaine 

Demain : FedEx (transport, livraison)

INDICATEURS ÉCONOMIQUES

Au Canada

Vendredi : indice des prix à la consommation (IPC inflation, février), ventes au détail (février)

Aux États-Unis

Mercredi : décision de taux d’intérêt (Réserve fédérale)

Sources : Thomson Reuters, billets d’économistes bancaires

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