INDUSTRIE DU LIVRE

Un « minibudget » à l’automne ?

Le gouvernement Trudeau envisage d’utiliser la mise à jour économique et financière de cet automne pour raviver l’économie canadienne, notamment en accélérant l’injection de milliards de dollars dans des projets d’infrastructures. Selon des initiés au sein du gouvernement, il est encore trop tôt pour qualifier cette mise à jour de « minibudget », mais l’événement pourrait finir par prendre cette forme. Ces sources indiquent que le premier ministre Justin Trudeau et le ministre des Finances Bill Morneau n’ont tenu jusqu’à maintenant que des discussions préliminaires au sujet d’une série de mesures qui pourraient normalement attendre jusqu’au budget de l’an prochain. — La Presse canadienne

Les librairies indépendantes regagnent du terrain

L’entente conclue entre le géant du livre Renaud-Bray et la librairie Olivieri pour sauver la petite institution de Côte-des-Neiges soulève des inquiétudes dans le milieu tissé serré des libraires indépendants. Mais ce milieu s’en tire pourtant beaucoup mieux ces temps-ci, après des années de crise.

Selon les plus récentes données de l’Observatoire de la culture, validées par la directrice générale de l’Association des libraires du Québec, Katherine Fafard, les ventes de livres neufs des librairies indépendantes (incluant les librairies scolaires) ont atteint 206,7 millions en 2015, une hausse de 1,3 % par rapport à l’année précédente. Les librairies à succursales (comme Renaud-Bray, aussi propriétaire des magasins Archambault) ont quant à elles enregistré des ventes de 183 millions, une baisse de 5,4 %. À titre comparatif, l’ensemble du marché de la vente de livres neufs (tous commerces confondus) a connu une baisse de 2,7 % entre 2014 et 2015.

« J’ai hurlé pendant des années que les librairies indépendantes allaient mal, mais ce n’est plus le cas. […] Il y a cinq ans, le milieu était en mutation, mais la relève s’installe. »

— Katherine Fafard, directrice générale de l’Association des libraires du Québec

Selon elle, la vitalité qu’ont connue ces dernières années les librairies indépendantes est notamment due aux jeunes librairies qui ont parfois acheté, en groupe, en formant des coopératives ou de façon indépendante, des librairies dont les propriétaires voulaient prendre leur retraite.

« Le tiers de nos membres ont été repris par de jeunes propriétaires au cours des trois dernières années. Puis, le numérique n’a finalement pas été [aussi dommageable que nous l’avions anticipé]. Ça représente de 2 à 4 % du marché seulement. Ceux qui étaient pessimistes il y a cinq ans ont cessé de l’être », dit Katherine Fafard.

Benoit Prieur, directeur général de l’Association des distributeurs exclusifs de livres en langue française, abonde dans le même sens.

« L’ambiance chez les libraires indépendants est pas mal plus optimiste aujourd’hui qu’elle ne l’était il y a 10 ans. C’est toujours un secteur fragile, parce qu’il s’agit de petits commerces, mais le portrait a changé », affirme-t-il.

« Le secteur qui connaît présentement d’importantes difficultés est celui de la grande diffusion, c’est-à-dire essentiellement Walmart et Costco. Eux sont vraiment en recul », conclut-il.

« L’ALTERNATIVE ÉTAIT LA DISPARITION »

Dans un communiqué de presse publié hier, Renaud-Bray a annoncé avoir mis la main sur la librairie Olivieiri, assurant que les propriétaires actuels « demeureront à la barre de [l’institution], qui gardera son autonomie et son identité propre ».

Hier, Rina Olivieri et Yvon Lachance ont envoyé un courriel à leurs clients afin de les rassurer.

« Nous avons débuté avec pour seul actif 200 $, nos idées, notre énergie et notre plaisir de partager la connaissance et de développer notre métier de libraire. »

« Nous avons grimpé plusieurs fois l’Himalaya pour honorer nos engagements […], nous l’avons fait au détriment de nos intérêts financiers, de notre santé et de nos familles. »

— Rina Olivieri et Yvon Lachance

« Nous avons déployé des trésors d’imagination pour trouver des solutions d’affaires dans un contexte de crise du milieu du livre. Le manque d’argent chronique, fortement aggravé par les travaux publics sur Côte-des-Neiges en 2011, ne nous a malheureusement pas permis de les mener à terme. L’entente entre Olivieri et Renaud-Bray permettra à Olivieri de continuer son projet ambitieux. L’alternative était sa disparition », ont poursuivi Mme Olivieri et M. Lachance, demandant à leurs clients de leur faire confiance.

Rina Olivieri et Yvon Lachance, tout comme le PDG de Renaud-Bray, Blaise Renaud, ont refusé nos demandes d’entrevue.

SURPRISE CHEZ LES INDÉPENDANTS

« C’est vraiment malheureux. Olivieri, pour [le marché des indépendants], c’est une institution. […] On espère que le magasin gardera le même caractère, mais encore une fois, c’est un gros qui ramasse un petit. »

— Victoria Lévesque, copropriétaire et directrice administrative de la Librairie Pantoute, à Québec

« C’est une nouvelle qui est surprenante. Pour l’instant, on prend la mesure des choses. À savoir si c’est une bonne ou une mauvaise nouvelle, c’est difficile à dire. »

— Marine Gurnade, directrice de la librairie Gallimard de Montréal

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