ALEXANDRE SIROIS

L’âge mur

Ce n’est pas le genre de nouvelle qui fait la manchette : la Ville de Montréal vient de lancer un nouveau programme d’art mural. Elle y aura injecté, cette année, un peu plus de 500 000 $.

Nous aurions pourtant tort de bouder notre plaisir ; c’est le genre d’initiative qu’on se doit de souligner. Tous ceux qui ont contribué à l’émergence de cette forme d’art public doivent être salués. Et il faut se réjouir de voir que nos autorités municipales y ont cru et, aujourd’hui, l’encouragent encore un peu plus.

La tradition des murales ne date pas d’hier dans la métropole. Montréal a commencé à en financer dès 2007. Mais on les considérait alors, avant tout, comme un outil pour éviter que les murs de la ville soient sans cesse défigurés par les graffitis.

Ces dernières années, un changement de cap bienvenu s’est effectué. Nos élus ont compris qu’il s’agissait d’œuvres d’art à part entière.

Le festival Mural sur le boulevard Saint-Laurent, qui célèbrera l’an prochain son cinquième anniversaire, nous a aidés à prendre conscience du caractère artistique de ces fresques urbaines (il poursuivait en quelque sorte le travail déjà entamé depuis le milieu des années 90 par le festival Under Pressure).

Le succès de Mural, en train de devenir un incontournable parmi les rendez-vous estivaux culturels montréalais, est remarquable. Chaque année, il prend de l’ampleur et trouve de nouveaux moyens de se rendre indispensable.

Parlez-en à la Société de développement du boulevard Saint-Laurent, qui décrit dorénavant l’artère comme « un musée à ciel ouvert ». Ses responsables sont maintenant convaincus que l’art mural contribue à la revitalisation du boulevard. Lentement mais sûrement, il prend du mieux après des années de vaches maigres.

L’art mural est incontestablement devenu un projet urbain mobilisateur.

On continue d’embellir la ville et, souvent – c’est important – , on trouve le moyen d’impliquer la communauté dans la conception et la réalisation de ces œuvres d’art. Notamment des jeunes de quartiers défavorisés.

Par ailleurs, pour une ville qui ne regorge pas d’attractions touristiques, c’est un atout supplémentaire.

Il n’y a pas que le boulevard Saint-Laurent qui en bénéficie. Des visiteurs d’ici et d’ailleurs, grâce à l’art mural, découvrent des quartiers dans lesquels ils n’auraient pas nécessairement mis les pieds autrement.

Car on parle déjà des murales de Montréal ailleurs dans le monde. Tant pour ce qui est de la quantité que de leur qualité. La métropole figure, à ce chapitre, parmi celles qui se démarquent en Amérique du Nord, estiment les responsables du festival Mural.

Dans le cadre de son programme d’art mural, la Ville a récemment fait l’inventaire des quelque 100 murales qu’elle a financées ces dernières années. On peut maintenant les géolocaliser. L’argent investi en 2016 aura par ailleurs permis, à la fin de l’année en cours, d’ajouter une vingtaine d’œuvres dans dix arrondissements différents (sur 19).

En somme, cela ne fait plus de doute, Montréal vient d’entrer dans l’âge mûr. Et les autorités municipales sont, à ce chapitre, en phase avec leur temps. C’est une excellente nouvelle.

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