Chronique

Emballement pour l’emballage vert

Avez-vous déjà essayé, à la Marie Kondo, d’empiler dans le centre de votre cuisine pendant une seule journée la quantité de matériel « jetable » qui aura traversé votre chemin ?

Les sacs, les boîtes de carton, les boîtes de conserve, les emballages en polystyrène de viande, de fruits et légumes, les rembourrages dans les boîtes, les tasses de carton pour le café, le papier pour envelopper le sandwich, le pot de plastique ou de verre du yaourt, la paille, évidemment, le carton de lait…

On a beau avoir abandonné les bouteilles d’eau et les couverts en plastique – même les pailles, depuis le boycott collectif informel mais apparemment contagieux lancé l’été dernier –, on n’est pas sortis de l’auberge. Nos bacs pour la matière recyclable sont pleins de carton, de plastique, de verre, de métal.

Il y a encore quelques années, cette réalité ne nous dérangeait pas immensément, car nous étions tous convaincus que tant que c’était mis dans le bac en question, ce n’était plus de la pollution.

Aujourd’hui, on constate à quel point tout ça n’est pas nécessairement bien recyclé, à quel point notre système a des failles – notre matière recyclée est tellement de mauvaise qualité que notre acheteur principal, la Chine, n’en veut plus – et à quel point notre prochain véritable effort devrait passer maintenant par la diminution de tous ces emballages. 

L’avenir est au vrac, ai-je envie de vous dire.

Mais combien d’années faudra-t-il pour qu’un véritable mouvement anti-emballage ait l’ampleur nécessaire pour que l’on sente un réel impact collectif sur les déchets que l’on produit ?

Bravo aux clients de Bulk Barn ou Loco, épiceries sans emballage en croissance. Mais tout seuls, je suis désolée, ils ne pourront pas sauver la planète.

Quand verra-t-on ceux des autres grandes chaînes adopter la même attitude ? Et quand verra-t-on tous les acteurs de tous les secteurs lâcher leurs cartons et leurs plastiques ? Oui, Apple, c’est à vous que je parle. Entre autres…

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Mais j’arrête ici parce que l’industrie de l’emballage, en fait, se pose bien des questions. Oui, elle tient pour acquis que l’on a encore besoin de plastique et de carton, ou du moins d’emballages, et que les téléphones en vrac, ce n’est pas pour demain.

Mais elle sait aussi que l’avenir appartiendra, à moyen terme, à ceux qui développeront non seulement des produits écoresponsables, mais aussi des solutions écoresponsables. Parce que les consommateurs le demandent. Quelque chose a basculé dans le passé récent. Est-ce à cause des milléniaux écolos ? Des images de tortues torturées par le plastique ?

On l’a vu avec le mouvement anti-pailles en plastique, quelque chose se passe. 

Mais les solutions ne sont pas aussi simples qu’on peut croire. Et il faut s’adapter constamment, m’expliquait récemment Martin Boily, vice-président du marketing aux Emballages Carrousel, le plus gros distributeur indépendant de produits d’emballage au Canada. Quel est le véritable impact d’une barquette à viande en matière recyclable, par exemple, si ensuite le tout est enveloppé dans du plastique et encore du plastique, le type qu’on ne recycle pas encore bien ? Et les emballages de matières qui ressemblent à du plastique mais sont compostables et qui s’en vont directement remplir les dépotoirs, sont-ils réellement écolos ?

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C’est pour réfléchir à certaines de ces questions sur tout ce qui touche les emballages en plastique, échanger sur les meilleures pratiques, les solutions réalistes d’avenir, et présenter aux uns et aux autres ce qui se fait chez soi, qu’à l’initiative de deux organismes, un français, Citéo, et un d’ici – Éco Entreprises Québec (EEQ) –, plusieurs acteurs se sont rassemblés la semaine dernière à Paris, au Forum Solutions Plastique. « Lundi matin [dernier], nous étions 325 », confiait en entrevue Maryse Vermette, directrice d’EEQ, l’organisme représentant toutes les entreprises québécoises qui génèrent de la matière recyclable. C’était plus que prévu. La salle débordait.

Parce qu’il n’y avait pas que des gens de France et du Québec. Des acteurs d’une vingtaine de pays, autant du Japon que d’Allemagne, d’Italie ou des Pays-Bas, s’y sont retrouvés.

Du Québec, il y avait toutes sortes d’acteurs du secteur, autant Carrousel, qui distribue des emballages, que Polystyvert, une jeune entreprise montréalaise qui a mis au point une technologie de recyclage du polystyrène, le fameux styromousse dont on a tellement dit pendant tellement longtemps qu’on ne pouvait pas le réutiliser.

Le recyclage moléculaire des plastiques que fait Polystyvert a été au centre d’une bonne partie des discussions, m’a expliqué Mme Vermette. C’est un secteur en pleine croissance. On va, en quelque sorte, à la source chimique de ce qu’est le plastique pour en refaire, de même qualité, avec la même matière. Loop Industries, de Terrebonne, est aussi dans ce domaine. 

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Donc, la technologie de la fabrication des emballages dans un contexte d’utilisation réellement circulaire de la matière progresse. Et des entreprises comme Pepsi choisissent de travailler avec Loop ou Total, et Saputo avec Polystyvert.

Mais le marché est loin d’être conquis.

Carrousel, par exemple, a choisi d’aller chercher des solutions d’emballage écoresponsables, explique Martin Boily. Cette partie du catalogue de l’entreprise est en pleine croissance. Autant pour les produits écolos que pour les solutions qui permettent de diminuer les quantités d’emballage nécessaires.

Et cela répond à une demande. « Deux clients sur trois nous en parlent », dit M. Boily. Et ça, c’est beaucoup de monde puisque l’entreprise dessert environ 1200 clients par jour.

Mais est-ce que l’impact sur les ventes se fait sentir ?

Pas encore.

Pour le moment, le changement est minime, marginal. 

Parce que les prix des emballages verts ne sont pas encore assez concurrentiels. « On veut tous une Tesla, mais peut-on se l’offrir ? », demande-t-il. 

Souvent, les emballages verts coûtent de trois à quatre fois plus cher que les autres.

Comprenez-vous pourquoi votre bac à recyclage est encore plein ?

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