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Les Y ne veulent pas de tracas

Acheter une vieille maison et la retaper tranquillement ? Pas pour la génération Y, ces adultes de 18 à 35 ans, souvent très éduqués et habitués dès leur enfance à un style de vie plutôt confortable.

« Plus de premiers acheteurs s’attendent aujourd’hui à du clés en main, une maison déjà rénovée, bien aménagée, prête à être habitée. Ils sont prêts à payer plus cher pour ne pas avoir à faire de rénovations », affirme Karen Kazandjian, une courtière qui a 15 ans d’expérience, surtout active dans l’arrondissement d’Ahuntsic-Cartierville.

Cette observation n’est pas anecdotique.

Selon un sondage Léger réalisé au Québec l’hiver dernier, seulement 13 % des jeunes acheteurs de maisons existantes ont choisi une habitation qu’ils pouvaient rénover selon leurs goûts.

« Ils ont été gâtés, les jeunes. Acheter une vieille maison, la rénover et ne pas être trop difficile, ce n’est pas pour eux, sauf ceux qui sont dans le domaine [de la construction]. »

— Micheline Lapierre, courtière immobilière

« Les jeunes aiment le beau ; ils achètent beaucoup plus le tape-à-l’œil que nous le faisions, croit Micheline Lapierre, courtière depuis 31 ans à Longueuil. Ils ne sont pas prêts à faire les sacrifices que nous avons acceptés pour avoir une maison unifamiliale. »

LA MONTÉE DU CONDO

« Dans les années 80 et 90, les maisons plus anciennes des grands lotissements de banlieue constituaient une option abordable pour les jeunes acheteurs. Aujourd’hui, ces propriétés sont relativement rares et se vendent à prix supérieur, faisant des appartements en copropriété et des maisons en rangée les nouvelles options jugées plus abordables », explique Robert Kavcic, économiste en chef chez BMO.

Yves Doyle, courtier depuis 19 ans dans Rosemont et l’est de Montréal, partage cette opinion. « Anjou et Pointe-Claire, c’est exactement ça. Des bungalows à rénover à Anjou se vendent entre 350 000 $ et 500 000 $, dit-il. Ce ne sont pas des premiers acheteurs qui achètent ces grandes maisons de plain-pied ou split-levels à trois chambres à coucher. Ils vont plutôt acheter les nouveaux condos et les maisons en rangée, un peu plus loin. »

« Le condominium est plus accessible et offre plus de choix, affirme aussi Micheline Lapierre. On peut trouver un condo avec deux chambres à coucher à Longueuil ou à Saint-Hubert pour 160 000 $ en moyenne. Un bungalow bien rénové ou un cottage jumelé coûtera en moyenne entre 250 000 $ et 280 000 $ dans les mêmes secteurs. »

ABORDABLE ET SANS TRACAS

Malgré cela, la maison reste populaire. Au cours des cinq dernières années, la majorité des premiers acheteurs a opté pour la maison unifamiliale, dans l’ensemble du Québec.

« J’aurais imaginé que l’appartement en copropriété aurait été plus populaire », affirme Paul Cardinal, directeur à l’analyse de marché à la Fédération des chambres immobilières du Québec, à propos des préférences des premiers acheteurs. Durant les cinq dernières années, pratiquement six acheteurs sur dix ont choisi la maison unifamiliale comme première demeure.

Les maisons en rangée ou jumelées et les condos ont été le choix de 40 % des premiers acheteurs, à parts égales, selon un sondage Léger publié au printemps dernier.

« Si on faisait un comparatif, poursuit Paul Cardinal, la copropriété a certainement gagné des points depuis 10 ou 20 ans. »

« C’est clair que [le condo] est un mode de propriété plus populaire, plus accepté, plus répandu et plus abordable pour les premiers acheteurs. »

— Paul Cardinal, directeur à l’analyse de marché à la Fédération des chambres immobilières du Québec

La copropriété répond aussi à un nouveau style de vie, explique Unsal Ozdilek, directeur de programme en immobilier de l’Université du Québec à Montréal. Une cuisine réduite, une ou deux chambres à coucher et un petit espace de travail ouvert sur son environnement suffisent à un grand nombre de ménages, dit-il. Et comme on n’a plus besoin de notre famille élargie pour s’échanger des services, il n’est pas nécessaire d’avoir un grand espace d’accueil.

MOINS DE TRAVAUX

L’autre avantage prisé par les post-boomers, c’est la quasi-absence de travaux d’entretien puisqu’ils sont confiés à des entrepreneurs. Le temps économisé sert aux loisirs personnels ou familiaux, souligne M. Ozdilek. Enfin, ajoute-t-il, la copropriété répond à un phénomène de nouveauté. Acheter un condo, c’est faire partie de son époque. « Les gens recherchent la nouveauté. C’est une réalité qui affecte le marché immobilier. On cherche à repousser la monotonie, on veut changer de mode de vie et devenir plus moderne. »

Le revers de cette tendance, prévient-il, c’est de tenir pour acquis le rendement de son investissement au moment de la revente. « Un prix de vente repose sur l’offre et la demande, rappelle-t-il. Et dans quelques années, il y aura beaucoup d’offres sur le marché. »

Prix moyen estimatif des propriétés résidentielles (toutes catégories confondues) achetées par les premiers acheteurs au cours des cinq dernières années

Ensemble du Québec : 210 000 $

Grand Montréal : 256 000 $

Québec et banlieues : 231 000 $

Ailleurs au Québec : 164 000 $

Source : Enquête sur les intentions d’achat et de vente, avril 2016, FCIQ, APCHQ et Fonds immobilier FTQ

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Aller plus loin

Au cours des cinq dernières années au Québec, l’achat d’une maison a éloigné un tiers des premiers acheteurs de leur lieu de travail. En comparaison, l’achat d’une nouvelle maison a rapproché la même proportion d’acheteurs expérimentés de leur travail. Tout de même, un tiers des premiers acheteurs potentiels québécois est prêt à payer plus cher pour un trajet court vers le travail.

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Des acheteurs avisés

Les post-boomers savent non seulement ce qu’ils désirent, mais ils savent en général aussi comment l’obtenir. « Ils sont beaucoup plus avisés, plus professionnels, moins naïfs, raconte la courtière Karen Kazandjian. Ils ont fait leur budget, ils ont déjà en main une préapprobation hypothécaire et ils savent dans quels secteurs ils veulent habiter. Quand ils viennent nous voir, c’est qu’ils sont rendus à l’étape de la négociation. »

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Faire des compromis

Cela ne veut pas dire que les post-boomers, comme leurs parents à leur époque, ne sont pas forcés au compromis quand la réalité l’exige. Selon un sondage publié par la Banque de Montréal (BMO) en avril dernier, « presque la moitié (42 %) [des acheteurs de 18 à 35 ans] estime difficile de trouver une résidence abordable à l’endroit désiré ».

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