OPINION

Le PQ et le PLQ dans le même bateau

Le Parti québécois (PQ) et le Parti libéral du Québec (PLQ) sont dans le même bateau. Ils sont liés depuis toujours comme une chose et son contraire.

Les origines du PLQ sont plus anciennes, oui, mais l’histoire « moderne » du PLQ commence avec la naissance de son enfant illégitime, le PQ. C’est là que s’amorce un affrontement qui va définir presque 50 ans de politique.

D’une élection à l’autre, le PQ a été souverainiste pressé, moins pressé, pas pressé du tout et d’une élection à l’autre, le PLQ a été nationaliste, fédéraliste, non référendiste, archifédéraliste. Au-delà de la caricature, cet affrontement entre partis miroirs aura plutôt bien servi le Québec, qui s’est affirmé et développé jusqu’à se hisser parmi les nations prospères du monde.

L’affadissement de la question nationale gangrène le PQ depuis sa dernière victoire majoritaire en 1998 (même à ce moment, il avait obtenu moins de voix que le PLQ). Mais le phénomène touche le PLQ de façon tout aussi fondamentale.

Moins le PQ était souverainiste, moins le PLQ était nationaliste, jusqu’à ce moment d’agonie : le PQ qui n’a plus de référendum en vue et le PLQ qui n’a plus rien à exiger du Canada.

Le 1er octobre dernier, la Coalition avenir Québec (CAQ), avec son nationalisme pragmatique et raisonnablement revendicateur, a eu beau jeu de récolter les espoirs déçus tant chez les libéraux que chez les péquistes.

Fin d’un cycle politique

Le PQ sera peut-être refondé, je ne sais trop comment. Je l’ai moins fréquenté. Mais la différence du Québec résonnera toujours chez plusieurs d’entre nous comme un appel du pays.

Cependant, un pacte avec Québec solidaire (QS) m’apparaît impraticable. Le souverainisme du PQ, c’est la culture, la langue, la nation. QS n’a aucun intérêt pour la langue et la nation. QS, c’est un souverainisme par défaut, par idéologie, par rejet de l’économie de marché et visant l’instauration d’une sorte de république socialiste multiculturaliste. Ce sont deux partis souverainistes, mais ils ne voient pas le même pays au bout.

Le PLQ aussi doit être refondé. Il a été frappé trois fois au cœur. Son rôle de défenseur du bien commun a été compromis par les controverses éthiques ; l’une de ses huit valeurs, celle de l’identification au Québec, cette idée du « Québec d’abord », n’a plus de réalité, le PLQ ne sachant plus parler à la majorité francophone ; puis, même sa position de repli, celle du « parti de l’économie », lui a été ravie par la CAQ, malgré son bilan fort honorable.

Cela dit, dans les analyses de la défaite, plusieurs commentateurs ont été très durs avec Philippe Couillard. 

On l’a dit arrogant, on a même dit qu’il n’aimait pas les Québécois. Ce n’est pas ça. Philippe Couillard, par sa nature et son parcours, était un universaliste ; il voyait le Québec dans le monde bien plus que dans le Canada.

Il voyait le Québec comme un phare de liberté, de justice, de développement durable, capable d’inspirer le progrès. Et dans ce cadre de référence, le nationalisme et les inflexions identitaires lui apparaissaient comme un rétrécissement du destin du Québec. Philippe Couillard aimait profondément le Québec… mais peut-être pas de la façon dont le Québec voulait être aimé.

La nuance me semblait importante, mais elle n’enjolive pas la situation. Le PLQ est dévasté autant que son adversaire. Sa reconstruction est possible, mais elle ne sera pas l’œuvre d’un sauveur. Elle demandera du temps, de la réflexion, de la détermination. Nous ne sommes qu’aux premiers jours d’un nouveau cycle politique.

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