expédition de david saint-jacques

Des recherches « qui vont bénéficier à tout le monde sur Terre »

David Saint-Jacques est finalement revenu au pays après avoir passé plus de six mois sur la Station spatiale internationale. La première chose qu’il a faite à son arrivée au Québec : regarder le soleil se coucher sur le lac des Deux Montagnes au chalet de ses parents. En conférence de presse hier, l’astronaute a expliqué les effets de sa mission sur son état de santé, mais aussi les retombées en science et en médecine.

La routine

Pendant 204 jours, la station spatiale a été la maison de David Saint-Jacques. « La première chose que je faisais en me levant, c’était d’aller à la coupole, ouvrir les volets et regarder la Terre. J’essayais de deviner où j’étais. Je suis devenu assez bon, raconte-t-il en souriant. J’aimais appeler les gens que je connaissais lorsque je volais au-dessus d’eux. » Le reste du temps, David Saint-Jacques s’occupait à des expériences, à la prise d’échantillons ou à des exercices physiques. Ce qui l’accaparait le plus : la maintenance de la station. « La moitié de mon temps, c’était de l’entretien ou des réparations, changer quelque chose ou réparer la toilette. »

Un suivi médical constant

Depuis son retour sur Terre, David Saint-Jacques se sent comme un rat de laboratoire. Il enchaîne les tests médicaux pour vérifier son état de santé. La préoccupation principale concerne son équilibre. « Quand je ferme les yeux, j’ai encore la sensation d’osciller. » Les astronautes peuvent avoir des vertiges ou des étourdissements. Il y a aussi une perte de densité osseuse, puisque les cellules osseuses ne sont plus stimulées par le poids du corps. Selon David Saint-Jacques, l’élément le plus difficile à évaluer est l’effet des radiations sur le corps. « Ça augmente généralement le risque de développer un cancer un jour. Même si on essaie de se protéger, on ne peut pas le savoir. »

Les désagréments de l’apesanteur

Le comportement du corps change en l’absence de gravité. « Dans l’espace, c’est comme si on tombait tout le temps sans jamais atteindre le sol. Le cerveau est confus. Rapidement, il déconnecte le senseur de gravité. En revenant sur Terre, le cerveau doit se rappeler comment utiliser l’information. » La circulation sanguine est modifiée. Le cœur ne pompe plus le sang dans le corps de la même manière. Sur Terre, le sang se rend facilement dans les jambes, alors que le cœur force pour combattre la gravité et envoyer le sang dans la tête. À l’arrivée dans l’espace, le cœur continue de pomper, mais il n’y a plus de force qui s’oppose. « La tête devient rouge et gonflée et les jambes sont petites et pâles. Au retour sur Terre, c’est l’inverse. C’est pour ça qu’on a l’air malade. »

Un laboratoire dans l’espace

« Si vous me demandez ce que je faisais dans la station spatiale, je faisais de la science, particulièrement de la science médicale. » Les problèmes qui surviennent dans l’espace s’apparentent à certains symptômes de maladies. « On est comme les cobayes parfaits pour la recherche médicale. Dans l’espace, les problèmes se développent très vite, même chez les gens en excellente santé. » David Saint-Jacques a participé à des expériences sur la santé vasculaire, la moelle osseuse, la densité osseuse. Les résultats pourraient aider les patients alités dont les problèmes ressemblent à ceux des astronautes dans l’espace.

Développer de nouvelles technologies

Les connaissances acquises dans la station spatiale peuvent être transposées sur la terre ferme. « On fait beaucoup de recherche dans les domaines qui vont bénéficier à tout le monde sur Terre. » David Saint-Jacques a testé une combinaison qui surveille le pouls, la pression et la température de la peau. Ce chandail intelligent permet aussi d’analyser des prises de sang. « L’appareil est utile sur la station spatiale parce que le médecin le plus près se trouve à Houston », affirme le ministre de l’Innovation, des Sciences et du Développement économique, Navdeep Bains, persuadé que ça pourrait aussi aider aux soins de santé pour les populations isolées.

Un bras robotique qui fait la fierté du Canada

David Saint-Jacques est le premier astronaute canadien à utiliser le bras robotique Canadarm2 pour attraper en orbite une capsule lancée par le transporteur SpaceX. « C’était un moment fort de l’expédition. On s’entraîne pendant des années en utilisant une espèce de jeu vidéo. On sait que ce n’est pas réel et qu’on ne peut rien briser. Mais quand c’est la vraie chose, il faut bien faire parce qu’il y a beaucoup de gens qui regardent », rigole l’astronaute. Le bras robotique a d’abord été conçu pour construire la station spatiale avant d’être modifié pour attraper les cargos. « C’était une grosse commande pour les ingénieurs, mais ils ont réussi, et maintenant, c’est presque la routine. »

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