Inspection préachat

Québec poussé à mettre fin au « far west »

Les regroupements d’inspecteurs en bâtiment s’activent, chacun de leur côté, pour réclamer un meilleur encadrement de la profession et pour mettre fin au « far west » dans l’inspection résidentielle.

« Le problème est sérieux, concède Mario Roy, PDG de la Corporation des inspecteurs vérificateurs en qualité de la propriété (CIVQP). Les acheteurs de propriétés sont trop souvent lésés par des inspecteurs qui bâclent leur travail. »

Il ajoute : « Nous consacrons la moitié de nos énergies à tenter d’essayer d’aider des propriétaires victimes de mauvaises inspections qui peuvent, parfois, présenter un risque pour la santé des occupants. »

Il parle d’« histoires d’horreur » et de « véritable far west » dans une profession où, déplore-t-il, il n’y a « aucune réglementation et aucune obligation de détenir un permis ».

« Le Québec accuse beaucoup de retard en cette matière, relève-t-il. Des provinces comme la Colombie-Britannique et l’Alberta, et bientôt l’Ontario, sont beaucoup plus sévères. »

Face à ce constat, il a décidé de « sonner l’alarme » en espérant que ses appels seront entendus à Québec. « Mais jusqu’à présent, dit-il, on s’est fait répondre, au bureau du ministre [des Finances] Carlos Leitão, que ce n’était pas dans les priorités du gouvernement. »

Des progrès à venir

Au contraire, le président de l’Association des inspecteurs en bâtiment du Québec (AIBQ), Pascal Parent, a plutôt bon espoir de voir le gouvernement bouger rapidement dans le dossier touchant l’encadrement du travail des inspecteurs.

« On a eu une rencontre tout récemment avec la ministre de la Protection des consommateurs et de l’Habitation, Lise Thériault, fait-il valoir. Elle a fait preuve d’ouverture et on attend des nouvelles. »

« Il est temps d’imposer à tous des normes de pratique pour protéger le public. Nous recevons de très nombreuses plaintes de consommateurs à propos du travail d’inspecteurs qui ne sont pas accrédités, ou qui n’ont pas d’assurance responsabilité. Le phénomène est loin d’être marginal. »

— Pascal Parent, président de l’Association des inspecteurs en bâtiment du Québec

Un point de vue que partage le PDG de la Corporation des inspecteurs vérificateurs, qui insiste sur l’importance de « sécuriser et mieux protéger les consommateurs ».

« Il y a une absence d’encadrement de la profession et les inspecteurs remplissent des rapports un peu tout croches, qui ne couvrent pas tout, à partir de simples inspections visuelles et pas du tout exhaustives. C’est ça, le véritable problème. »

Pour y remédier, Mario Roy souhaite permettre aux inspecteurs de travailler selon de nouveaux standards. Il suggère la mise en place, pour tous les inspecteurs, d’une méthode d’évaluation « scientifique », en 250 points, permettant une analyse « rigoureuse et objective » de la propriété, avec une « cote de qualité ». Toutes les informations seraient consignées dans un « fichier central » qui pourrait être consulté en tout temps.

Il ne cache pas, par ailleurs, que ses interventions « dérangent » au sein d’une industrie non encadrée, mais il maintient qu’il faut que les choses changent. Pas question, cependant, de concerter ses actions avec les autres associations qui représentent les inspecteurs. « On ne parle pas le même langage », soulève-t-il. La CIVQP est active depuis un an et compte 14 inspecteurs vérificateurs.

De son côté, le président de l’AIBQ, qui dit ne pas connaître Mario Roy, un ex-entrepreneur en construction, rappelle que son organisation est « la plus importante au Canada ».

« On existe depuis 25 ans, on a écrit les normes de pratique pour le bâtiment et n’adhère pas qui veut à notre association, insiste Pascal Parent. Nous sommes sévères et nous allons l’être de plus en plus. »

Dès la fin de juin, l’Association comptera 500 membres, avec l’intégration des 150 inspecteurs membres de l’Association nationale des inspecteurs et experts en bâtiments (ANIEB), qui vient de fusionner avec elle.

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