pont d’étagement en mauvais état

La STM forcée de détourner un parcours d’autobus

La détérioration d’un pont d’étagement au centre-ville de Montréal force la Société de transport de Montréal (STM) à détourner l’un de ses principaux parcours d’autobus. Le ministère des Transports du Québec (MTQ) a imposé une limitation de poids en attendant de réparer une structure qui se trouve près de l’endroit où avait eu lieu un effondrement en 2011.

« On estime qu’en éliminant le passage de certains véhicules plus lourds, on peut conserver la structure ouverte pour la circulation », explique Sarah Bensadoun, porte-parole du MTQ.

En novembre 2017, une inspection sur le pont d’étagement Saint-Urbain avait permis de constater de nombreux défauts. Les ingénieurs recommandaient un suivi serré en raison du « risque de chute de fragments de béton ».

Le rapport de 49 pages illustre l’étendue des problèmes, plusieurs éléments « à surveiller » ayant été ciblés. Sur plusieurs poutres, les armatures sont apparentes et montrent des signes de corrosion avancée. Des câbles d’acier, appelés torons, sont sectionnés en plusieurs endroits.

« Après cette inspection, on a déterminé qu’on devait faire des études supplémentaires », a expliqué Sarah Bensadoun. Après avoir reçu les résultats en août dernier, le MTQ a décidé d’imposer une limite de poids de 18 tonnes.

« Il n’y a pas de risque d’effondrement. On veut assurer la sécurité des usagers en fonction de la capacité structurale », a indiqué Mme Bensadoun. Quelque 13 300 véhicules circulent à cet endroit chaque jour, dont 7 % de camions. Le MTQ planifie actuellement les travaux de réparation. On ignore pour le moment l’étendue des travaux à faire, ni quand ils auront lieu.

Ce secteur de l’autoroute en tunnel est tristement connu pour l’effondrement d’une structure en béton en juillet 2011. Des paralumes, un dispositif pour empêcher les automobilistes d’être éblouis par le soleil, s’était effondré sur l’autoroute Ville-Marie, près du boulevard Saint-Laurent. L’accident n’avait fait aucun blessé, mais avait forcé le MTQ et la Ville de Montréal à resserrer l’entretien des structures routières.

« Il n’y a pas de lien entre les paralumes et la limitation de charge. Ce n’est pas du tout la même nature ni de travaux ni d’importance », assure Mme Bensadoun.

Impact sur la STM

Cette limite de 18 tonnes est tout près du poids d’un autobus de la STM. Un véhicule fonctionnant au diesel pèse environ 17 tonnes lorsqu’il est rempli. Les modèles hybrides pèsent un peu plus en raison de la présence d’une batterie sur le toit tandis que les articulés pèsent davantage encore.

Le transporteur montréalais a ainsi pris la décision en décembre de ne plus faire circuler ses autobus sur le pont d’étagement Saint-Urbain. Or, la ligne 55 emprunte normalement cette artère pour se rendre dans le Vieux-Montréal. Il s’agit d’un des parcours les plus achalandés, alors que 18 700 personnes l’empruntent en moyenne chaque jour. À l’heure de pointe matinale, environ un passager sur cinq transite par le pont d’étagement Saint-Urbain.

Depuis la mi-décembre, les véhicules de la STM doivent ainsi emprunter un détour. Ils bifurquent désormais sur le boulevard René-Lévesque pour aller emprunter la rue de Bleury afin de traverser l’autoroute Ville-Marie, ce pont d’étagement ayant été refait à neuf en 2015. En plus du parcours 55, deux circuits du réseau de nuit sont aussi détournés, soit les 361 et 363.

« Ça arrive très rarement que des tracés soient déplacés en raison des limitations de poids », a dit Isabelle Tremblay, porte-parole de la STM.

Bien que le détour allonge le tracé d’environ 1 km, la STM assure que cela ne nuit toutefois pas à la fréquence de passage des autobus, ce circuit faisant partie du réseau de service toutes les 10 minutes au maximum.

Fait particulier, l’entrée de la caserne 20 du Service de sécurité incendie de Montréal donne directement sur le pont d’étagement Saint-Urbain. Après discussions avec la métropole, le MTQ a autorisé les camions de pompiers, qui dépassent la limite de poids, à y circuler malgré tout. Le nombre de leurs passages n’est pas assez élevé pour représenter un problème.

Son voisin aussi

Ce n’est pas le seul pont d’étagement du secteur en mauvais état qui fait l’objet d’une limitation de poids. Tout près, celui permettant au boulevard Saint-Laurent d’enjamber l’autoroute Ville-Marie – et qu’emprunte également le circuit d’autobus 55, en direction nord – fait aussi l’objet d’une limitation de poids. Celle-ci est toutefois plus élevée, à 24 tonnes, ce qui n’empêche pas le passage des autobus.

« Ça n’a pas d’impact sur la 55 parce que nos autobus, tant à vide que chargés, sont en deçà de 24 tonnes. En aucun cas on ne dépasse ce poids », assure Isabelle Tremblay.

Reste que les autobus doivent actuellement être détournés du boulevard Saint-Laurent en raison d’un affaissement sous la chaussée un peu plus au nord. L’incident survenu au cours de la fin de semaine n’a pas de lien avec l’état du pont d’étagement. Les autobus doivent transiter par Jeanne-Mance dans le secteur. La Ville ignore pour le moment quand l’artère pourra rouvrir à la circulation, les études étant toujours en cours pour déterminer comment réparer le tout.

À noter, ces deux structures en mauvais état qui font l’objet de limitations de poids ont été construites en 1972, tout comme celle qui se trouvait sur la rue de Bleury et qui a dû être refaite à neuf en 2015. Une autre structure construite en 1972 nécessitant des réparations se trouve également dans le secteur, avenue de l’Hôtel-de-Ville, mais elle est fermée à la circulation depuis le recouvrement de l’autoroute Ville-Marie, près du CHUM.

Invitée à commenter, l’administration Plante estime que « cette situation illustre le déficit d’entretien et le sous-investissement dans les infrastructures de mobilité. C’est la raison pour laquelle [l’]administration investit massivement dans les infrastructures routières et de transports collectifs trop longtemps négligées », a indiqué Geneviève Jutras, attachée de presse de la mairesse. Montréal doit d’ailleurs dévoiler aujourd’hui la liste des chantiers prévus en 2019.

— Avec Bruno Bisson, La Presse

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