EN ROUTE VERS LES ÉLECTIONS

Les compétences

Le Québec est connu à l’étranger surtout par ses artistes (le Cirque, Céline, Leonard Cohen), par certaines inventions comme la motoneige ou même par l’audace de ses barrages hydroélectriques.

Depuis quelques années, nous nous distinguons aussi dans le secteur de l’investissement par la présence au Québec de la Caisse de dépôt et placement. Non seulement sa performance est-elle particulièrement enviable, mais son rayon d’action et ses compétences transforment la place financière à Montréal.

La Caisse compte dans ses rangs des équipes qui font pâlir d’envie plusieurs de ses pairs. Il fut un temps où une jeune diplômée en finances d’une université québécoise ne se serait pas précipitée vers la Caisse pour entamer sa profession. Aujourd’hui, c’est tout le contraire. Les champs d’exercices sont vastes et le professionnalisme, remarquable.

La Caisse rivalise aisément avec tous les secteurs d’affaires dans l’offre de carrières enrichissantes, incluant le milieu bancaire vers qui plusieurs de ces jeunes se tournaient autrefois. Qui plus est, des Québécois égarés un peu partout sur la planète dans le secteur de la finance lorgnent maintenant la Caisse pour un retour éventuel au Québec.

La Caisse gère les fonds de ses déposants que nous sommes tous directement ou indirectement. Pourquoi ne pourrait-elle pas aussi jouer un rôle dans le déploiement de sommes que réserve annuellement le gouvernement pour venir en aide aux entreprises ?

L’ajout d’une telle enveloppe ne devrait pas poser de défis à la Caisse. Certains des investissements de la Caisse se font déjà de gré à gré auprès d’entreprises de tailles variées au Québec – les exemples sont trop nombreux pour les décliner.

Des gouvernements de toutes les couleurs se démarquent depuis plus de 40 ans pour appuyer les entrepreneurs et promouvoir des investissements. Que ce soit par l’entremise d’un ministère ou un autre ou d’un organisme parapublic (tel Investissement Québec), plusieurs guichets s’offrent aux entreprises. Certains programmes sont déguisés en « contributions non remboursables » (une subvention), d’autres font l’objet d’investissements plus traditionnels (dette ou participation dans l’actionnariat).

S’ajoute à ces volets la chasse aux investissements de l’étranger où des conditions favorables sont offertes pour la création d’emploi au Québec. La présence robuste du Québec à Davos – qui m’avait franchement échappé jusqu’à ce que je me joigne au gouvernement fédéral – illustre bien cette autre enveloppe mise à la disposition d’entreprises intéressées à investir chez nous. 

Je me suis souvent interrogé sur les réelles retombées de cet exercice de séduction. Avec les années, le désir du gouvernement d’annoncer « quelque chose » à Davos donne l’impression que le Québec offre des conditions parfois démesurées. Ne devrions-nous pas plutôt nous concentrer sur le capital de risque mis à la disposition d’entreprises d’ici ? La folie qui a entouré la décision d’Amazon de solliciter des propositions pour l’établissement d’un second siège social m’a laissé pantois. J’ai toujours préféré les choix au repêchage à la signature d’agents libres !

Les investissements de la Caisse au Québec sont de l’ordre de plusieurs dizaines de milliards. Elle connaît bien l’écosystème du Québec. Ses équipes spécialisées dans les divers secteurs de l’économie (ici et ailleurs) lui permettent d’analyser singulièrement une occasion d’investissement au Québec.

La perception (encore présente sur Bay Street) que la Caisse est l’investisseur de dernier recours pour des entreprises québécoises ne tient plus la route. Elle s’est transformée en investisseur stratégique vers qui les entreprises se tournent en amont.

Bien sûr que le gouvernement pourrait assortir ce mandat de certaines conditions – que ce soit sur les secteurs, la géographie ou la diversité. Mais dans l’exécution du mandat, la Caisse n’aurait d’autre objectif que le rendement – ce à quoi les contribuables s’attendent d’ailleurs. On pourrait même imaginer des rapports fréquents de la Caisse sur la progression de ce portefeuille.

Si le politique veut se garder une enveloppe pour les contributions non remboursables, qu’il le fasse. Mais comme la Caisse a développé des compétences hors pair, sachons nous en servir.

* Banquier, Michael M. Fortier a été ministre dans le gouvernement de Stephen Harper.

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