Vers la Coupe Stanley

Au lendemain de la victoire controversée des Blues lors du cinquième match, les deux entraîneurs-chefs sont revenus sur le travail des officiels, préférant toutefois se concentrer sur la prochaine rencontre, qui aura lieu demain soir, à St. Louis.

Bruins de Boston

Bruce Cassidy ne décolère pas !

La nuit porte parfois conseil. Pas dans le cas de Bruce Cassidy. Du moins pas cette fois.

L’entraîneur-chef des Bruins de Boston n’a pas changé d’un iota son discours percutant de la veille à l’endroit des arbitres, après la défaite de son équipe dans le cinquième match contre les Blues de St. Louis.

« J’ai été assez honnête après la rencontre, mes sentiments n’ont pas changé [hier] », a-t-il confié à un petit groupe de journalistes lors de son point de presse organisé au complexe d’entraînement des Bruins.

« C’était une décision ratée [de la part de l’arbitre]. Et il y en a eu quelques-unes jusqu’ici en séries éliminatoires. Je le souligne parce que je suis aussi un amateur de hockey à la base. »

— Bruce Cassidy

« Pour moi, c’est un honneur et un privilège d’être dans la Ligue nationale de hockey. Nous sommes des ambassadeurs du sport. Je préférerais parler d’autre chose que de mauvaises décisions qui nuisent au match. »

Les Blues menaient 1-0 à mi-chemin en troisième période lorsque Tyler Bozak a fait un croc-en-jambe à Noel Acciari, des Bruins, en territoire défensif. David Perron a profité de la perte de rondelle de l’attaquant de Boston pour doubler l’avance des Blues. Ceux-ci l’ont finalement emporté 2-1 et ont pris les devants 3-2 dans la série finale de la Coupe Stanley. Les Bruins feront face à l’élimination demain à St. Louis.

Cassidy, interlocuteur fort pertinent, toujours très en verve et très coopératif avec les médias, parlait d’un ton calme, mais on sentait quand même la colère toujours gronder en lui.

« Je vivais plusieurs émotions après le match, qui vont au-delà de la non-décision, a-t-il précisé. Je dirige Acciari depuis un certain temps. Son travail consiste à remporter des batailles pour la rondelle, à bloquer des tirs. Il se sentait coupable après le match. Je suis proche de mes joueurs et je me sentais mal pour lui plus que toute chose. On n’a pas signalé l’infraction et il avait le sentiment de ne pas avoir remporté sa bataille pour la rondelle. J’ai senti le besoin de m’adresser au groupe [après le match] et j’ai eu à lui remonter le moral. Ces émotions-là m’habitaient aussi après le match. »

Au-delà des officiels

Mais les Bruins n’en sont pas à leur première épreuve, a rappelé Cassidy, point de mire de l’équipe hier en cette journée de congé complète pour les joueurs (seul le joueur de soutien Joakim Nordstrom a rencontré les médias, en plus du coach).

« Nos performances devraient nous définir, pas une décision de l’arbitre, a dit Cassidy. Il y a aussi eu une controverse face à Toronto. Ils ont révisé le but de [Auston] Matthews et accordé le but. Certains croyaient qu’il y avait obstruction envers notre gardien. Nous avons remporté le match suivant. Nous avons bien rebondi également hier et marqué pour nous rapprocher à un seul but des Blues. »

Aucun joueur n’a touché la glace hier, mais on prévoyait une séance vidéo en après-midi avant de prendre l’avion à destination de St. Louis.

« On va visionner des séquences du match, il y a des choses à ajuster dans notre jeu en zone offensive, a précisé Cassidy. Et on doit revoir notre travail sur le premier but des Blues. »

Les Bruins devront faire des ajustements en supériorité numérique. Ils n’ont pas marqué à leurs cinq dernières tentatives à cinq contre quatre, alors que cette unité a fait frémir l’adversaire en séries. Boston a toujours un taux d’efficacité de 33 % malgré les ratés des deux derniers matchs.

« Il faut améliorer nos entrées de zone en supériorité numérique, a dit l’entraîneur. Ils nous incitaient à entrer d’un seul côté. Ils ont fait du bon travail à ce chapitre. Il faut aussi étirer le jeu pour nous donner plus d’options, avoir une présence au filet et tirer la rondelle au but quand nous avons cette présence au but. »

Sinon, il ne faut pas prévoir de grands changements, d’un côté comme de l’autre, estime Cassidy. « On vient de les voir pendant cinq matchs. Ils ne changeront pas. Les bons clubs ne changent pas, ils font des ajustements. Leur échec avant sera encore énergique. Il faudra encore jouer avec beaucoup de volonté. »

« Nous avions beaucoup de volonté en première période jeudi, mais nous n’avons pas réussi à marquer. Ils ont réussi un jeu de plus que nous ; ce n’est pas comme si nous avions été horribles et qu’ils avaient été fantastiques. »

— Bruce Cassidy

Cassidy pourrait cependant être tenté de revenir à une formation plus habituelle avec 6 défenseurs et 12 attaquants. Il a employé 7 défenseurs jeudi et la stabilité des trios, avec 11 attaquants, en a souffert.

« Notre formation idéale consiste à employer 6 défenseurs et 12 attaquants. C’était notre formation pendant 80 matchs sur 82 et pendant presque toutes les séries. Mais nous avons opté pour un tel scénario jeudi pour une raison. “Z” [Zdeno Chara] a joué, mais il y avait des effets résiduels. S’il y a 11 attaquants, il y aura plusieurs combinaisons. Quand on tirait de l’arrière, j’ai jonglé avec les trios. Je n’ai pas appuyé sur les bons boutons. »

Cassidy a rappelé l’expérience de la Coupe Stanley de 2011 avec au sein du groupe Chara, Patrice Bergeron, David Krejci, Brad Marchand et Tuukka Rask (à titre de substitut de Tim Thomas). « Ils tiraient de l’arrière 3-2 avant de remporter la Coupe. Le sixième match était à domicile cette année-là, mais quand même. Ils savent ce qu’ils ont à faire.

« Il y a de la pression sur les Blues aussi. Si ça ne fonctionne pas à leur goût à mi-chemin dans le match [demain], ils se diront qu’ils auront à revenir à Boston. Qui sait ce qui pourrait leur traverser l’esprit ? »

LNH  Blues de St. Louis

Barbashev suspendu

Mince consolation pour les Bruins, qui en avaient long à dire sur l’arbitrage après la défaite de jeudi. L’attaquant des Blues de St. Louis Ivan Barbashev a été suspendu pour un match pour avoir asséné un coup à la tête de Marcus Johansson, des Bruins. L’incident est survenu en première période de la victoire de 2-1 des Blues, au TD Garden. Barbashev a inscrit 3 buts et 3 passes en 24 matchs depuis le début des séries. Il est utilisé en moyenne 12 minutes par match.

— Guillaume Lefrançois, La Presse

Blues de St. Louis

L’instinct du tueur

Les séries éliminatoires regorgent de prétextes pour sortir des statistiques historiques, parfois pertinentes, parfois farfelues.

Dans le cas qui nous préoccupe cette fin de semaine, il y en a deux, toutefois, qui entrent dans la première catégorie. Ou, du moins, qui devraient préoccuper les Bruins de Boston, qui seront au pied du mur demain.

La première, c’est que les Blues de St. Louis, en avance 3-2 dans cette finale de la Coupe Stanley, ont une jolie fiche de 3-0 ce printemps quand ils ont la chance d’en finir avec un adversaire. Les trois fois, ils ont donc éliminé leurs rivaux à la première occasion. Remarquez que, contre Dallas, dans un septième match, il n’y avait guère d’options viables hormis la victoire.

La deuxième, c’est que dans les matchs 5, 6 et 7 – ce que le collègue et ami (et numismate à ses heures) Jean-François Tremblay appellerait les rondes de championnat –, les Blues montrent un tout aussi joli dossier de 7-1.

Bref, oubliez les statistiques historiques un moment ; les Blues de St. Louis, version 2019, ont cette capacité d’achever l’adversaire dès qu’ils en ont l’occasion.

Certains attribueront cela à la lourdeur de cette équipe : les Blues alignaient jeudi 14 patineurs (sur 18) de 200 lb ou plus ; les Bruins n’en avaient que 8. D’autres y verront plutôt la marque d’un groupe qui s’est forgé une force de caractère collective après être revenu à la vie, en janvier, au moment où tout le monde les enterrait.

« Les gars ont appris à gagner, à vivre l’adversité, et quand ils en ont, ils peuvent la combattre. Ils savent maintenant qu’ils peuvent contourner ces obstacles », expliquait l’entraîneur-chef des Blues, Craig Berube, en conférence téléphonique, hier.

Rôles inversés

Les Blues comprennent très bien comment se sentent les Bruins aujourd’hui. Si les Bostoniens ont été victimes de la plus récente crampe au cerveau des officiels, jeudi, quand Tyler Bozak a fait un croc-en-jambe à Noel Acciari impunément, les Blues ont déjà vécu cette impression de s’être fait voler par les arbitres.

Le mois dernier, les hommes de Craig Berube ont perdu le troisième match de la finale de l’Ouest quand les hommes zébrés ont fermé les yeux sur une passe avec la main en prolongation, menant directement au but gagnant des Sharks de San Jose. Mais alors que les observateurs du milieu dénonçaient à l’unanimité l’erreur d’arbitrage, les Blues n’en ont pas fait un plat – publiquement, du moins. Ils ont enchaîné avec trois victoires de suite et présentent depuis une fiche de 6-2. Une belle façon de rebondir.

Difficile de dire comment les Bruins réagiront. L’entraîneur-chef Bruce Cassidy est revenu sur le sujet hier, mais on devine qu’aujourd’hui ou demain, il finira par passer son tour quand ces questions reviendront.

De son côté, Berube n’allait évidemment pas jeter de l’huile sur le feu sur un sujet aussi délicat, quand on lui a demandé si son équipe pouvait s’attendre à une réponse forte en émotion des Bruins demain.

« On doit être prêts pour le match no 6. On aura droit au meilleur effort des Bruins. C’est ce qu’on aura et on doit être prêts. »

— Craig Berube

Berube a tout intérêt à ne pas en rajouter, d’autant qu’on a l’impression qu’il a devant lui un ours qui dort (sans mauvais jeu de mots). Le trio de Brad Marchand, Patrice Bergeron et David Pastrnak, surnommé la « Perfection Line » tant il est difficile de marquer contre lui, affiche un rendement pitoyable de - 4 depuis le début de cette série. À forces égales, les Blues ont en effet marqué quatre fois contre ce trio, et n’ont permis aucun but.

Bergeron a quatre points en finale : trois en avantage numérique, un en désavantage. Les deux points de Pastrnak : en supériorité numérique. Marchand a quant à lui un point en avantage numérique, un en désavantage et un but dans un filet désert.

Si la brigade menée par Alex Pietrangelo continue à neutraliser les trois comparses, les Blues auront de très bonnes chances d’achever une nouvelle fois leurs rivaux du premier coup.

Ce texte provenant de La Presse+ est une copie en format web. Consultez-le gratuitement en version interactive dans l’application La Presse+.