CHRONIQUE

Mettez un peu de fintech dans votre portefeuille

Uber a révolutionné l’industrie du taxi, Expedia, le monde du voyage et Skype, le domaine des interurbains. C’est maintenant au tour des fintechs de métamorphoser l’univers clos et réglementé de la finance.

Et je vous dis que ça grouille dans cette industrie, à voir la popularité de la quatrième édition du Forum FinTech qui a attiré cette semaine à Montréal deux fois plus de participants que l’an dernier.

Tant mieux ! L’arrivée de cette vague de petits entrepreneurs de la finance orientés sur la technologie constitue une excellente nouvelle pour les consommateurs, même si l’usage intensif de données personnelles soulève des craintes quant à la protection de la vie privée.

Mais un peu de concurrence dans l’oligopole des banques est toujours bienvenu, n’est-ce pas ? Surtout quand l’innovation permet de faire fondre les prix pour la clientèle.

C’est exactement ce qui se passe avec les conseillers robots, comme WealthSimple. Apparues depuis deux ans au Canada, ces plateformes automatisées permettent aux investisseurs néophytes de se construire un portefeuille de placements à faibles coûts sur l’internet.

La recette est simple, efficace, transparente et surtout bon marché. Un petit investisseur peut s’en tirer avec des frais annuels de 0,75 %. Pas mal moins qu’avec un fonds commun classique dont les frais de gestion grugent 2,25 % du capital chaque année ! À long terme, cela représente des économies de dizaines de milliers de dollars.

Même phénomène du côté des transferts d’argent à l’étranger, une industrie opaque et lucrative dominée par les grandes banques.

Depuis quelques années, de jeunes entreprises, comme la montréalaise Meridex, ont développé des sites internet qui permettent de réduire considérablement les frais de change.

Encore là, ces jeunes firmes misent sur les faibles prix et la transparence, là où les banques faisaient une petite fortune en cachant habilement leurs frais élevés à l’intérieur de la transaction.

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Mais pourquoi les banques ou les compagnies d’assurances trembleraient-elles, me dites-vous ? Après tout, ces géants n’ont pas tellement été bousculés par l’avènement de l’internet et des sociétés point.com.

Durant la période de huit ans entre l’entrée en Bourse de Netscape et l’acquisition de PayPal, plus de 450 attaquants ont essayé de ravir des parts de marché aux grandes institutions financières. Moins de cinq existent encore sous le même nom, rapporte la firme de consultant McKinsey.

Pas facile d’attaquer une banque ou une compagnie d’assurances. Les barrières à l’entrée sont élevées. Il s’agit d’une industrie hautement réglementée où les économies d’échelle sont cruciales et la confiance des clients est primordiale, rappelait hier Christian Bieck, de l’Institute for Business Value d’IBM.

Mais les temps changent. La crise du crédit a altéré la confiance du public envers les banques. Les milléniaux qui sont nés avec la techno dans le sang forment maintenant une partie importante de la clientèle. Aller en succursale, bien peu pour eux.

Les grandes institutions financières ne peuvent pas rester les bras croisés. Elles sont d’ailleurs en train de se transformer en supercentre de traitement de vos informations personnelles.

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Les assureurs embarquent la télématique dans les véhicules de leurs clients.

Entre autres, l’Industrielle Alliance offre des économies aux jeunes conducteurs qui installent dans leur véhicule un mouchard permettant de surveiller leur conduite automobile. Dépassement de la limite de vitesse, freinage brusque. Tout est enregistré. Chaque semaine, les jeunes reçoivent un rapport personnalisé les encourageant à s’améliorer.

Quatre ans après le lancement du programme, les trois quarts des assurés ont obtenu le rabais maximal de 25 % sur leur prime, rapporte Michel Laurin, président et chef de l’exploitation, Industrielle Alliance, Assurance auto et habitation.

Bref, l’assureur prévient les risques, plutôt que de se contenter de les couvrir. Et cela se traduit par une baisse des primes. Très bien. Mais que se passe-t-il avec la quantité phénoménale de données compilées ?

Les assureurs jurent que les renseignements ne servent qu’à moduler la prime d’assurance. Mais certains craignent quand même que l’information puisse être revendue ou même utilisée contre l’assuré lorsqu’il soumet une réclamation.

Les assureurs ajoutent que personne n’est obligé d’adhérer au programme. Mais quand les mouchards seront devenus la norme, les récalcitrants paieront forcément des primes plus élevées, un peu comme les assurés qui refusent encore de fournir leur dossier de crédit à leur assureur, une demande qui est maintenant passée dans les mœurs, malgré les contestations.

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Tout cela n’est qu’un début. D’autres assureurs s’immiscent encore plus loin dans la vie privée de leur client en leur offrant un programme de santé complet. Vous acceptez de porter un bracelet mesurant votre niveau d’activité, de suivre une diète particulière, de vous faire vacciner ? Et hop ! On vous accorde un rabais sur votre prime d’assurance vie.

Imaginez la scène : 

« Chéri, allons faire une marche après notre souper végétarien, mon assureur trouve que je n’ai pas fait encore assez de pas aujourd’hui ! »

Les assurés voudront-ils laisser leurs assureurs leur dire quoi manger et quand bouger ? Pas moi !

L’information sur l’état de santé est particulièrement névralgique. Plus on en collige, plus les risques de piratage sont élevés. Une étude du Citizen Lab de l’Université de Toronto vient justement de faire ressortir des failles de sécurité importantes dans la technologie des bracelets santé.

Et les consommateurs ont également raison de craindre que leurs données puissent être revendues ou partagées avec des tierces parties, ont constaté les chercheurs. Et comme certains fournisseurs sont des multinationales établies à l’extérieur du Canada, allez donc savoir quelles lois s’appliquent au traitement de vos informations privées.

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