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Où s’en vont les marchés ?

À pareille date l’an passé, les marchés boursiers avaient déjà amorcé leur descente jusqu’à Noël. Un an plus tard, de nouveaux sommets sont atteints : l’indice S&P 500 vient de franchir le cap des 3000 points et le TSX flirte avec la barre des 17 000 points. Voici sept éléments d’analyse que les investisseurs devraient avoir sur leur radar.

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« Le marché est moins cher au Canada [le ratio cours-bénéfice est d'environ 15 x] qu’aux États-Unis [19 x les bénéfices prévus au S&P 500] », souligne Eric Gibouleau, de Dorchester Gestion d’actifs. Les cours demeurent élevés ou en avance sur les résultats anticipés, précise Eterna Groupe Financier. « Compte tenu de sa valorisation, le marché canadien a le potentiel de générer des rendements supérieurs à sa contrepartie américaine. » D’un point de vue historique et considérant les taux, les gestionnaires de Louisbourg soutiennent que les évaluations demeurent raisonnables. « Mais nous sommes dans un contexte de croissance plus lente avec l’incertitude additionnelle provoquée par les tensions commerciales », indiquent-ils dans leur lettre financière. Eric Gibouleau ne s’attend pas à une « grosse » correction ni à une continuation d’une hausse importante à court terme. « On va rester à l’intérieur d’une fourchette. »

De 1,5 à 1,75

La Réserve fédérale américaine a ramené cet automne son taux directeur dans une fourchette de 1,5 % à 1,75 %. Les marchés continuent d’anticiper des baisses de taux et un soutien des banques centrales, soulignent les gestionnaires d’Eterna dans un commentaire sur les marchés présenté à leurs clients. « La question est maintenant de savoir si ces récentes actions ont été faites à temps pour que l’expansion continue. » Somme toute, selon Louisbourg, il apparaît peu probable que la conjoncture économique s’améliore à court terme. « La baisse prononcée des marchés à la fin de l’année 2018 était une réaction à la crainte que la hausse des taux d’intérêt mènerait à une récession. »

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« L’incertitude liée aux négociations commerciales continue de peser sur la confiance des entreprises », dit Eric Gibouleau. « Le deal avec la Chine sera important pour soutenir le marché. » À en juger par les rentrées de capitaux dans les fonds d’obligations et les capitaux retirés des marchés en 2019, Jarislowsky Fraser estime que le marché semble escompter le ralentissement mondial. « Une guerre commerciale totale entre la Chine et les États-Unis pourra toutefois tout changer », croit la firme. « En l’absence d’une guerre commerciale totale, une récession touchant l’ensemble de l’économie des États-Unis et du Canada est improbable durant la prochaine année. » Il faut surveiller les effets sur les prix à la pompe de la hausse de plus de 30 % du prix du pétrole depuis trois mois, prévient Eterna.

11/2020

Compte tenu du contexte économique et géopolitique actuel, il est risqué à court terme d’être surpondéré en actions, pense Eterna. « Le seul problème avec ce point de vue est que la majorité des gestionnaires ont la conviction que le marché pourrait, après un accord commercial entre les États-Unis et la Chine, connaître une courte période de hausse et que ceux-ci en profiteraient par la suite pour vendre sur la vigueur du marché. » À l’approche de l’élection présidentielle de novembre 2020 aux États-Unis, Donald Trump aura intérêt à ce qu’il y ait du progrès dans les négociations commerciales », croient les experts de Louisbourg, un gestionnaire d’actifs de Moncton.

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Le marché haussier « célèbre » ses 10 ans et la reprise boursière en 2019 est un signal que les investisseurs croient qu’avec le soutien de la Fed, le cycle économique peut être prolongé, souligne Louisbourg. « Dans un contexte où les taux baissent, tu peux justifier des évaluations plus élevées », ajoute Eric Gibouleau. « Il y a quand même eu une expansion de multiples ces dernières années plus difficile à justifier au fur et à mesure où on s’approche de la fin d’un cycle économique, dit-il. À la Scotia, le stratège Hugo Ste-Marie soutient que la durée des cycles devient de plus en plus longue aux États-Unis. « La politique accommodante pourrait suffire à prolonger le cycle au-delà de ce à quoi la plupart des investisseurs s’attendent. »

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« Les investisseurs sont plus pessimistes qu’ils ne l’étaient durant la crise financière. La récente mini-récession manufacturière est une des raisons expliquant l’état d’esprit “déprimé” des investisseurs », selon Jason Donville, de Donville Kent. « L’industrie manufacturière traverse des cycles de 18 mois et on s’approche d’une fin de ce cycle. Il faut donc s’attendre à un nouveau cycle à la hausse. Le marché est appuyé par un consommateur fort, un marché de l’emploi robuste, du crédit bon marché et des montagnes d’argent qui n’attend qu’à revenir dans le marché. Le prochain mouvement du marché est donc à la hausse. » Le marché du travail et la confiance des consommateurs sont robustes et la construction résidentielle américaine a atteint des sommets ces 12 dernières années, souligne Jarislowsky.

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Pour cinq raisons, les rendements des 5 à 10 prochaines années seront moins élevés que les rendements historiques, croit le gestionnaire de portefeuille Philippe Le Blanc, de la firme Cote 100 : « Les taux d’intérêt sont sensiblement plus bas que la moyenne historique (le taux des fonds fédéraux américains est de 1,8 % comparativement à une moyenne de 4,8 % depuis 1954), le taux d’inflation est moins élevé que le taux moyen historique (1,7 % comparativement à une moyenne de 3,2 % depuis 1913), une croissance moindre de la population mondiale (près de 2 % en 1970 par rapport à 1,1 % présentement), des évaluations relativement élevées, et les marges bénéficiaires des sociétés sont historiquement élevées », souligne-t-il dans un commentaire présenté à ses clients ce mois-ci.

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