Paul Simon au Centre Bell

Trop vert pour la retraite

Homeward Bound, la tournée d’adieu de Paul Simon, a permis de constater, hier soir au Centre Bell, que le chanteur américain n’a rien perdu de sa fougue. Le septuagénaire a comblé son public avec sa poésie, ses rythmes entraînants, son franc-parler et 14 musiciens talentueux. Une retraite, vraiment, monsieur Paul ?

Débuts gagnants

Après une ovation d’entrée de jeu, Paul Simon a plongé dans America et nos souvenirs… Avec un beau premier solo de saxo d’Andy Snitzer. Puis l’indispensable 50 Ways to Leave Your Lover et son groove de fou, ses arrangements efficaces et la confirmation que l’artiste a encore toutes ses cordes vocales.

Solidarité nord-sud

Encore de la voix, mais aussi toujours le même bon sens. Paul Simon n’a pas manqué d’ajouter son grain de sel sur les récentes déclarations du président des États-Unis Donald Trump vis-à-vis du Canada. Après avoir assuré que ces envolées verbales n’étaient pas représentatives de ce que pensent les Américains de leurs voisins du Nord, il a rendu hommage aux soldats et autres citoyens canadiens morts dans des conflits, notamment en Afghanistan, aux côtés de leurs alliés américains. Le public s’est levé d’un bond.

Besoin de parler

Paul Simon était d’ailleurs très en verve. Il a beaucoup parlé durant le spectacle, il a évoqué sa carrière, son père musicien, ses premiers pas dans l’aventure de sa vie : composer. Il a parlé d’écriture, de la façon dont il a pondu sa chanson Rewrite à partir du tempo de son doigt tapotant sur sa guitare et de quelques sonorités influentes des townships d’Afrique du Sud. Un moment de grâce… avant qu’il n’embarque dans le reggae de Mother and Child Reunion, le plat chinois de la Jamaïque des années 70 qui a conservé les mêmes parfums.

On danse

Il n’y avait pas que des baby-boomers au Centre Bell et le public ne s’est pas fait prier pour se bouger le popotin. Très applaudi, le jam sur Me and Julio Down by the Schoolyard a été un bon moment du spectacle. Tout comme Diamonds on the Soles of Her Shoes et son rythme mbaqanga.

Moment contemporain

Avec le jeune sextuor yMusic (oui, yMusic), formé d’un violon, d’un alto, d’un violoncelle, d’une trompette, d’une flûte et d’une clarinette, Paul Simon a charmé la salle avec sa chanson la plus surréaliste, René and Georgette Magritte With Their Dog After the War, où les arts visuels croisent les Penguins et les Orioles ! Un moment de poésie pure suivi de la non moins mystérieuse Can’t Run But et de la mythique Bridge over Troubled Water, jouées dans des versions contemporaines avec les mêmes musiciens. Ovation debout.

Souvenirs, souvenirs

Sur Homeward Bound, Paul Simon était accompagné de photos d’archives de sa carrière projetées sur un écran au-dessus de la scène. Petit moment de nostalgie et de communion avant d’embarquer finalement dans les inévitables Kodachrome, The Boxer (ah, l’émotion de la trompette…), American Tune et, bien sûr, The Sound of Silence. Pour finir en beauté. Merci, Paul Simon.

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