Éditorial Ariane Krol

Trois angles morts du bilan routier

La Société de l’assurance automobile du Québec (SAAQ) a publié son bilan annuel cette semaine. Si la tendance de fond est encourageante, il reste encore beaucoup de place à l’amélioration.

Les chiffres ne disent pas tout

La tendance à long terme est encourageante : même si le nombre de véhicules en circulation augmente d’année en année, le nombre de décès ne cesse de diminuer.

Un triomphe de la prévention ? En grande partie, mais pas seulement. Si la route tue moins, c’est aussi parce que les véhicules sont devenus plus sécuritaires et que la médecine sauve davantage de vies. Des morts sont ainsi évitées, mais les blessés graves demeurent très nombreux – quatre fois plus que les décès. Et quand on y regarde de plus près, on décèle des tendances franchement préoccupantes.

La marche, un sport extrême

C’est l’aspect le plus embarrassant du bilan. Alors que la tendance de fond s’améliore dans l’ensemble, la mortalité continue d'augmenter chez les usagers les plus vulnérables que sont les piétons.

Après le choc de 2016, alors que le nombre de piétons fauchés mortellement avait bondi de 40 % en an, le bilan a continué à s’assombrir en 2017. Que se passe-t-il ? Pour le savoir, la Société de l’assurance automobile du Québec (SAAQ) a demandé à un groupe de travail de passer les rapports de collisions mortelles au peigne fin afin d’identifier les causes et les circonstances et, partant de là, les interventions à privilégier. C’est la chose à faire, car si les pourcentages sont spectaculaires, le nombre de cas est limité. Si l’on veut que la situation s’améliore, il va falloir s’attaquer aux vrais problèmes. Est-ce à cause de la vitesse, de la distraction, des poids lourds, des aménagements déficients ? Il nous tarde de le savoir.

Le péril jeune

« Le bilan des 15 à 24 ans continue de s’améliorer », notait la SAAQ l’an dernier, en soulignant la mortalité la plus faible en cinq ans. Les réjouissances auront été de courte durée, car 2017 a effacé tous les gains.

Québec a donc décidé d’imiter l’Ontario, et d’imposer des restrictions

entre minuit et 5 h. Les nouveaux titulaires de permis probatoire âgés de moins de 20 ans pourront avoir seulement un passager à bord durant leurs six premiers mois, puis trois les six mois suivants. Quant aux apprentis conducteurs, ils n'auront tout simplement pas le droit d'être sur les routes la nuit.

Selon le Réseau de recherche en sécurité routière, les taux de collisions de nuit sont particulièrement élevés chez conducteurs de 17 à 20 ans, et la présence de passagers augmente aussi les risques. Bref, malgré la pétition qui circule contre ces mesures, l’expérience vaut la peine d’être tentée.

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