La juriste canadienne dénonce les critiques basées sur la « mauvaise foi »

Louise Arbour défend le Pacte mondial sur les migrations

Les critiques visant le Pacte mondial sur les migrations découlent d’une mauvaise compréhension de son contenu ou reflètent carrément de la « mauvaise foi », souligne Louise Arbour, qui pilote depuis deux ans le processus diplomatique devant mener à son adoption la semaine prochaine à Marrakech.

La juriste canadienne, qui occupe les fonctions de représentante spéciale du secrétaire général des Nations unies pour les migrations internationales, a indiqué hier à La Presse que les pays se distanciant aujourd’hui du document ont participé de près à son élaboration et peuvent difficilement se prétendre surpris de son contenu.

« Le texte [du Pacte mondial sur les migrations] a fait l’objet de négociations très intenses. »

— Louise Harbour

Mme Arbour s’étonne par ailleurs de voir l’Autriche faire marche arrière après avoir joué un rôle de premier plan dans les discussions.

Le pays, qui préside l’Union européenne pour une période de six mois, a annoncé sa décision à la fin d’octobre, affirmant qu’il était nécessaire de « défendre sa souveraineté ». Le parti d’extrême droite FPÖ, qui fait partie de la coalition au pouvoir, militait activement pour un tel boycottage.

Une dizaine de pays, dont plusieurs États connus pour leur politique restrictive en matière d’immigration, ont fait connaître leur opposition à l’initiative dans les derniers mois. Seuls les États-Unis s’étaient dissociés dès l’année dernière de l’initiative.

L’évocation d’un impact possible du pacte sur la souveraineté des États et leur capacité à établir sans ingérence externe leur politique en matière d’immigration revient souvent dans les critiques, mais n’a aucun fondement, selon Louise Arbour.

« C’est un peu fort parce que le pacte dit exactement le contraire », dit-elle.

Le texte du Pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières indique qu’il vise à établir un « cadre de coopération » international en matière de migration qui « respecte la souveraineté des États et les obligations que leur fait le droit international ».

Le gouvernement du Canada, très favorable au pacte, répète qu’il n’est pas contraignant, mais se voit contredit sur ce plan par le Parti conservateur d’Andrew Scheer, qui craint de voir l’ONU exercer une « influence indue » sur la gestion des frontières.

Mme Arbour estime que ce n’est pas « très reluisant », au Canada ou ailleurs, d’attaquer le document en se basant sur une « mauvaise caractérisation » de ce qu’il contient.

Le pacte, ajoute-t-elle, ne vise pas à « augmenter » ou « réduire » l’immigration, mais bien à « mieux gérer le phénomène inévitable de la mobilité humaine ».

Une telle approche doit notamment permettre d’éviter des scènes chaotiques comme celles survenues en 2015 avec l’arrivée en Europe de centaines de milliers de migrants en provenance du Moyen-Orient.

La liberté de LA presse

Le pacte contient plus spécifiquement 23 objectifs couvrant une série d’enjeux liés à la migration. Les États qui l’appuient promettent notamment de lutter contre les problèmes structurels qui poussent les migrants à quitter leur pays, à rendre leur filière de migration régulière « accessible », tout en encourageant un débat public « libre et ouvert » sur ces questions.

Une disposition prévoyant de couper les fonds publics aux médias « faisant systématiquement la promotion de l’intolérance » est évoquée par plusieurs critiques du pacte comme une preuve de la volonté des autorités de limiter la liberté d’expression pour favoriser la migration.

Mme Arbour affirme que cette disposition vise à inciter les États à faire preuve de « vigilance » face à la propagation de discours haineux envers les migrants et ne concerne pas nécessairement des pays comme le Canada où des balises sont en place pour contrer ce phénomène.

La représentante spéciale du secrétaire général des Nations unies se réjouit de constater que la vaste majorité des gouvernements de la planète demeurent acquis au pacte et seront présents à Marrakech pour le soutenir.

Quoi qu’en disent les critiques, « mieux gérer la mobilité humaine est une bonne idée », conclut-elle.

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