Mikaela Tommy

Quand le ski devient « une job »

La Québécoise Mikaela Tommy était l’un des plus beaux talents de l’équipe canadienne de ski alpin. Un diamant brut plongé dans la marmite de la Coupe du monde à 17 ans. Elle a craqué, mais elle revient. Selon ses propres termes.

Tandis que l’Américaine Mikaela Shiffrin, favorite pour décrocher un deuxième titre, retiendra l’attention aux Championnats du monde d’Åre aujourd’hui, une autre Mikaela, Tommy celle-là, s’élancera elle aussi pour le slalom géant.

À 23 ans, la skieuse québécoise disputera déjà ses quatrièmes Mondiaux. Cette fois, son état d’esprit risque d’être fort différent. Elle portera la combinaison du Canada, mais ses liens avec l’équipe nationale se limitent à peu près à ça.

Après cinq saisons dans les programmes de Canada Alpin, Tommy a choisi de faire cavalier seul cet hiver. Elle s’en porte plutôt bien. À ses quatre départs en Coupe du monde, elle a fini à trois reprises parmi les 30 premières, réussissant chaque fois des records personnels.

Elle a d’abord pris le 26e rang à Killington, en novembre, avant de terminer 19e à Courchevel et 18e à Semmering durant la période des Fêtes. À Maribor, au début du mois, elle n’a pas terminé la première manche, son unique faux pas jusqu’ici.

À ses 40 départs précédents, elle ne s’était classée qu’une seule fois dans les points. Que s’est-il passé ? Elle a retrouvé le plaisir de skier, tout simplement.

« Il y a vraiment eu des années où je ne croyais plus en moi, où j’étais découragée des Coupes du monde, a expliqué Tommy lors d’un entretien téléphonique à la mi-janvier. J’ai toujours bien fait dans les Nor-Am ou dans les autres courses, mais jamais dans les Coupes du monde. »

Meilleure géantiste du circuit Nor-Am en 2013, l’athlète originaire de Wakefield, en Outaouais, a disputé sa première Coupe du monde et ses premiers Mondiaux la même année. Âgée de 17 ans, elle faisait encore partie de l’équipe du Québec.

L’apprentissage a été dur. Elle s’entraînait avec des coéquipières beaucoup plus vieilles. Elle a subi des blessures, dont une grave commotion cérébrale qui l’a affectée pendant des mois. Elle devait obtenir des résultats pour maintenir son statut dans l’équipe.

« C’était quand même beaucoup de pression à un très jeune âge, dit celle qui s’est classée quatrième en géant aux Mondiaux juniors de 2015. Je n’étais pas vraiment disciplinée ou structurée quand j’étais jeune. Il a vraiment fallu que je m’adapte. »

PyeongChang

Elle s’est heurtée à un mur l’hiver dernier. Elle avait réalisé l’un des deux critères de qualification pour les Jeux olympiques de PyeongChang, mais avait raté le second par quelques poussières. La pilule a mal passé.

Au printemps, elle a décidé de claquer la porte de l’équipe canadienne. Elle refuse d’expliquer les raisons précises qui ont mené à ce geste, mais quelques-unes de ses réponses permettent de lire entre les lignes.

« J’étais toujours passionnée par le ski, mais dans l’équipe nationale, c’était devenu comme une job. Différentes personnes autour de toi te mettent de la pression. Ce n’est plus le fun pour personne. J’ai vraiment essayé de faire la job, mais j’ai comme eu une révélation : le ski, c’est pas une job. »

« Le ski, ça a toujours été ma thérapie ou pour le plaisir. […] Quand je suis partie, j’ai vraiment réalisé que ce n’était pas tant le fun. Ce n’est pas ce dont j’avais rêvé quand j’étais jeune. »

— Mikaela Tommy

Tommy a trouvé sa planche de salut à l’Université du Colorado, l’un des meilleurs programmes de ski dans la NCAA, qui lui a offert une bourse. Elle y étudie le design environnemental, un nouveau diplôme axé sur le développement durable, et gagne des courses. Elle a déjà signé trois victoires avec les Buffaloes, dont deux consécutives les 16 et 17 janvier dans le Montana.

« Je ne peux pas vraiment payer toute seule pour le ski. Ça me donne un bon environnement. Le circuit universitaire est quand même compétitif. Ça marche quand même bien pour les Canadiens. On est habitués aux montagnes et au circuit américain. Et j’étudie en même temps, ce qui est quand même cool. »

En vertu de sa première place en géant au classement Nor-Am la saison dernière, la représentante du club Edelweiss dispose également d’un départ garanti en Coupe du monde cet hiver. À Courchevel et Semmering, elle s’est présentée avec pour seul encadrement son ex-coéquipière Marie-Pier Préfontaine.

« On ne s’est pas vraiment entraînées ! On a juste fait du ski libre et on s’est amusées ! […] J’ai toujours pensé que le ski libre m’aiderait plus que de faire des parcours. Mais dans l’équipe nationale, ce n’était pas une option. On s’entraîne tout le temps. Je ne dis pas ça de façon négative, mais c’est cool de pouvoir essayer mes idées. »

Se faire confiance

Au bout du compte, Mikaela Tommy a simplement choisi de se faire confiance. « La seule chose que j’ai, c’est de croire en moi. Je pourrais avoir n’importe quel coach au monde, n’importe quelle équipe, si je ne me fais pas confiance, ça ne vaut rien de le faire. J’ai donc décidé cette année que toutes les décisions que je prends, ce sont les meilleures au monde ! »

Elle ne sait pas jusqu’où ce nouveau parcours la mènera ni si elle peut continuer de partager son temps entre deux circuits de compétition. Mais une chose est certaine : elle ne reviendra pas en arrière.

« Je ne veux plus suivre le système pour suivre le système. Je pense vraiment à ce que je veux faire dans ma vie. La vie est courte et je veux avoir du plaisir. Le ski, ça a été toujours amusant. Et je veux que personne ne m’enlève ce plaisir. »

Erik Read

À l’image de son père Ken, qui a suivi des cours universitaires durant presque toute sa carrière de Crazy Canuck, Erik Read a été un pionnier en étudiant la finance à l’Université de Denver, qui soutient l’un des excellents programmes de ski sur le circuit de la NCAA. Tout en maintenant une moyenne de 4,0 en finance, l’athlète de 27 ans est devenu le meilleur technicien de l’équipe canadienne, participant aux Jeux olympiques de PyeongChang, où il a fini 11e en slalom géant l’hiver dernier. Ses compatriotes Simon Fournier et Amelia Smart ont suivi ses traces à Denver.

Laurence St-Germain

Exclue de l’équipe canadienne dans une période de coupes budgétaires en 2014, Laurence St-Germain s’est relancée de brillante façon à l’Université du Vermont, où elle étudie les sciences informatiques. Ses bons résultats en Coupe Nor-Am lui ont permis de réintégrer l’équipe nationale. Tout en poursuivant ses études, l’athlète de 24 ans vit ses meilleurs moments en Coupe du monde, pointant au 13e rang au classement du slalom. Après avoir participé à l’épreuve par équipes mardi, la skieuse de Saint-Ferréol-les-Neiges prendra part au slalom des Championnats du monde d’Åre, où elle visera une place parmi les 10 premières samedi.

Roni Remme

Roni Remme s’est révélée en prenant le cinquième rang du super combiné des Mondiaux d’Åre, vendredi, enregistrant le meilleur temps de la manche de slalom. Depuis 2016, l’Ontarienne de 23 ans skie à l’Université de l’Utah, où elle étudie la psychologie. En décembre, elle a réalisé le meilleur résultat de sa carrière en Coupe du monde en décrochant le huitième rang au slalom de Semmering.

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