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Un musée pour enfants retire des objets liés à Michael Jackson

Le Musée des enfants d’Indianapolis a retiré trois objets liés à Michael Jackson de ses salles d’exposition dans la foulée de la diffusion du documentaire Leaving Neverland. Selon l’Indianapolis Star, un chapeau et un gant qu’a portés Jackson sur scène de même qu’une affiche du chanteur ne sont plus exposés dans le musée. Le directeur des collections du musée, Chris Carron, a expliqué que l’établissement voulait que les objets exposés racontent l’histoire « de gens de grande qualité ». — Associated Press

Chronique 

Sa première manif

C’était un vendredi avant-midi, il y a un mois. Fiston était en congé. Journée pédagogique. Il s’est invité chez mes parents, ce qu’il fait rarement. Il avait une idée en tête : se rendre à la manifestation pour la lutte contre les changements climatiques, qui avait lieu tout près. Mon père, un baby-boomer de gauche, a saisi l’occasion de l’y accompagner.

Fiston était curieux de voir de quoi il retournait. Des camarades de classe, impliqués dans le mouvement, devaient s’y trouver. On annonçait la présence de Manon Massé. Mon ado de 15 ans et son grand-père de 70 ans, deux sceptiques faits du même bois, sont allés jeter un coup d’œil sur ce qui se tramait dans le quartier.

Ils sont arrivés en retard au point de départ. Les manifestants marchaient vite et leur trajet était tortueux, m’a expliqué mon père, si bien que Fiston a fini par rejoindre le groupe seul. Il n’est resté que brièvement, à peine le temps de se tremper les doigts de pieds dans le bain du militantisme étudiant. Comme un touriste. Mais assez pour se faire une idée de ce qu’est une manifestation.

Pourquoi ces jeunes se mobilisent-ils ? Le font-ils pour les mêmes raisons que Greta Thunberg, cette Suédoise de 16 ans, qui en était cette semaine à son 26vendredi de grève ? Pour conscientiser les dirigeants de la planète au grave problème du réchauffement climatique ? Croient-ils, comme elle, que ceux qui mènent le monde ont non seulement hypothéqué l’avenir des générations futures, mais le leur ont carrément volé ?

Fiston s’est posé ces questions et a conclu qu’il ne pouvait rater la grande manifestation du 15 mars, organisée dans la foulée de la grève mondiale pour le climat par le groupe La planète s’invite à l’université. Quitte à en subir les conséquences, d’une manière ou d’une autre. Une retenue avant ou après les classes ? Ainsi soit-il ! Les absents, pour une fois, n’auront pas eu tort.

« Le but de la manifestation, c’est de déranger pour être entendus, m’a-t-il dit jeudi, alors que je le conduisais à l’école. C’est la raison pour laquelle on fait ça le vendredi, pendant les heures de cours. Si on manifestait le samedi, personne n’en parlerait ! Les médias ne se déplaceraient pas. » Je lui ai répondu sans conviction par un timide « Je ne sais pas ». Il savait bien que je savais qu’il avait raison…

Heureusement, la direction de son école, comme du reste celle de la CSDM, s’est montrée conciliante et accommodante vis-à-vis des manifestants. Jeudi après-midi, les parents ont reçu la confirmation que s’ils « motivaient » l’absence de leur enfant, celui-ci ne serait pas pénalisé (mais aurait à reprendre, le cas échéant, le travail fait en classe).

C’était, il me semble, la chose la plus responsable à faire dans les circonstances. Ne pas décourager la mobilisation. 

« Ce serait le comble que des profs soient vexés qu’on rate leur cours pour sauver la planète ! », m’a dit Fiston, avec une pointe d’ironie.

Un professeur de l’Université Bishop’s a d’ailleurs fait tout le contraire. Il a indiqué à ses étudiants en philosophie que leur note finale de la session serait bonifiée de 2 % s’ils participaient à la manifestation organisée vendredi à Sherbrooke.

Certaines écoles, comme l’école secondaire Robert-Gravel dans le Plateau Mont-Royal, se retrouvent devant le problème de classes qui se vident le vendredi depuis un mois. On ne peut pas amputer un calendrier scolaire du vingtième du temps d’enseignement prévu à l’horaire, sans qu’il y ait de conséquences sur les apprentissages. Les jeunes qui voudront s’absenter jusqu’à la fin de l’année scolaire le vendredi le feront donc à leurs risques et périls, du moins dans les écoles de mes deux fils. Cela aussi m’apparaît raisonnable.

Il me semble, en revanche, qu’il a davantage été question depuis une semaine de forme que de fond, de gestion d’horaires scolaires que de revendications environnementales. Les jeunes exigent des gouvernements des lois qui sont en phase avec les recommandations du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), afin de limiter le réchauffement planétaire à 1,5 oC et réduire les émissions mondiales de CO2 de moitié d’ici une décennie.

Il ne suffit pas au ministre de l’Environnement de déclarer qu’il appuie les élèves. Il lui faut surtout agir, au plus vite. C’est le message que portent les dizaines de milliers de jeunes Québécois qui sont descendus dans la rue vendredi. Ainsi que les millions d’élèves qui ont fait de même, dans une centaine de pays. Ce n’est pas un vague souhait ; c’est une injonction. Les jeunes réclament de l’action. Sinon, quantité d’entre eux vont se radicaliser. Et il sera difficile de le leur reprocher. 

Aux grands maux les grands remèdes. Quitte à passer pour fleur bleue : y a-t-il plus grand mal que celui que subit depuis plusieurs décennies la planète ?

« Pourquoi devrais-je faire des études en vue d’un avenir qui n’existera bientôt plus si personne ne fait rien pour le sauver ? », demandait Greta Thunberg pendant sa conférence TED, il y a quelques mois. Depuis la rentrée des classes au mois d’août, cette adolescente ultra-lucide, végétalienne, qui refuse de prendre l’avion et vit avec le syndrome d’Asperger, a lancé à elle seule un mouvement international d’une ampleur qu’elle n’aurait pu soupçonner (et que l’on reconnaît par le mot-clic #FridaysForFuture sur les réseaux sociaux).

Fiston, un lucide lui aussi – mais pas au sens où l’entend Lucien Bouchard –, s’est retrouvé de nouveau vendredi au pied du mont Royal, cette fois avec le tiers environ des élèves de sa classe. Sa première manif en bonne et due forme, si l’on fait exception de la casserole sur laquelle il tapait avec une cuiller de bois, au printemps 2012, devant la maison.

Je trouve réjouissant qu’il descende dans la rue, qu’il ait ce désir d’engagement, que la suite du monde l’intéresse. Dirais-je la même chose s’il s’associait à une cause à laquelle je ne souscris pas moi-même ? Il est plus facile d’accepter que notre enfant fasse l’école buissonnière lorsque son engagement va dans le sens de nos propres convictions. Cela nous rappelle nos propres manifestations, nos propres combats.

Ce combat, du reste, est le mien comme le sien, le nôtre comme le leur. Et il est loin d’être gagné. Mais il y a dans ce mouvement, porté par des élèves bien renseignés, une urgence, une lucidité qui inspirent de l’espoir. Une conviction qu’ils seront les derniers à pouvoir influer sur le cours de l’histoire environnementale. Après eux, ce sera littéralement le déluge, si rien n’est fait. Et ils le savent.

Ils sont malgré eux – excusez du peu – de la génération du salut de l’humanité. Certains seraient tétanisés pour bien moins. Plutôt que sur les bancs d’école, ils sont dans la rue, ils crient, ils ruent, ils piaffent. Heureusement pour nous tous.

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