Ce que La Presse en pense...

Une quête loufoque où tout est possible

Film d’animation
Missing Link
Chris Butler
Voix anglaises de Hugh Jackman, Zach Galifianakis et Zoe Saladana
1 h 35
Quatre étoiles

Missing Link (Le chaînon manquant) nous entraîne dans les aventures d’un explorateur britannique excentrique en quête de reconnaissance et de gloire, au tournant du XXe siècle. Dès les premières images, il devient évident qu’il ne recule devant rien pour prouver l’existence de monstres… et assurer sa propre crédibilité. Commence ainsi un fabuleux voyage, qui nous mène avec finesse et humour à la rencontre de personnages qui en apprendront beaucoup sur eux-mêmes au cours de leur périple.

Sir Lionel Frost, un mélange de Sherlock Holmes et de Hugh Jackman, qui lui prête sa voix, est absorbé par sa quête. Celle-ci le conduit sur les traces d’un sympathique abominable homme des bois solitaire, qui brûle d’envie de retrouver ses cousins yétis dans les montagnes de l’Himalaya. Entre en jeu une veuve intrépide qui, malgré elle, redécouvre le goût de l’aventure et n’hésite pas à remettre son ancienne flamme à sa place.

Le trio est constamment menacé par un tueur à gages chargé de l’éliminer, qui traverse mer et monde pour arriver à ses fins. S’ensuit une série de péripéties, qui surprendront (parfois) et feront sourire (souvent) petits et grands. Le doux géant poilu, qui se fait appeler Susan, est d’une maladresse inouïe. Et il prend tout au premier degré, ce qui donne lieu à de drôles de situations.

Ce film d’animation d’une grande beauté visuelle est le cinquième du studio Laika, après Coraline (2009), ParaNorman (2012), The Boxtrolls (2014) et Kubo and the Two Strings (2016).

Avec une patience inouïe, ses artisans mènent l’animation image par image à de nouveaux sommets, ayant recours à des marionnettes, des maquettes et des accessoires, mais aussi à des images de synthèse et des imprimantes 3D en couleur.

Ces dernières ont permis dans ce cas-ci de modifier plus de 106 000 fois les expressions faciales des marionnettes. Le résultat est fascinant.

Le réalisateur Chris Butler a participé à trois des quatre premiers films de Laika : il a coréalisé ParaNorman et a contribué sur divers plans à la scénarisation de Coraline, ParaNorman et Kubo and the Two Strings. En plus d’être à la barre de Missing Link, il a signé le scénario et conçu les personnages. Il met l’accent sur la relation entre les trois protagonistes pour les faire évoluer et les rendre attachants.

Hugh Jackman (The Wolverine, Les misérables) continue de nous étonner dans cette comédie aux scènes farfelues où tout peut arriver. Zach Galifianakis (la trilogie The Hangover, Keeping Up with the Joneses) rend le chaînon manquant attendrissant, d’une grande naïveté, et il ne cède jamais à la désillusion. Zoe Saldana (Guardians of the Galaxy, Avatar, Avengers : Infinity War) est celle qui a le plus les pieds sur terre ; Adelina Forthnight, qu’elle interprète avec aplomb, ne se laisse pas faire. Elle délaisse même sa robe de deuil et fait fi des conventions pour adopter le pantalon.

Même le générique est intéressant, mettant en valeur de façon originale la contribution de tous ceux qui ont participé à la création du film. On sort le sourire aux lèvres, heureux de voir que chacun a trouvé sa voie.

Voix françaises de Laurent Paquin, Marc Dupré et Magalie Lépine-Blondeau

D’histoire et d’action !

Drame historique
L’empereur de Paris
Jean-François Richet
Avec Vincent Cassel, Olga Kurylenko, Fabrice Luchini
1 h 50
Trois étoiles

Synopsis

Laissé pour mort après sa dernière évasion spectaculaire, Eugène-François Vidocq, célèbre bagnard sous le règne de Napoléon, tente de se faire oublier sous les traits d’un simple commerçant. Son passé aura pourtant tôt fait de le rattraper.

La vie d’Eugène-François Vidocq est de celles dont on nourrit les romans et le cinéma. Tour à tour délinquant, bagnard, informateur pour la police et directeur de la « Brigade de la sûreté », aussi détective privé, le personnage nourrit l’imaginaire collectif français depuis des décennies. La plus récente mouture de sa vie est mise en images par Jean-François Richet, un cinéaste réputé pour ses films d’action, tant en France (Ma 6-T va crack-er) qu’aux États-Unis (Blood Father). Son plus haut fait d’armes reste le diptyque consacré au criminel Jacques Mesrine (L’instinct de mort et L’ennemi public no 1).

L’empereur de Paris est un croisement entre un drame historique français classique et un film d’action parsemé parfois de scènes violentes. Disposant visiblement de grands moyens, Richet propose ici un long métrage dans lequel la reconstitution de Paris, début XIXe siècle, impressionne. La somptuosité des décors dans lesquels évolue la classe dirigeante fait ici grand contraste avec la réalité de la rue.

L’approche qu’emprunte le cinéaste fait parfois ressortir les raccourcis du scénario, mais en faisant appel à Vincent Cassel, son acteur fétiche, Richet ne pouvait trouver meilleur interprète. Grâce à lui, et aussi à ceux qui l’entourent (Denis Ménochet et Fabrice Luchini se démarquent chacun à leur façon), cet Empereur de Paris se révèle divertissant, à défaut d’être inoubliable.

Quelle déception !

Drame
Sunset
László Nemes
Avec Juli Jakab, Susanne Wuest, Vlad Ivanov
2 h 22
Deux étoiles et demie

Synopsis

En 1913, au cœur de l’empire austro-hongrois, une jeune femme ayant passé son enfance dans un orphelinat revient à Budapest en espérant décrocher un emploi dans le grand magasin de chapeaux qu’ont jadis tenu ses parents.

László Nemes a créé une véritable onde de choc au Festival de Cannes en 2015 grâce au Fils de Saul. Ce premier long métrage, aussi puissant que remarquable, a d’ailleurs valu au cinéaste hongrois une ribambelle de lauriers, parmi lesquels l’Oscar du meilleur film en langue étrangère.

Inutile de dire que sa deuxième offrande était l’une des plus attendues de la dernière saison. Or, il appert que toutes les qualités qu’on retrouvait dans Le fils de Saul se transforment en écueils dans Sunset. László Nemes met en effet le style qui lui avait si bien servi dans son film précédent au service d’un drame historique plus classique sur le plan narratif. Et ça ne fonctionne pas. Ce qui faisait l’essence du Fils de Saul (caméra subjective et nerveuse) devient carrément dans Sunset un tic de mise en scène abusif.

Bien sûr, les images sont parfois somptueuses. Cela dit, le récit se révèle opaque au point où l’on s’y perd parfois. On entend bien que le cinéaste fait ici écho à un monde au bord d’un point de bascule, mais son approche, très froide, maintient le spectateur à distance. Le jeu de son héroïne (Juli Jakab), dont la caméra suit la nuque dans de très nombreuses scènes, n’aide en rien les choses non plus, tellement on confond ici intériorité et absence. Quelle déception !

Notez que Sunset a pris l’affiche en version originale hongroise avec sous-titres français (sous le titre Sunset – La fin du jour) ou anglais.

Entre espérance et abandon

Film d’animation
Ville Neuve
Félix Dufour-Laperrière
Avec les voix de Robert Lalonde, Johanne-Marie Tremblay, Théodore Pellerin. 76 minutes.
Trois étoiles

Synopsis

Un homme s’exile dans un village de la côte gaspésienne pour tenter de recoller les morceaux de sa vie. Une retraite sur fond de référendum où s’entremêle le destin amoureux de cet homme désillusionné et l’avenir du Québec.

Ce premier long métrage d’animation de Félix Dufour-Laperrière est un véritable objet d’art. Entièrement dessiné et peint à l’encre de Chine, Ville Neuve fait le récit d’un homme à l’automne de sa vie, Joseph, alcoolique désespéré, mais aussi révolté animé par un désir de changement. Dernier soubresaut de vie.

Notre homme s’exile dans ce village de la côte gaspésienne pour se refaire une santé. Il convaincra son ex-femme de venir le rejoindre. Il est donc question de la relation amoureuse agonisante entre Joseph et Emma, ainsi que de leur relation (l’un et l’autre) avec leur fils Ulysse (porteuse d’un mince espoir).

Tout cela dans des séquences animées fabuleuses, souvent très poétiques, où le réalisateur alterne habilement entre l’ombre et la lumière.

Cette fable, où l’on vogue entre espérance et abandon, nous est contée sur fond de référendum (celui de 1995). Un parallèle alambiqué. Oui, il y a une dimension politique à Ville Neuve, et on voit bien la tentative du cinéaste de jouxter le destin amoureux des personnages à celui du Québec, mais le lien est ténu.

Tout cela ne nous empêche pas d’apprécier la quête de Joseph et Emma. En soi un sujet porteur, rendu avec beaucoup de sensibilité. Mais le parallèle avec l’histoire (avec un grand H) et l’évocation d’une victoire référendaire ne sont pas tout à fait convaincants.

N’empêche. Ce film a le mérite de nous projeter dans un univers artistique remarquable.

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