ALEXANDRE SIROIS

Trudeau et les bonbons empoisonnés

Il faut admettre que le clan Trump sait faire preuve d’originalité lorsqu’il s’agit de souffler sur les braises de l’intolérance et de la peur.

Prenez la plus récente sortie d’un des fils du candidat républicain à la Maison-Blanche, Donald Trump Jr. Il a publié sur son compte Twitter la photo d’un bol rempli de bonbons multicolores avec ce message incendiaire :  « Si j’avais un bol de Skittles et que je vous disais que, dans le lot, trois étaient empoisonnés, en prendriez-vous une poignée ? C’est notre problème avec les réfugiés syriens. »

À la suite de ce tweet, il a reçu une volée de bois vert – bien méritée – sur les réseaux sociaux.

On a évidemment dénoncé sa démagogie. Même Mars Inc., l’entreprise qui commercialise ces friandises, a riposté. « Les Skittles sont des bonbons. Les réfugiés sont des êtres humains. Nous ne pensons pas qu’il s’agit d’une analogie appropriée. »

On a aussi rappelé qu’il s’agit, comme c’est malheureusement le cas avec bon nombre d’allégations du clan Trump, d’un amalgame mensonger.

Pas moins de 700 000 demandeurs d’asile et 3,25 millions de réfugiés ont été accueillis à bras ouverts par les Américains de 1975 à 2005. De ce nombre, 24 « sont devenus des terroristes » et ont tué un total de 7 personnes en sol américain, a indiqué le Cato Institute, un institut de recherche réputé de Washington. Sept morts en trente ans.

Cela prouve évidemment que le risque zéro n’existe pas. Mais cela prouve aussi et surtout que le risque est minime. À titre de comparaison, quelque 35 000 personnes sont tuées chaque année sur les routes des États-Unis. Et bon nombre d’Américains, qui ne sont pas des réfugiés, sont responsables de plusieurs milliers d’homicides annuellement.

Par ailleurs, certains commentateurs, à juste titre, ont tenu à rappeler l’apport indéniable des migrants à leur société d’accueil. Un journaliste du New York Times a souligné l’ultime paradoxe : le message de Donald Trump Jr. a été mis en ligne à partir d’un iPhone, l’invention du « fils d’un immigrant syrien » (Steve Jobs, feu le grand patron d’Apple).

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Le tweet controversé du jeune Trump n’est pas le fruit du hasard. Il a été diffusé alors que se déroulait à l’ONU une conférence sur les réfugiés. Un rendez-vous qualifié d’« occasion manquée » en raison, justement, de la timidité des participants.

On espérait que les pays s’engagent à accueillir annuellement 10 % des réfugiés mondiaux. Ils ont tout bonnement promis de « protéger les droits de la personne de tous les réfugiés et migrants ». C’est l’équivalent d’une claque dans le dos et de quelques mots d’encouragement pour les 21 millions de réfugiés dispersés aux quatre coins du monde.

Dans ce contexte, Justin Trudeau a bien évidemment été applaudi lundi à l’ONU lorsqu’il a rappelé que le Canada a accueilli 31 000 réfugiés syriens depuis 2015.

Lucide, il a pris soin de répéter qu’il s’agit de la première étape d’une initiative qui ne se terminera que lorsque l’intégration de ces migrants aura été réussie. Traduction : il ne faut pas nous reposer sur nos lauriers.

Il reste que le programme mis en place par Ottawa a été cité, à l’ONU, comme un modèle. Et que son succès est certainement l’un des antidotes les plus efficaces aux bonbons empoisonnés de la famille Trump et de leurs émules.

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