Opinion Claude Castonguay

Populisme et fascisme

On se souvient que la chute du mur de Berlin avait signifié la fin du communisme en tant qu’idéologie et le triomphe du libéralisme économique. Le monde était enfin engagé dans une ère de paix et de prospérité que rien ne semblait pouvoir troubler. On a même parlé, tant les espoirs étaient grands, de la fin de l’Histoire.

Mais voilà que 30 ans plus tard, le libéralisme économique, malgré les immenses progrès qu’il a produits, est à son tour remis en cause. De façon évidente, il est en voie de conduire le monde à la catastrophe.

Les signaux sont clairs : la croissance de la richesse est captée par une minorité d’ultrariches, les inégalités financières entre et à l’intérieur des pays ne cessent de croître, les ressources de la terre ne peuvent suffire face à la surconsommation et au gaspillage, les migrants fuient en nombre croissant la misère et le terrorisme et, enfin, les catastrophes provoquées par le réchauffement climatique causent de plus en plus de dommages.

De plus, un peu partout dans le monde, la paix est mise à mal par de nouveaux types de conflits toujours plus cruels dont les populations civiles sont les victimes.

L’échec du libéralisme économique fait en sorte que le monde se retrouve devant un vide. Un vide qui a ouvert la porte à l’élection de Trump aux États-Unis, de Ford en Ontario, de Bolsonaro au Brésil, à une coalition d’extrême droite en Italie et à d’autres situations de même nature un peu partout dans le monde. Aucune orientation ou idéologie n’apparaît susceptible de projeter le monde vers l’avant.

Cette montée du populisme constitue un incroyable retour sur un passé qui semblait révolu.

Ce populisme est fondé sur des idées d’extrême droite, sur le repli sur soi, le protectionnisme, le retrait des accords internationaux, le déni face aux changements climatiques et le refus des migrants. Il nie au besoin les faits et ne se cache pas de recourir au mensonge. Il nous rappelle l’idéologie fasciste qui a finalement conduit l’Europe à la terrible Seconde Guerre mondiale.

Au Québec, cette idéologie nous rappelle les Franco, Salazar et Pétain qui nous étaient présentés par l’Église catholique et notre petite bourgeoisie comme des modèles devant nous inspirer.

Heureusement, le Canada n’est pas menacé par ce mouvement d’extrême droite. Mais la présence d’un Doug Ford à la tête de l’Ontario montre que nous ne sommes pas à l’abri des influences extérieures. D’ailleurs, la présence de ce fauteur de trouble à l’image de Donald Trump va inévitablement modifier l’équilibre et la dynamique des forces politiques à l’intérieur du pays. Ce qui n’est pas de bon augure en vue du bras de fer qui se dessine entre les tenants de la réduction des gaz à effet de serre et les croisés de l’exploitation des sables bitumineux de l’Alberta.

Valeurs traditionnelles québécoises

Quant au Québec, grâce à notre fidélité envers nos valeurs traditionnelles de partage et de solidarité, nous ne sommes pas engagés dans cette tendance populiste. En fait, l’élection d’octobre dernier a démontré clairement que les Québécois sont attachés à tout ce qui constitue sa contrepartie : un nationalisme d’ouverture et d’inclusion, une saine méfiance face au libéralisme économique, la protection de l’environnement, la réduction des gaz à effet de serre, le développement durable, la démocratie et, enfin, le maintien des valeurs de liberté et de solidarité.

C’est ainsi que le gouvernement Legault a été élu avec un mandat qui lui permet de gouverner prudemment et sans précipitation. Les bilans de fin d’année ont d’ailleurs reconnu que le premier ministre a un appui solide au sein de la population. Ce qui présente pour François Legault, qui a hérité d’une maison en ordre, une occasion et en même temps une grande responsabilité. Celle de faire sa marque et de mener le Québec à bon port dans cette ère de multiples et de profonds bouleversements.

Tout compte fait, notre situation sur les plans économique, social, culturel et politique fait bonne figure en comparaison des nombreuses situations de crise dans le monde.

Nous avons raison de vouloir poursuivre notre cheminement selon notre propre dynamique québécoise.

Une promesse inquiétante

Ceci étant dit, je ne peux m’empêcher de formuler une inquiétude au sujet de la promesse électorale de François Legault de construire une autoroute qui traverserait le Saint-Laurent, à l’est de Québec, à la hauteur de l’île d’Orléans. Cette nouvelle voie déboucherait dans un territoire rural propre à l’agriculture et provoquerait inévitablement de l’étalement urbain et possiblement une défiguration du paysage. Son établissement serait clairement à l’opposé d’une saine protection de l’environnement, de l’impérative réduction des gaz à effet de serre et du développement durable.

La décision que va prendre François Legault ne se prête pas à des entourloupettes et des compromis. C’est une décision qui va être déterminante et avoir valeur de symbole. Elle présente de ce fait le risque de miner de façon irréversible la crédibilité de son gouvernement.

Ce texte provenant de La Presse+ est une copie en format web. Consultez-le gratuitement en version interactive dans l’application La Presse+.