Analyse

La première aux Sharks

Pour se rendre loin en séries éliminatoires au hockey, ça prend un petit quelque chose sur la glace, et ça prend un petit quelque chose hors de la glace. Les Sharks de San Jose ont les deux. Quand les talents se valent, ou presque, il faut chercher ailleurs.

Cherchons donc pourquoi les Sharks ont dominé les Blues de St. Louis 6–3 lors du premier match de la finale de l’Ouest.

Sur la glace, les raisons ne manquent pas, mais on doit surtout braquer les projecteurs sur les revirements accordés par les défenseurs des Blues. Des séquences qui font mal aux yeux, et on ose à peine imaginer à quel point elles ont dû déplaire à l’entraîneur, Craig Berube.

Sur le premier but des Sharks, Alex Pietrangelo se fait pousser par Timo Meier à la ligne bleue ennemie, et il perd la rondelle. Gustav Nyquist la reprend, la monte, la remet à Logan Couture. C’est 1-0.

Sur le troisième but des Sharks, Joel Edmundson rate complètement sa sortie de zone. Son petit lob sans grande vigueur est intercepté par Joe Thornton en zone neutre. Kevin Labanc reçoit la passe de Thornton, coupe à l’intérieur et déjoue Jordan Binnington d’un superbe tir des poignets.

Sur le quatrième but des Sharks, Colton Parayko perd la rondelle en sortie de zone lorsque Couture le harponne. Meier s’envole, sort sa feinte du dimanche, but.

Ça, c’est pour les revirements seulement. Mais les défenseurs des Blues n’ont pas vraiment mieux fait sur les autres buts. Sur le deuxième des Sharks, marqué en double avantage numérique, deux défenseurs des Blues avaient été chassés. Pour de mauvaises raisons : Jay Bouwmeester pour obstruction avec le bâton, Parayko pour avoir fracassé le bâton d’Evander Kane.

Et sur le cinquième but des Sharks, Vince Dunn a semblé s’endormir près du poteau de Binnington et a redirigé derrière son gardien un tir faible et hors cible de Meier.

On a beau regarder toutes les données du match, les croiser dans un superordinateur, calculer le Corsi du Corsi, en fin de compte, elle est là, la source des malheurs des Blues. Trop souvent, les défenseurs ont mal paru. Le trio Meier-Couture-Nyquist a terminé la soirée avec huit points, et les Blues devront vite trouver des solutions.

L’impondérable

Dans tout ça plane aussi l’aura de Joe Thornton. Il a 39 ans, 1566 matchs étalés sur 21 saisons, 174 matchs de séries éliminatoires, et 0 Coupe Stanley. « Jumbo Joe » sera assurément admis au Temple de la renommée, mais comme Alex Ovechkin l’an dernier, ce serait agréable qu’il y entre sans un « mais ». Presque 1500 points, mais. Un trophée Hart, mais. Un trophée Art-Ross, mais. L’or olympique, mais. Une finale de la Coupe Stanley, mais.

Ces séries sont peut-être sa dernière chance d’aller chercher le seul trophée qui compte vraiment. On voit que ses coéquipiers veulent le lui offrir, et ça joue beaucoup sur le moral des troupes.

« Tout le monde veut qu’il traverse la montagne, a expliqué Kevin Labanc au Mercury News. On veut qu’il tienne la Coupe à la fin des séries. »

« C’est Joe Thornton, a ajouté Brenden Dillon. C’est à peu près la seule chose qu’il n’a pas gagnée. Avant tout, tu veux gagner pour toute l’équipe. C’est le rêve de tous. Mais pouvoir ajouter cette distinction à son CV, ce serait merveilleux. »

Thornton n’est évidemment plus dans la force de l’âge. Il a bien provoqué le revirement pour le troisième but des Sharks, mais il était sur la glace pour deux des buts des Sharks. Quoi qu’il en soit, la valeur de Thornton pour les Sharks en ce moment tient à plus que sa simple contribution sur la glace. Comme nous le disions, à talent égal, ça prend un petit quelque chose de plus. Les Sharks l’ont avec Thornton.

Évidemment, la cause n’est pas entendue. Les Blues ont obtenu des buts sur des cafouillages défensifs des Sharks. Ils ont dominé la troisième période grâce aux Vladimir Tarasenko, Jaden Schwartz et Brayden Schenn. Ils ont largement gagné la bataille physique, et Erik Karlsson a essuyé plus que sa part de mises en échec. Sans oublier que Binnington n’a certainement pas envie de conclure tout de suite son scénario de rêve.

C’est un seul match, et les Blues ont trop de talent pour s’effondrer sans se battre. Mais en attendant, c’est la fête à San Jose. Avec les enfants de Joe Pavelski et de Brent Burns pour le prouver.

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