Stevenson devrait avoir des séquelles

Le boxeur québécois souffre d’un grave traumatisme craniocérébral.

Avec les rumeurs rampantes depuis dimanche – certaines folles, d’autres confirmées –, une mise au point de l’unité des soins intensifs de l’hôpital de l’Enfant-Jésus de Québec sur l’état de santé du boxeur Adonis Stevenson, hier midi, devenait inévitable.

Stevenson ne sera donc pas une autre victime de la boxe comme David Whittom et Tim Hague, morts dans la dernière année, selon le personnel médical de l’hôpital.

« Je pense qu’il va se sortir de ça même si, en médecine, on n’a jamais de certitudes, a révélé le docteur Alexis Turgeon, responsable de l’unité des soins intensifs de l’établissement où est traité Stevenson. Il a beaucoup plus de chances de s’en sortir que l’inverse. »

Mais le boxeur montréalais conservera vraisemblablement des séquelles de son combat de championnat du monde de samedi contre l’Ukrainien Oleksandr Gvozdyk, au cours duquel il a subi un sévère knock-out au 11e round.

« La majorité des gens s’en sortent avec des séquelles après un traumatisme craniocérébral grave », a admis le médecin.

À quel degré de gravité se situeront les séquelles ? Voilà où réside toute l’incertitude à l’heure actuelle.

Cinq ans après avoir subi un traumatisme crânien en ski, l’ancien pilote de Formule 1 Michael Schumacher est toujours dans un fauteuil roulant, capable de « ressentir », mais pas beaucoup plus. D’autres ne souffrent que de problèmes d’élocution ou de paralysie partielle.

« Je sais que la question brûle les lèvres, mais c’est difficile d’avoir une idée de son pronostic à long terme actuellement, a répondu le Dr Turgeon. Il est trop tôt pour donner des exemples de séquelles, il y en a des milliers. Je réponds la même chose à sa famille. Mais c’est sûr qu’on a des points encourageants. Quand on sera rendu à le sortir de tout ça, on sera mieux en mesure d’évaluer son état. »

Spéculations

Le Dr Turgeon dit avoir tenu son point de presse à la demande de la famille pour mettre fin aux spéculations. C’était la première fois depuis l’hospitalisation de Stevenson, samedi soir, que l’établissement de santé s’adressait au public, outre un court communiqué diffusé lundi.

« J’invite les gens et les médias à rester le plus prudent possible dans la divulgation de pronostics sur les médias sociaux s’ils ne viennent pas de sources médicales officielles. La famille lit tout ce qui se dit dans les médias et nous revient avec ça. C’est un peu difficile pour eux. Ce n’est pas simple d’interpréter de l’information, souvent on peut accrocher sur certains mots et parfois, ce sont ces mots-là qui arrivent à vous. »

Stevenson est actuellement sous assistance respiratoire et sédation profonde, selon les termes du médecin. Le Dr Turgeon préfère l’expression « sédation profonde » à « coma artificiel ».

« On n’aime pas le mot “coma”. Avec tous les traitements qu’on lui donne, une personne ne pourrait tolérer tout ça sans sédation. Ça permet de diminuer la consommation d’oxygène au cerveau et de contrôler certains paramètres dans le cerveau qui permettent de prévenir des complications. »

Au départ, on évoquait la possibilité de diminuer la sédation après 48 heures. On a repoussé le processus.

« Les premiers jours sont toujours critiques. On prévient des lésions additionnelles. C’est ce qu’on fait depuis qu’il est admis ici. Lorsque l’état clinique s’améliore, on peut diminuer la médication. Il n’y a pas de nombre de jours ou de semaines exact. »

« Chaque personne réagit de façon différente. J’aimerais en dire plus, mais il y a beaucoup d’imprévisible dans notre pratique. »

— Le Dr Alexis Turgeon

Stevenson a bel et bien subi une intervention chirurgicale à son arrivée à l’hôpital dans la nuit de samedi à dimanche.

« Il est arrivé à l’hôpital avec état de conscience altéré, donc pas complètement éveillé, explique le médecin. Un traumatisme craniocérébral ne se traite pas chirurgicalement habituellement, c’est une pathologie médicale, sauf dans certaines situations. Dans son cas, c’était pour drainer un hématome, une collection de sang située à l’extérieur du cerveau. »

Comment expliquer qu’il ait pu être conscient après son combat, prendre une douche normalement, avant de faillir à nouveau ?

« Les lésions cérébrales se forment progressivement après l’atteinte principale, précise le Dr Turgeon. La boîte crânienne est un espace clos. Le crâne ne prend aucune expansion. C’est un os qui mesure au moins un centimètre d’épaisseur. Lorsqu’on a une lésion qui prend un peu d’espace, il y a un peu d’espace qui peut être pris. Le cerveau n’est pas lisse, comme vous savez. Il y a des circonvolutions, des petites vallées dans le cerveau. S’il y a un saignement, ça peut prendre un peu de place et créer un changement dans notre état. »

24 heures sur 24

Le boxeur de 41 ans est sous surveillance constance par une équipe imposante. Chaque patient à l’unité des soins intensifs reçoit un tel traitement en raison de la gravité de son cas.

« La neurochirurgienne Tina Thomas a fait l’intervention [chirurgicale] pendant la nuit quand il est arrivé, il y a aussi des collègues en neurologie qui nous aident dans certaines situations, explique le Dr Turgeon, médecin traitant de Stevenson. Nous avons une infirmière par patient dans l’unité et un médecin qui y dort. C’est 24 heures sur 24. J’étais de garde la nuit dernière. Il y a des physiothérapeutes, des nutritionnistes, des travailleurs sociaux, ce sont des unités lourdes. Ça prend plusieurs professionnels de la santé. »

Parmi les facteurs favorables à une récupération possible, l’âge du boxeur. « C’est un jeune en bonne santé. Il n’y a pas de facteurs aggravants. Il a un cerveau en santé quand même. »

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