Éditorial Paul Journet

La fierté revient au SPVM

Quelque chose d’inédit se passera bientôt à la Ville de Montréal. Pour la première fois, le chef de police désigné, Sylvain Caron, répondra à des questions du public avant d’être confirmé dans ses fonctions.

Il devra comparaître devant la Commission de la Sécurité publique, qui ouvre désormais une partie de ses travaux à la population. Voilà un changement salutaire apporté par la mairesse Valérie Plante. Un petit ajout de transparence qui s’ajoute au solide mandat de redressement du chef intérimaire sortant, Martin Prud’homme.

Grâce à eux, la population reprend confiance dans le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM).

Souvenons-nous à quel point le SPVM revient de loin. Depuis quelques années, il traversait une double crise.

À l’interne, il était gangrené par des guerres de clans. Le service des affaires internes servait d’outil de règlement de comptes. D’ex-agents ont même allégué qu’un collègue a fabriqué des fausses preuves contre eux. Dans ces luttes fratricides, la fin justifiait les moyens.

Le SPVM causait aussi des inquiétudes dans ses relations avec la mairie. À Montréal, le patron du SPVM relève du directeur général de la Ville. Cette proximité a mené à des accusations d’ingérence, comme lorsque le maire Coderre a appelé le patron de la police en 2014 pour une banale histoire de contravention, ou lorsque le directeur général, en 2013, était accusé de surveiller une enquête policière touchant à son administration. Il y avait alors plusieurs questions à poser. Hélas, l’instance de reddition de comptes, la Commission de la sécurité publique, siégeait à huis clos.

En 2017, pour s’attaquer aux problèmes à l’interne, Québec a recouru aux grands moyens. Deux enquêtes ont été commandées : une criminelle, sur les fabrications de preuves, et une autre, administrative, sur la culture interne qui a mené à ces dérapages.

Par la suite, le chef du SPVM, Philippe Pichet, a été suspendu. Un remplaçant intérimaire a été nommé, le directeur général de la Sûreté du Québec, Martin Prud’homme.

M. Prud’homme terminera en décembre son mandat d’un an. Mardi, son rapport-bilan était rendu public. On y apprend que le climat de travail s’améliore, mais « demeure fragile ».

Selon M. Prud’homme, une nouvelle course à la direction aurait relancé les rivalités internes. Cela aurait « réduit à néant » les efforts de la dernière année, a-t-il prévenu.

La mairesse Plante a eu raison d’accéder à sa demande. D’ailleurs, la Fraternité des policiers y était aussi favorable. Cette semaine, le syndicat a rappelé que le travail de redressement n’était pas fini et que la « continuité est nécessaire ».

Malgré tout, le chef de l’opposition, Lionel Perez, est déçu. Pourquoi ne pas avoir élargi les filets, se demande-t-il ? Pourquoi ne pas avoir nommé un civil ?

Il est vrai que lors des crises à la Sûreté du Québec (affaire Matticks) ou à la GRC (affaire Arar), un patron non policier avait été nommé. 

Mais dans le cas du SPVM, le ménage est déjà en train de se faire. Si on fait confiance aux réformes en chantier, il est logique de leur permettre de les mener à bien.

D’autant plus que les échos au sujet de M. Caron sont positifs. On lui impute entre autres les efforts accrus dans les derniers mois pour étudier l’explosion des plaintes d’agressions sexuelles.

Quant à l’indépendance du SPVM par rapport à la Ville, on peut se rassurer en se disant que Mme Plante n’a pas le réflexe de l’ingérence. Au contraire, elle a déjà donné plus de pouvoir à la Commission de la sécurité publique. Au cours du reste de son mandat, il sera souhaitable que la mairesse concrétise ses engagements en nommant des membres indépendants à cette instance de reddition de comptes.

Mais n’oublions pas le principal. Petit à petit, la fierté réapparaît au SPVM.

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