De bout en bout

Sebastian Vettel survole le Grand Prix du Canada et offre à Ferrari une première victoire sur le circuit Gilles-Villeneuve depuis 2004.

« La voiture était parfaite »

On attendait une course très disputée hier au Grand Prix du Canada, mais Sebastian Vettel a tué tout suspense, menant de bout en bout le Grand Prix au volant de sa Ferrari.

L’Allemand a remporté sa 50e victoire en carrière en devançant par plus de sept secondes le Finlandais Valtteri Bottas (Mercedes) et les Red Bull du Neérlandais Max Verstappen et de l’Australien Daniel Ricciardo.

La seule petite incertitude est survenue quand la super modèle Winnie Harlow a agité le drapeau à damiers un tour trop tôt ! Les pilotes ne se sont heureusement pas laissés leurrer, et tout le monde a foncé jusqu’au terme des 70 tours prévus, même si le classement final a été établi après 68 tours. Harlow a expliqué sur son compte Twitter qu’elle avait agité le drapeau quand on le lui avait remis, le « coupable » étant donc plutôt le directeur de course.

Il s’agit d’une troisième victoire cette saison pour Vettel, qui est le premier pilote de l’équipe Ferrari à remporter le Grand Prix du Canada depuis son célèbre compatriote Michael Schumacher en 2004. La victoire de la Scuderia est aussi symbolique, 40 ans après celle du Canadien Gilles Villeneuve, en 1978, lors de la première épreuve disputée sur le circuit qui porte aujourd’hui son nom.

« Je sais qu’il y a une importante communauté italienne à Montréal et je connais plusieurs des bons restaurants italiens de la ville, a souligné le vainqueur. Les tifosis canadiens attendaient ça depuis longtemps, et je leur dédie cette victoire, ainsi qu’à tous les membres de l’équipe aussi, qui ont travaillé de façon remarquable pour préparer la voiture. »

« Ce Grand Prix signifie beaucoup pour Ferrari, et je suis très fier de cette victoire qui honore un peu la mémoire du grand Gilles Villeneuve. »

— Sebastian Vettel

« Nous avons vraiment connu un week-end fantastique. La voiture était parfaite, et notre stratégie a très bien fonctionné aujourd’hui [hier]. J’ai pris un très bon départ, mais la voiture de sécurité est tout de suite sortie ! J’ai toutefois réussi à creuser un écart suffisant par la suite pour contrôler la situation tout en ménageant la voiture. Les pneus ont très bien fonctionné, et nous avons pu choisir le meilleur moment pour nous arrêter. »

De la confusion en fin de course, Vettel a souligné : « Nous comptons les tours et nous communiquons par radio. Je n’ai donc pas ralenti, mais j’ai quand même vérifié avec l’équipe. J’étais surtout inquiet pour la sécurité du personnel de piste et des spectateurs. »

Verstappen a ajouté : « Ce n’est pas la première fois que ça arrive. J’étais concentré sur ma lutte avec Valtteri et j’ai attaqué jusqu’au bout. Il ne m’a manqué qu’un dixième, même si ça ne comptait plus… »

Vettel a profité des déboires de Lewis Hamilton (voir autre texte) pour reprendre la tête du Championnat du monde avec 121 points, un de plus que le Britannique.

« Ce sera encore un long championnat, et nous devons continuer de travailler, a-t-il estimé. Le bilan est toutefois très satisfaisant après le premier tiers de la saison. Remporter une telle victoire sur un circuit qui avait plutôt souri aux Mercedes depuis plusieurs saisons est très significatif. Nous savons que nous pouvons être compétitifs partout, et c’est de bon augure pour la suite de la saison. »

Le directeur de l’équipe Ferrari a rendu hommage à son premier pilote tout en soulignant que rien n’était encore acquis. « Sebastian est un grand pilote et il a conduit aujourd’hui [hier] comme un maître. En plus, il a partagé le crédit de sa victoire avec toute l’équipe et avec ses partisans.

« Nous sommes engagés dans une grosse bagarre cette saison. Nous sommes tous très près l’un de l’autre avec Mercedes et Red Bull, qui sont très forts eux aussi. Nous devons garder les pieds bien sur terre, baisser la tête et travailler. »

Un gros succès

Choyé par un vainqueur populaire, le Grand Prix du Canada s’est avéré un gros succès, comme l’a confirmé le promoteur François Dumontier en fin de journée, alors que les équipes rangeaient leur matériel.

« Nous sommes très, très satisfaits de ce week-end, a-t-il souligné. Nous n’avons pas les chiffres officiels, mais nous serons près de 300 000 spectateurs. Et toutes les équipes nous ont souligné à quel point elles avaient apprécié leur séjour au Canada.

« Chase Carey [le patron de la F1] m’a assuré en quittant le site que Montréal était maintenant une référence et que nous occupions une place particulière dans le calendrier en raison du caractère unique de notre Grand Prix. »

Dumontier a confirmé que les travaux débuteraient très bientôt sur les nouveaux garages et installations qui devraient être prêts d’ici à la fin d’avril 2019, à temps pour la prochaine présentation de l’épreuve.

Il a aussi expliqué que des pourparlers étaient en cours avec d’éventuels commanditaires principaux pour le Grand Prix. « Plusieurs candidats étaient sur le site ce week-end pour évaluer les choses, et je suis certain qu’ils ont été impressionnés par ce qu’ils ont vu. On espère avoir quelqu’un dès 2019, mais nous prendrons notre temps. »

Grand Prix du Canada

Mercedes en baisse

Le champion du monde en titre Lewis Hamilton (Mercedes), vainqueur des trois éditions précédentes du Grand Prix du Canada, a connu une journée difficile.

Parti du quatrième rang, il a été devancé par Daniel Ricciardo à la faveur des changements de pneus et s’est contenté d’une cinquième place qui l’oblige à céder la tête du Championnat du monde, un point derrière le vainqueur du jour, Sebastian Vettel.

« Cinquième n’est pas un très bon résultat, mais cela aurait pu être pire, a toutefois philosophé le Britannique. Mon moteur a surchauffé pendant toute la course, et je craignais de devoir abandonner. »

« Ferrari a fait un meilleur travail que nous et avait visiblement la meilleure voiture cette semaine. Nous ne sommes toutefois pas très loin… »

— Lewis Hamilton

Valtteri Bottas a lui aussi estimé qu’il n’y avait rien à faire contre Vettel et Ferrari, même s’il est resté à portée de l’Allemand pendant la plus grande partie de la course.

« Il [Vettel] a imposé le rythme toute la journée, et je ne crois pas que nous pouvions espérer mieux aujourd’hui », a souligné Bottas, qui en a profité pour reprendre la troisième place du Championnat des pilotes devant Ricciardo.

« Au départ, je partais du mauvais côté de la piste et j’ai dû résister à Max [Verstappen]. Nous nous sommes touchés un peu, mais cela n’a pas eu de conséquence. En fin de course, je devais surveiller la consommation et cela explique qu’il [Verstappen] se soit rapproché à nouveau. »

Niki Lauda, l’un des directeurs de l’équipe Mercedes, a souligné : « Nous n’avions pas nos nouveaux moteurs [contrairement aux Ferrari], et cela explique un peu le résultat. Mais Ferrari a présentement un ensemble incroyable : la voiture est fantastique, le moteur aussi, et ils contrôlent la consommation, même s’ils roulent à fond pendant toute la course. Les Red Bull ont aussi surpris, mais elles étaient quand même derrière à la fin. Nous allons vraiment devoir travailler très fort maintenant. »

Red Bull en hausse !

Chez Red Bull, tant Verstappen que Ricciardo ont obtenu de bons résultats, au grand plaisir du directeur Christian Horner. « Nous avions une voiture très rapide, et Max n’a commis aucune erreur. Il a bien géré la course, bien préservé ses pneus. Après une séquence difficile, une telle course est bonne pour sa confiance, et j’espère qu’elle sera le début d’une bonne séquence pour lui. »

Verstappen a reconnu : « Nous avons vraiment fait une bonne course dans l’ensemble en maximisant notre stratégie. Je revenais sur Valtteri à la fin, mais je crois qu’il contrôlait la situation à cause de sa consommation et il m’a manqué un dixième. »

Daniel Ricciardo n’a pu répéter ses exploits de Monaco, mais il a lui aussi profité d’une bonne stratégie pour devancer Hamilton et réduire de deux points l’écart qui les sépare au championnat des pilotes.

Seul petit bémol, l’Australien a été privé de son record du tour en course, réussi au 70e tour, quand la course a été ramenée officiellement à 68 tours en raison du déploiement erroné du drapeau à damiers avant la fin du Grand Prix.

C’est finalement Verstappen qui en a hérité, en tournant en 1:13,864 au 65e tour.

Stroll tourne la page

« J’aurais aimé offrir un meilleur spectacle », dit le pilote québécois

« Je vais aller chez moi, voir mes amis, vivre ma vie, laisser la course à la piste. »

Lance Stroll a dévoilé ses plans de soirée calmement, avec un petit sourire. Il était déjà prêt à tourner la page quand on l’a croisé tandis qu’il marchait vers la tente de Williams.

Sans surprise, sa journée de course à Montréal, devant son public, n’a pas comblé ses attentes. Mais il refusait de se laisser abattre, même s’il avait bousillé la chance, comme la saison dernière, de se relancer avec le Grand Prix du Canada.

« Pas du tout, ce n’est pas difficile de se remotiver. J’ai marqué des points cette année [avec une 8e place en Azerbaïdjan]. Ça peut arriver à d’autres courses. »

Sa journée de travail n’aura duré que quelques secondes. Cinq virages au total, avant un incident entre sa Williams et la Toro Rosso de Brandon Hartley.

Les reprises semblent montrer un premier contact entre les deux pilotes. Puis, Hartley tente de dépasser son rival et se fait coincer sur le mur par Stroll, qui avait perdu en partie la maîtrise de son véhicule. Les deux voitures ont terminé leur course dans un muret après s’être emboîtées l’une dans l’autre.

À qui la faute ? Il y a autant de versions que d’observateurs. Pour certains, ce sont les aléas de la course automobile et Hartley manquait de latitude pour attaquer. Pour d’autres, Stroll a bloqué son rival. Le directeur de course a jugé, dans tous les cas, que la responsabilité était à peu près partagée 50-50.

Les deux pilotes n’ont pas parlé de l’incident entre eux en quittant la piste. Stroll n’a pas voulu blâmer Hartley publiquement, une sage décision. Il assure qu’après le premier contact, il était trop tard pour éviter l’inévitable.

« Il m’a passé à l’intérieur un peu, j’ai eu un moment de survirage, j’ai essayé de corriger, mais je n’avais pas assez de place pour corriger le survirage et il y a eu contact. Ça nous a menés dans le mur. J’ai vu sur les images que j’ai perdu un peu le contrôle. Il n’y avait que quelques pouces entre nous. »

Hartley, lui, est passé devant les médias sans livrer sa version des faits. Il devait aller à l’hôpital Notre-Dame pour passer une échographie.

Excellent départ

Stroll avait pourtant connu un excellent départ, passant de la 17e à la 13e place. Il espère au moins que ses partisans montréalais auront apprécié ce court moment de gloire en piste.

« J’aurais aimé offrir un meilleur spectacle aux fans. Au moins, j’ai eu un bon départ. J’espère qu’ils ont aimé ça, même si ça n’a duré que quelques secondes. C’est la nature du sport, tu ne peux pas choisir tes résultats selon l’endroit. J’ai apprécié l’appui des fans à Montréal. »

« J’ai eu une bonne course l’an dernier, une mauvaise cette année, je serai de retour l’an prochain. »

— Lance Stroll

À savoir si, après avoir vu la reprise, il aurait pu faire les choses différemment, voici la réponse du Montréalais : « Non, c’est la course, on est tous proches dans le premier tour. On veut aller en avant et ça arrive, des choses comme ça. Tu peux toujours dire après qu’il aurait pu insister moins, j’aurais pu moi aussi. À la fin, dans un moment comme ça, tout peut arriver. »

Le week-end s’annonçait pénible de toute façon pour les Williams. Le coéquipier de Stroll, Sergey Sirotkin, a terminé 17e, donc dernier parmi ceux qui ont terminé la course. Stroll lui-même avait connu des essais libres et des qualifications sans lustre. La voiture était plus lente de plusieurs kilomètres-heure que ses rivales en ligne droite. Les problèmes sont loin d’être réglés.

Le jeune pilote a tout de même tenu à rendre hommage à tous ceux qui s’étaient déplacés pour l’encourager.

« Merci pour leur appui. Ils m’ont donné des frissons quand je les ai vus debout avec les drapeaux canadiens. On a eu un bon moment ici l’an dernier, cette fois, ce n’est pas ce qu’on avait prévu. »

Les résultats de la course

1. Sebastian Vettel (ALL/Ferrari) 1 h 28 min 31,377 s

2. Valtteri Bottas (FIN/Mercedes) à 7,376 7,376 s

3. Max Verstappen (PBS/Red Bull) à 8,360

4. Daniel Ricciardo (AUS/Red Bull) à 20,892

5. Lewis Hamilton (GBR/Mercedes) à 21,559

6. Kimi Räikkönen (FIN/Ferrari) à 27,184

7. Nico Hülkenberg (ALL/Renault) à 1 tour

8. Carlos Sainz fils (ESP/Renault) à 1 tour

9. Esteban Ocon (FRA/Force India) à 1 tour

10. Charles Leclerc (MON/Sauber) à 1 tour

11. Pierre Gasly (FRA/Toro Rosso) à 1 tour

12. Romain Grosjean (FRA/Haas) à 1 tour

13. Sergio Pérez (MEX/Force India) à 1 tour

14. Kevin Magnussen (DEN/Haas-Ferrari) à 1 tour

15. Marcus Ericsson (SUE/Sauber) à 2 tours

16. Stoffel Vandoorne (BEL/McLaren) à 2 tours

17. Sergey Sirotkin (RUS/Williams) à 2 tours

Abandons

Lance Stroll (CAN/Williams) : accident, 1er tour

Brendon Hartley (NZL/Toro Rosso) : accident, 1er tour

Fernando Alonso (ESP/McLaren) : moteur, 42e tour

Formule 1

Le classement des pilotes

1. Sebastian Vettel (ALL) 121 points

2. Lewis Hamilton (GBR) 120

3. Valtteri Bottas (FIN) 86

4. Daniel Ricciardo (AUS) 84

5. Kimi Räikkönen (FIN) 68

6. Max Verstappen (PBS) 50

7. Fernando Alonso (ESP) 32

8. Nico Hülkenberg (ALL) 32

9. Carlos Sainz fils (ESP) 24

10. Kevin Magnussen (DAN) 19

11. Pierre Gasly (FRA) 18

12. Sergio Pérez (MEX) 17

13. Esteban Ocon (FRA) 11

14. Charles Leclerc (MON) 10

15. Stoffel Vandoorne (BEL) 8

16. Lance Stroll (CAN) 4

17. Marcus Ericsson (SUE) 2

18. Brendon Hartley (NZL) 1

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