Documentaire

En souvenir de Pat Burns

Benoit Brunet se souvient.

« En plus de m’enseigner à jouer au hockey, Pat Burns a fait de moi un homme. J’étais un ado quand je suis arrivé avec les Olympiques de Hull. Un soir, j’étais avec un coéquipier de 17 ans comme moi. On voulait aller dans un bar. Luc Robitaille, Guy Rouleau, Pat Brisson étaient avec l’équipe à ce moment-là, des gars plus vieux. J’aimais fêter.

« J’entends les vétérans de l’équipe dire qu’ils allaient dans tel bar. On arrive à ce bar, les deux cocos de 17 ans, mais on est seuls. Les vétérans ne se sont jamais pointés. Il y en a un qui s’est pointé, Pat Burns. Il nous a pognés. “Qu’est-ce que vous faites ici, mes deux zoufs ?” Il nous a sortis de là.

« Le lendemain, je suis allé à mes cours au cégep pendant la journée, il m’attendait à son bureau après. Il avait promis à mes parents que j’irais à l’école, qu’il ferait de moi quelqu’un de responsable. Je peux vous dire une chose, je m’étais fait rincer pas à peu près. »

L’exemple parfait du tough love, être dur par amour, comme le décrit Benoit Brunet. L’ancien du Canadien, aujourd’hui analyste à RDS, regorge d’anecdotes pour illustrer sa relation avec Pat Burns. Un homme qui aura été son entraîneur avec les Olympiques de Hull puis avec le Canadien de Montréal.

« C’est la personne qui a changé ma vie. »

— Benoit Brunet

C’est à ce moment que ses yeux se remplissent d’eau, dans l’un des moments les plus touchants du documentaire présenté ce soir à 20 h 30 sur les ondes de RDS. Burns est mort en 2010 à la suite de son troisième cancer. Il aurait eu 66 ans la semaine dernière.

Ce documentaire retrace toutes les étapes de la vie de l’ancien entraîneur du Canadien, de son enfance à sa mort. En passant bien sûr par tous les beaux moments, les trois trophées Jack-Adams avec trois équipes différentes, la Coupe Stanley avec les Devils du New Jersey, l’entrée au Temple de la renommée, mais aussi les moins beaux.

On parle de son départ du Canadien, un congédiement et non une démission, jure son cousin et agent Robin Burns. De sa relation qui s’était effritée avec les médias. De l’incident Shayne Corson. De son présumé préjugé antifrancophone. De sa mort, forcément.

Les images de sa fin de vie rappellent de douloureux souvenirs. L’homme fier, force de la nature comme le décrit Bertrand Raymond, devenu fragile lors de l’annonce de la construction d’un aréna à son nom à Stanstead. Sa femme Line racontera ses derniers moments. Son fils Jason se remémorera aussi avec sérénité la relation avec son père : « Après le [premier] cancer, on essayait de rattraper le temps perdu. »

Lou Lamoriello, pour qui il a gagné la Coupe au New Jersey, offre aussi un témoignage poignant. Il a visité Burns la veille de sa mort et l’ancien entraîneur, trop faible pour parler, lui a seulement pointé une photo de l’équipe championne de 2003.

On apprend aussi qu’aux funérailles de Burns, Lamoriello a nolisé un avion pour amener les Devils au grand complet. « Une question de respect », dira le directeur général aujourd’hui avec les Maple Leafs de Toronto.

Burns, le personnage

Le documentaire laisse aussi une grande place à Burns, le personnage. On revit ses embauches, ses congédiements, ses saisons, ses coups de gueule. Il avait bâti un personnage qu’il entretenait à merveille, explique sa veuve.

Martin Brodeur, fort généreux dans ce documentaire, se souvient.

« On avait mangé une bonne volée la veille à San Jose. Il me demande de venir le rejoindre dans les estrades avant l’entraînement et c’est super. On ne parle même pas de hockey. Il y avait une rencontre d’équipe. Il me dit : “Martin, va dans la chambre. Il faut que j’aille piquer une bonne crise.” Bizarre, il avait l’air tellement de bonne humeur. Il rentre dans la chambre, il casse tout. Il finit son discours, il sort, puis il me fait un clin d’œil. »

Le documentaire se permet aussi une incursion chez les Maple Leafs de 1993, l’équipe qui ressemblait le plus à Pat Burns, selon son fils, et dans le rendez-vous raté avec le Canadien en finale de la Coupe Stanley.

Lamoriello lève aussi le voile sur son embauche chez les Devils. Il lui a demandé pourquoi il n’avait jamais gagné la Coupe Stanley et s’il était prêt à oublier sa propre identité au profit d’un logo. Burns a accepté et a rasé sa fameuse moustache. « Je lui disais ce qu’il ne voulait pas entendre », ajoute Lamoriello.

« À ses funérailles, il y avait plein de joueurs, ça venait de partout, résume Benoit Brunet. Je voyais les gars pleurer. La perception était peut-être moins favorable parce que quand il parlait, il ne passait pas par quatre chemins. Mais j’ai bien vu ce jour-là qu’il avait marqué plein de monde. »

Pat Burns, L’homme derrière le coach Ce soir à 20 h 30 RDS

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