HUGO DUMAS

Double gala, double plaisir

Soufflez le pop-corn, carafez le vin rouge et replacez les coussins de votre sofa comme le ferait une Olivia Pope dans Scandal après une petite journée au bureau où elle aurait désamorcé un conflit nucléaire en Corée du Nord entre deux prises d’otages à la Maison-Blanche. Et n’oubliez pas de remplacer les piles de la télécommande.

Demain soir, il sera trop tard. Demain soir, nous allons être complètement dans le jus à zapper entre les deux galas qui récompensent le meilleur de la télé québécoise et américaine, soit les Gémeaux et les prix Emmy.

D’ailleurs, ça m’étonne qu’Infoman n’ait pas encore bricolé une version télé de ses Aurore du cinéma. On se bidonnerait assurément à primer le « plusse pire » du petit écran québécois.

En épluchant la liste des finalistes, autant ici que chez nos voisins, un constat nous saute au visage, comme un stylo dans l’œil de Normand Despins : la qualité des émissions qui nous font vibrer ne cesse d’augmenter.

Je pense à l’incroyable Série noire 2, qui n’a malheureusement pas obtenu le rayonnement qu’elle méritait. Je pense aux intelligents Beaux malaises, capables de nous faire passer du rire aux larmes en quelques secondes. Je pense aux fringants Pays d’en haut, qui ont fait taire leurs détracteurs croyant (à tort) que cette histoire du terroir n’intéresserait que des grabataires.

Je pense à l’émouvante Pour Sarah, la surprise de l’automne dernier, qui a permis à ses deux jeunes interprètes talentueux, Félix-Antoine Duval et Marianne Fortier, de se faufiler parmi les nommés.

Je pense à la stressante Ruptures, succès cendrillon de l’hiver avec une Mélissa Désormeaux-Poulin qui aurait mérité une forme de reconnaissance. Je pense aux prenants Mensonges, production qui accomplit des miracles avec des budgets minuscules.

Je pense aussi aux téléromans classiques (Unité 9, Mémoires vives, O’, Au secours de Béatrice et Yamaska) qui ont la lourde tâche de captiver leurs fans pendant une vingtaine de semaines par année. Un défi colossal pour leurs auteurs, surtout que la concurrence est féroce avec Netflix et les autres services en ligne.

Je pense aux comédies comme Boomerang, Like-moi !, Les pêcheurs, Les Appendices ou Les Parent, qui nous font oublier nos petits tracas pendant 30 minutes.

Je pense aux magazines comme Banc public, La facture ou L’épicerie, qui nous font nous coucher moins niaiseux le soir. Je pense aux émissions de variétés qui se décarcassent pour nous offrir des bulles de bonheur. Je pense aux talk-shows, aux quiz et aux téléréalités qui nous font décrocher du quotidien. Je pense à tout ça et je trouve qu’on a raison de se péter les bretelles : il se fabrique de la maudite bonne télé au Québec.

Il s’en crée également de l’excellente aux États-Unis. Uniquement pour le trophée Emmy de la meilleure série dramatique, on trouve sur le carton des favoris Game of Thrones, Mr. Robot, House of Cards, Downton Abbey, Better Call Saul, The Americans et Homeland.

Bien sûr, mon cœur penche pour Westeros (go Sansa !), qui va gagner, c’est clair, avec un gros béguin pour la superagente Carrie Mathison.

Je l’avoue, après avoir été un fan fini de la famille Crawley et de son accent irrésistible, j’ai largué Downton Abbey. Goodbye, my dear ! Plus capable des courtisaneries interminables.

En comédie, l’audacieuse Transparent pourrait battre les préférées de l’Académie, Modern Family et Veep. Black-ish, Silicon Valley, Unbreakable Kimmy Schmidt et Master of None n’ont pratiquement aucune chance ici. Personnellement, j’adore Silicon Valley. Mais cette série de geeks ne renferme aucun facteur wow qui lui permettrait de se démarquer, hélas !

Gros calibre du côté des miniséries avec la sélection de The People v. O.J. Simpson, Fargo, American Crime (à découvrir !), Roots et The Night Manager. Mes deux coups de cœur ? Fargo et The Night Manager. Par contre, c’est la reconstitution du procès d’O.J. Simpson qui se sauvera avec l’Emmy. Le buzz a été immense autour de cette œuvre, très bonne, soit dit en passant.

Je suis incapable de trancher dans la catégorie des actrices dramatiques, qui oppose Robin Wright (House of Cards), Viola Davis (How to Get Away With Murder), Tatiana Maslany (Orphan Black), Claire Danes (Homeland), Taraji P. Henson (Empire) et Keri Russell (The Americans). Mon cœur balance entre Robin Wright et Viola Davis, qui ont été formidables cette année. Mais Claire Danes aussi !

Chez les hommes, aucun suspense. C’est Rami Malek, fascinant dans Mr. Robot, qui parlera au micro. Les Emmy ont toujours favorisé les antihéros. Et celui-ci, étrange et taciturne, est dans une classe à part.

OÙ REGARDER LES GALAS ?

Le 31e gala des prix Gémeaux, demain à 20 h, à Radio-Canada. Le tapis rouge se déroule à 19 h 30.

Les 68es prix Emmy, demain à 20 h, sur CTV. Jimmy Kimmel anime le gala.

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