université du québec à trois-rivières

Un lock-out brutal et mal inspiré

Le lock-out est une mesure très radicale à laquelle on peut recourir quand toutes les tentatives raisonnables de règlement ont échoué. Seuls des motifs graves justifient cette mesure qui peut entraîner des conséquences désastreuses.

À l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR) où un lock-out a été décrété le 2 mai, voici quelques exemples des effets qu’il a déjà provoqués : 

Pour les étudiants : 

Pertes possibles de bourses, d’emplois d’été et de stages de recherche, privation de cours, retards de diplomation (la situation est particulièrement dramatique pour les étudiants étrangers), annulation de la session et des écoles d’été, évaluations de mémoires et soutenances de thèses reportées, retard dans l’admission aux ordres professionnels (et entrée sur le marché du travail probablement reportée, notamment pour les futures sages-femmes).

Pour le corps professoral : 

Interdiction de toute activité à caractère scientifique ou pédagogique, ce qui donne lieu à des projets de recherche retardés ou annulés, à l’arrêt de toute forme de diffusion (conférences, entrevues, publications), à l’interruption des ententes de collaboration (avec des groupes de recherche, des entreprises, des organismes publics), à l’impossibilité de soumettre des demandes de subvention et de diriger les travaux d’étudiants de cycles supérieurs.

Ajoutons le remboursement incertain des dépenses engagées et payées par les chercheurs et les étudiants (notamment pour la participation à des colloques), l’arrêt du processus d’embauche de professeurs et l’interruption de tous les services à la collectivité.

Quant au lock-out, il a été décrété alors que rien ne le laissait prévoir. Ces conséquences sont très sérieuses, mais  elles sont peut-être mineures au regard des motifs du lock-out ?

Voyons donc. 

En octobre 2015, à cause de la situation budgétaire de l’Université, les professeurs ont accepté de rouvrir la convention collective et de signer une lettre d’entente valable pour deux ans, dans laquelle ils faisaient des concessions permettant à l’Université d’économiser près de 2 millions.

La première offre patronale, présentée en septembre 2017, fut rejetée par les professeurs. Ils demandaient une hausse salariale équivalente à celle accordée par le gouvernement au Front commun de la fonction publique. Ils demandaient aussi de conserver le plancher d’emploi, de mieux financer la recherche et de maintenir la participation des professeurs aux instances de décision.

La direction de l’Université a plutôt proposé : a) une quasi-stagnation des salaires, b) une diminution du plancher d’emploi et c) une augmentation de la tâche annuelle d’enseignement de quatre à cinq cours, rompant ainsi avec la norme en vigueur dans les autres universités québécoises (je m’en tiens aux éléments principaux).

Il y eut ensuite 13 rencontres de négociation, infructueuses. En décembre 2017, la direction a demandé l’intervention d’un conciliateur qui a présidé à six rencontres, puis elle a déposé une plainte auprès du Tribunal administratif du travail, arguant que le syndicat n’agissait pas de bonne foi. Elle réagissait ainsi à deux plaintes que le syndicat avait lui-même déposées, l’une pour dénoncer la mauvaise foi de la direction, l’autre pour ingérence.

Devant l’impasse, le syndicat a réagi en convoquant une assemblée de ses membres pour solliciter un mandat de grève de 20 jours qui serait utilisé au besoin. Mais le lock-out fut décrété avant que cette assemblée ne soit tenue. Enfin, le 11 mai, le rectorat enfreignait le Code du travail en transmettant de nouvelles offres à chacun des professeurs, sans passer par la table de négociation.

des effets qui perdureront

Chacun évaluera à sa façon la nature raisonnable ou déraisonnable des demandes syndicales et des offres patronales, l’état (sans espoir de règlement ?) des négociations, la bonne ou mauvaise foi des deux parties et la pertinence du lock-out compte tenu de ses conséquences. 

Personnellement, j’estime que cette mesure brutale était mal inspirée pour les raisons suivantes : le syndicat avait montré sa bonne foi (cf. la lettre d’entente de 2015 qui rouvrait la convention), ses demandes étaient modestes, les parties n’avaient pas épuisé tous les recours, la direction a compromis sa crédibilité en contournant la table de négociation, son offre salariale était indéfendable, l’exigence d’une augmentation de la charge de cours constituerait un précédent lourd de conséquences, tout comme le lock-out qui va durcir et empoisonner pour très longtemps les relations de travail dans cet établissement, en plus de donner un très mauvais exemple de gestion dans le monde scientifique.

L’UQTR souffre d’un sous-financement, mais la direction s’est trompée de cible. Aurait-elle pris « un bazooka pour tuer une mouche », comme l’écrivait récemment l’éditorialiste du Nouvelliste ? La ministre de l’Enseignement supérieur a lancé un ultimatum au rectorat.

Voyons ce qui va suivre. 

Ce texte provenant de La Presse+ est une copie en format web. Consultez-le gratuitement en version interactive dans l’application La Presse+.