États-Unis

Jeff Bezos accuse le National Enquirer de chantage

Le PDG et fondateur d’Amazon, Jeff Bezos, accuse l’hebdomadaire à scandale National Enquirer de l’avoir menacé de publier des photos intimes s’il ne renonçait pas à enquêter sur les liens avec l’Arabie saoudite du groupe proche de Donald Trump.

Tout a commencé avec la publication par le magazine, fin janvier, de textos passionnés échangés entre Jeff Bezos et une amie au printemps 2018, soit plus de six mois avant l’annonce de la séparation de l’homme le plus riche du monde avec son épouse, MacKenzie.

Contrarié, le créateur d’Amazon a alors engagé des détectives privés pour tenter de découvrir l’origine de la fuite et déterminer si les motivations d’American Media Inc. (AMI), propriétaire du National Enquirer, allaient au-delà du scoop.

Dans la tribune qu’il a publiée hier sur le site Medium, Jeff Bezos laisse entendre que les enquêteurs se seraient notamment intéressés aux relations entre AMI, l’Arabie saoudite et Donald Trump.

Le patron d’AMI, David Pecker, est un ami de longue date du président américain et a reconnu avoir acquis les droits de témoignages compromettants pour Donald Trump avec le projet clair de ne jamais les publier, pour le protéger.

Il a, depuis, accepté de collaborer avec la justice dans l’enquête du procureur spécial Robert Mueller, un revers pour Donald Trump.

Une relation avec l’Arabie saoudite ?

AMI a publié, l’an dernier, un magazine entièrement consacré à l’Arabie saoudite et diffusé aux États-Unis avec, en une, le prince Mohammed ben Salmane et vantant les qualités du fils du roi et sa vision moderne pour le royaume.

Selon l’Associated Press, AMI aurait transmis à l’ambassade d’Arabie saoudite à Washington un exemplaire numérique du magazine plusieurs semaines avant parution, ce qui pourrait indiquer l’existence d’une relation entre l’éditeur de presse et le royaume, ce que les deux intéressés ont toujours nié.

Inquiet de la publication d’informations issues de l’enquête menée par Jeff Bezos sur le sujet, AMI a contacté le PDG d’Amazon pour lui demander de n’en rien faire, selon la tribune publiée hier.

En contrepartie, le groupe s’engageait à ne pas utiliser des photos intimes, et potentiellement compromettantes, échangées entre Jeff Bezos et sa fameuse amie.

Le milliardaire a refusé et a publié hier le contenu de lettres échangées avec AMI.

De manière détournée, il laisse entendre que les révélations le concernant publiées par le National Enquirer pourraient avoir un lien avec l’hostilité qu’affiche Donald Trump envers lui.

Le président américain critique régulièrement Jeff Bezos, le plus souvent sur Twitter, l’accusant notamment de vouloir le discréditer via le Washington Post, dont il est propriétaire, ou de ruiner la poste américaine en lui imposant des tarifs trop avantageux pour Amazon.

Sollicité par l’AFP, le groupe AMI n’a pas réagi dans l’immédiat.

États-Unis

Trump revient à la charge sur l’avortement

Donald Trump a relancé cette semaine la bataille sur l’avortement en prenant un angle d’attaque, les interruptions tardives de grossesse, qui pourrait lui permettre de rallier des soutiens au-delà de sa base la plus conservatrice avant les élections de 2020.

Dans son discours, mardi soir, sur l’état de l’Union, pourtant placé sous le signe du compromis, le président a attaqué sans nuance une loi récemment adoptée par l’État de New York, aux mains des démocrates.

Elle « permettra d’arracher un bébé aux entrailles de sa mère juste avant sa naissance », a-t-il assuré, avant d’ajouter : « Pour défendre la dignité de chaque personne, je demande au Congrès de voter une loi interdisant les avortements au dernier trimestre. »

Ce texte souhaité par le président républicain n’a aucune chance d’aboutir, compte tenu de la majorité démocrate à la Chambre des représentants.

Cela n’a pas empêché le milliardaire d’enfoncer le clou hier lors d’une rencontre avec des religieux. Parlant d’enfants « nés ou pas nés » créés « à l’image de Dieu », il a fait applaudir les parents d’un très grand prématuré.

Cette offensive fait suite à l’adoption d’une nouvelle législation à New York, qui dépénalise les avortements au troisième trimestre quand la grossesse menace la santé de la mère ou quand l’enfant n’est pas viable. Une initiative assez proche a aussi été défendue par les démocrates de Virginie.

Pour leurs promoteurs, ces textes ne vont pas plus loin que ce qu’autorise la Cour suprême, mais leurs détracteurs y voient un feu vert pour des avortements jusqu’au neuvième mois de grossesse, qu’ils qualifient parfois d’« infanticides ».

« M. Trump et la droite religieuse propagent des mensonges sur la loi de New York pour mobiliser leur base. »

— Andrew Cuomo, gouverneur de New York

Le gouverneur Andrew Cuomo dit avoir fait voter ce texte par crainte que la Cour suprême ne revienne sur sa décision historique « Roe c. Wade » de 1973.

Les avortements tardifs

Dans cet arrêt, le temple du droit américain avait déclaré que les femmes pouvaient se faire avorter tant que le fœtus n’était pas viable. Au-delà, chaque État peut restreindre ou interdire les avortements, sauf si la vie ou la santé de la mère est en danger.

Mais l’arrivée de deux juges nommés par Donald Trump à la Cour suprême a fait basculer l’institution dans le camp conservateur, nourrissant les conjectures sur une possible évolution de cette jurisprudence.

En pratique, les avortements tardifs sont très rares. Selon le Centre de contrôle et de prévention des maladies (CDC), plus de 90 % des IVG pratiquées en 2015 ont eu lieu avant 13 semaines de grossesse, et seul 1,3 % après 21 semaines.

« L’Amérique de l’intérieur »

Malgré leur rareté, les interruptions tardives de grossesse suscitent une forte réprobation.

Selon un sondage Gallup, 60 % des Américains jugent que l’avortement doit être légal au premier trimestre de grossesse, mais la proportion tombe à 28 % au deuxième trimestre et à 13 % au troisième.

« Donald Trump jouit déjà d’un immense soutien chez les évangéliques et d’un soutien significatif chez les catholiques, mais ce sujet parle à l’Amérique de l’intérieur », loin des côtes dominées par les progressistes, explique à l’AFP Jo-Renee Formicola, professeure de sciences politiques à l’université catholique Seton Hall, dans le New Jersey.

Les déclarations du président marquent, selon elle, « le début d’un récit républicain sur la dignité, la valeur des individus… en vue de 2020 ».

Avortement

La Cour supême bloque des règles de la Louisiane

La Cour suprême des États-Unis a bloqué des nouvelles règles que la Louisiane voulait imposer aux cliniques d’avortement. Cinq des neuf juges ont décidé d’empêcher l’État de mettre en vigueur une loi qui obligeait les médecins à obtenir une autorisation d’exercer dans un hôpital situé près des lieux de l’opération. Le président de la Cour suprême John Roberts a joint sa voix à celles des quatre juges libéraux afin de bloquer la loi, en attendant une analyse complète de la cause. Les quatre juges plus conservateurs, dont Neil Gorsuch et Brett Kavanaugh, se sont prononcés en faveur de la Louisiane. M. Kavanaugh a écrit une opinion dissidente pour expliquer son vote. La loi était très similaire aux mesures adoptées par le Texas qu’avait rejetées la Cour suprême, il y a trois ans. Le juge Roberts avait alors fait valoir sa dissidence. — Associated Press

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