Groupe État islamique

Ottawa peu pressé de rapatrier les combattants canadiens

Malgré les pressions des États-Unis, Ottawa ne montre aucun empressement à rapatrier les Canadiens qui sont détenus en Syrie après avoir combattu au sein du groupe armé État islamique (EI). Et l’attitude du gouvernement est sensiblement la même pour les femmes et les enfants liés à l’organisation terroriste.

Un des ressortissants canadiens retenus dans le pays, Mohammad Ali, s’est plaint lundi dans une entrevue accordée à l’Agence France-Presse qu’il demeurait sans nouvelles du gouvernement canadien après neuf mois de détention.

Il a déploré le fait d'être séparé de sa femme, aussi d’origine canadienne, et de leurs deux jeunes enfants nés en Syrie, qui sont retenus dans un autre centre.

« J’ai grandi au Canada, toute ma famille est là, mes amis, mes souvenirs. Je n’ai pas d’autre endroit où aller, c’est ma maison […]. Comment peuvent-ils me laisser comme ça dans les limbes ? », a plaidé l’homme originaire de Mississauga, en Ontario.

Le ressortissant canadien, dont la trajectoire a été largement médiatisée au cours des dernières années, avait affirmé en 2014 au National Post qu’il ne se considérait plus comme un Canadien. Un long reportage à son sujet avait mis en relief de nombreux messages de sa part où il célébrait les méthodes violentes de l’EI.

« Aucune obligation légale »

Le gouvernement maintient qu’il n’a « aucune obligation légale » de faciliter le rapatriement des ressortissants canadiens liés à l’organisation terroriste.

Le ministre de la Sécurité publique, Ralph Goodale, a précisé la semaine dernière que le Canada n’avait aucune intention « de mettre en péril les vies de représentants consulaires ou diplomatiques » dans cette région instable afin de faciliter le processus.

Ottawa, a-t-il précisé, travaille étroitement avec les pays alliés pour colliger des preuves qui devraient permettre de faire condamner en justice les combattants de l’EI qui reviendront éventuellement au pays. « Ma principale préoccupation est la sécurité publique et la sécurité nationale », a relevé M. Goodale.

Le politicien s’est montré plus sensible à la situation des enfants de ressortissants canadiens en Syrie liés à l’EI, relevant que le gouvernement ferait « ce qui peut raisonnablement être fait pour protéger ceux qui sont innocents ». Aucune mesure précise n’a cependant été annoncée.

« C’est une situation que Daech [EI] a créée, et à laquelle les gens qui se sont rendus dans ce coin du monde pour participer ont aussi contribué. Ils doivent assumer leurs responsabilités », a-t-il souligné.

Ottawa interpellé

L’association Families Against Violent Extremism a appelé à plusieurs reprises Ottawa à agir pour rapatrier les enfants et leurs mères, relevant qu’ils vivent dans des camps dans des conditions extrêmement difficiles.

Andrew Carajal, un avocat de Toronto spécialisé dans les questions d’immigration, a indiqué hier que les enfants nés à l’étranger de mères canadiennes disposent automatiquement, sauf rares exceptions, de la citoyenneté canadienne et des droits qui lui sont associés, incluant celui de vivre au Canada.

« Tout ce que ces enfants ont fait, c’est de naître. Ce serait difficile de prétendre qu’ils ne méritent pas les mêmes droits que les autres Canadiens en raison des activités illégales de leurs parents », affirme-t-il.

La plupart des États qui comptent des ressortissants parmi les combattants étrangers de l’EI détenus en Syrie se montrent réticents à les rapatrier, mais il existe des exceptions.

La France, selon plusieurs médias locaux, travaille avec les autorités américaines afin de permettre le retour au pays de 150 Français détenus en Syrie, incluant une centaine d’enfants.

Selon Human Rights Watch, la Russie a aussi rapatrié de Syrie et d’Irak plusieurs dizaines de femmes et d’enfants liés à l’EI au cours de la dernière année.

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