Le Canadien

Petit gabarit, leadership imposant

En raison des nombreuses blessures qui affligent le CH dernièrement, Brendan Gallagher occupe plus que jamais une place primordiale au sein de l’organisation montréalaise. On peut en dire autant de Chris Kunitz qui, en dépit d’un rôle secondaire à Tampa Bay, en a beaucoup à apprendre à ses jeunes coéquipiers du Lightning dans la dernière ligne droite.

Le Canadien

L’équipe de Gallagher

Tampa — Brendan Gallagher occupe un rôle primordial au sein du Canadien de Montréal. Peu importe la situation, malgré l’adversité de la présente saison, il n’a jamais baissé les bras. Et il déteste perdre.

Avec les blessures à Max Pacioretty et Carey Price, en plus du départ de Tomas Plekanec, Gallagher est maintenant, avec Alex Galchenyuk, celui qui a porté l’uniforme du Canadien le plus longtemps. Plus que jamais, il est un modèle pour les plus jeunes, par son expérience et par sa fougue. Le Canadien, c’est maintenant en grande partie son équipe.

À un tel point que son leadership fait penser qu’il a tous les attributs pour devenir un jour capitaine dans la LNH. Aimerait-il hériter d’un tel rôle ?

« Je n’y pense pas. J’ai pu jouer pour de bons meneurs, j’ai appris d’eux. Chacun doit avoir son propre style de leadership. Pour moi, je ne vais jamais demander à quelqu’un de faire quelque chose que moi-même, je ne ferais pas. Je mène par l’exemple. J’ai appris à utiliser ma voix à travers les années. »

« Il y a plusieurs autres bons meneurs dans ce vestiaire. Porter le C vient avec de la pression, mais ça n’incombe pas à un seul joueur. »

— Brendan Gallagher

Dans une cause en apparence perdue, en retard 4-0 contre les Devils mardi, c’est lui qui a marqué le premier but du Canadien après un effort individuel. Contre des Panthers qui dominaient tous les aspects du jeu jeudi, on l’a vu plonger pour essayer de récupérer des rondelles libres. Même Roberto Luongo a salué son effort d’un petit coup de bâton. En plus, il est en voie de connaître la meilleure saison offensive de sa carrière, sans négliger ses responsabilités défensives.

Tout ça est d’autant plus louable que Claude Julien a révélé hier que Gallagher n’était pas à 100 %, comme plusieurs de ses coéquipiers. C’est exactement ce que Gallagher veut dire quand il parle de « mener par l’exemple ».

« La raison pour laquelle nous sommes dans la LNH, c’est que nous sommes compétitifs. Les jeunes ne sont pas différents, ils veulent gagner. Mais parfois, il faut apprendre à perdre avant d’apprendre à gagner, et c’est le genre de leçons que nous devons tirer comme groupe. Tu dois trouver les solutions pour changer les choses, et la frustration ne servira à rien. Tu dois être tanné de perdre pour trouver la solution. »

Tanné de perdre

Et Gallagher est tanné de perdre. Il suffit de le voir, de lui parler après une défaite pour comprendre que ça lui fait mal. Gallagher est le premier à admettre qu’il a eu beaucoup de difficulté, à travers les années, à voir le positif dans la défaite. Il a toutefois appris peu à peu à contrôler un peu mieux ses émotions.

« Ç’a toujours été mon problème, je déteste perdre. Je dois jouer avec émotion, mais parfois, après les matchs, tu dois garder ton calme et comprendre que la frustration ne te mènera nulle part. J’apprends encore. »

— Brendan Gallagher

Gallagher nous a même révélé, sourire en coin, le truc qu’il s’était imposé pour gérer ses sautes d’humeur. Il l’appelle « la règle des deux heures ». Grosso modo, il s’accorde le droit d’être en colère deux heures après une défaite. Après tout, juge-t-il, tu n’as pas le droit d’oublier si vite ce qui vient de se passer. Après ces deux heures cependant, il se met à chercher des solutions.

Le Canadien connaît une saison de misère, et on pointera au bilan de fin d’année une série de raisons pour expliquer cette déconvenue. Un fait demeure, le Canadien n’aurait pas autant de problèmes si tout le monde jouait avec le même feu sacré que le petit numéro 11. Sent-il parfois que l’effort n’est pas le même pour tous ses coéquipiers ?

« Tout le monde a une raison différente d’être ici. Je ne suis pas le plus fort, je ne suis pas le plus gros, je n’ai pas le meilleur tir. Je suis ici car je veux me battre plus fort que d’autres pour gagner mes batailles. Quand tu utilises tes forces, tu as du succès. Il faut comprendre que c’est quand on joue le mieux que les résultats suivent. »

Ce sont les mots d’un leader.

Lightning de Tampa Bay

Kunitz pour montrer le chemin

Tampa — Il y a de ces signes qui ne mentent pas. Le jour même où le Canadien rappelait Brett Lernout, l’un des 14 défenseurs utilisés cette saison, le Lightning laissait de côté Brayden Coburn, car il avait trop de talent à la ligne bleue. Et le nouveau Ryan McDonagh n’est même pas encore revenu au jeu !

C’est dire la force et la profondeur du Lightning de Tampa Bay. Après tout, on ne se retrouve pas au premier rang du classement général par hasard. Pourtant, malgré tous ces succès, un joueur en veut encore plus.

Ce joueur en veut encore plus car il connaît l’émotion qui envahit celui qui soulève la Coupe Stanley. Il a vécu quatre fois une telle euphorie, plus que quiconque parmi les joueurs actifs de la LNH, et il pourrait bien la revivre avec le Lightning. Ce joueur, c’est Chris Kunitz.

À titre de doyen de l’équipe à 38 ans, il est là pour rappeler à tout le monde que la route est encore très longue.

« Nous avons les bons éléments, les joueurs étoiles, les bons gardiens, les défenseurs qui peuvent accumuler les minutes. Tout est en place, mais nous devons encore prouver que nous pouvons être la meilleure équipe chaque soir. »

— Chris Kunitz

« On doit enlever la volonté de se battre à nos adversaires, et nous devons améliorer cet aspect de notre jeu d’ici la fin de la saison. »

Kunitz s’y connaît en équipes victorieuses. Il a gagné avec les Ducks d’Anaheim en 2007, puis trois autres fois avec les Penguins de Pittsburgh. Quand on lui demande de comparer son équipe actuelle aux autres champions qu’il a connus, il reste très terre à terre.

« Nous avons eu de très bons matchs. Mais nous n’avons pas eu de séquences où nous dominions vraiment comme plus tôt dans la saison. On essaie encore de grandir comme équipe, on doit encore s’améliorer et c’est ce à quoi servent les 14 derniers matchs. Nous devons être difficiles à affronter en séries pour battre n’importe qui. »

On parle quand même ici d’une équipe qui a une fiche de 8-0-1 à ses 9 derniers matchs. Ce qui lui fait dire, quand même, ceci : « Je regarde ce vestiaire, et c’est un vestiaire dans lequel je me sens à l’aise pour aller me battre. »

Les séries

Kunitz explique que le secret en séries réside dans les changements de « momentum ». Chaque geste que tu tiens pour acquis, aller récupérer une rondelle, finir une mise en échec, peut avoir des répercussions à l’exposant 1000 en séries. En un clin d’œil, l’adversaire peut reprendre confiance et ne plus regarder en arrière.

« Tu dois accepter de tout laisser sur la glace, et l’équipe qui brisera l’autre gagnera la série. Tu dois toujours croire que le prochain jeu est le plus important. »

— Chris Kunitz

Il suffit de lui parler quelques minutes pour comprendre que Kunitz n’est pas du genre à laisser aller ses émotions. Mais sa philosophie est primordiale pour une équipe qui aspire à se rendre jusqu’au bout. Ses coéquipiers l’ont bien compris, les plus jeunes comme les plus vieux.

« Il nous parle de préparation, jouer comme il faut, nous rappelle Victor Hedman, qui est quand même lui-même un finaliste du trophée Norris. La Coupe Stanley est difficile à gagner, il l’a fait quatre fois, donc si tu as des questions, c’est lui que tu vas voir. Il a gagné deux fois de suite, on va essayer de le rendre à trois. Mais la route est longue et on doit y aller une étape à la fois. »

« Il est vraiment intelligent, a dit pour sa part Yanni Gourde, très admiratif. Chaque fois qu’il parle, je l’écoute. Sa sagesse est vraiment importante. Je regarde sa manière de jouer, sa manière d’approcher les matchs. On doit préparer l’équipe pour les séries. On doit jouer 60 minutes chaque soir et chercher à imposer notre style. »

Ils sont plusieurs chez le Lightning à pouvoir faire pencher la balance match après match, les Hedman, Stamkos, Point, Kucherov, Gourde, Johnson, Vasilevskiy et compagnie. Le talent ne manque pas. Reste que c’est peut-être Kunitz, dans l’ombre, qui aura l’un des plus grands impacts sur l’équipe.

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