Tarifs douaniers

Trump réitère ses menaces, Ottawa tente de calmer le jeu

Justin Trudeau ne mérite plus « sa place en enfer », a admis hier le conseiller économique du président américain, ce qui n’a pas empêché Donald Trump de réitérer ses menaces de nouveaux tarifs douaniers envers le Canada. La ministre des Affaires étrangères Chrystia Freeland a répliqué qu’Ottawa était prêt « à toutes les éventualités », et elle ira encore une fois plaider sa cause à Washington cet après-midi. Compte rendu.

Vives tensions

La tension a monté de plusieurs crans entre le Canada et les États-Unis depuis samedi soir. Quelques minutes après la clôture du Sommet du G7, Donald Trump a traité Justin Trudeau de « malhonnête » sur Twitter, menaçant de frapper les exportations automobiles canadiennes d’une surtaxe de 25 %. Le président américain n’a pas apprécié les propos de son homologue, qui a qualifié « d’insultant » l’argument invoqué par Washington – la sécurité nationale – pour imposer de nouveaux tarifs douaniers sur l’aluminium et l’acier canadiens. Donald Trump en a rajouté hier pendant une conférence de presse à Singapour. « Il [Justin Trudeau] a appris. Ça va coûter beaucoup d’argent aux gens du Canada. Il a appris. Tu ne peux pas faire ça. »

Un conseiller s’excuse... du bout des lèvres

Le conseiller économique de la Maison-Blanche, Peter Navarro, avait lui aussi déversé une pluie d’insultes à l’endroit de Justin Trudeau pendant une entrevue télévisée, dimanche. Il avait notamment affirmé qu’il y avait « une place spéciale en enfer » pour le premier ministre canadien, qui avait osé dénoncer les surtaxes américaines pendant sa conférence de presse de clôture du G7. Peter Navarro s’est excusé du bout des lèvres, hier. « Laissez-moi corriger une erreur que j’ai faite. […] Le langage que j’ai utilisé était inapproprié. » Sa montée de lait de dimanche, critiquée autant à gauche qu’à droite aux États-Unis, visait surtout à envoyer « un signal de force » à la veille de la rencontre historique entre Donald Trump et le leader nord-coréen Kim Jong-un, a-t-il admis.

La communauté d’affaires inquiète

Qu’importent les guerres de mots, l’inquiétude de la communauté d’affaires est bien réelle au Canada. Les craintes proviennent de plusieurs fronts : des producteurs de métaux, de l’industrie automobile et des agriculteurs, qui se retrouvent régulièrement dans la ligne de tir de Donald Trump. Le président réclame l’ouverture du marché canadien aux produits laitiers américains, une condition à la signature d’une version modernisée de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA). Un tel démantèlement du système de gestion de l’offre serait catastrophique, ont plaidé hier plusieurs députés de l’opposition à Ottawa. « Chaque pourcentage de marché qu’on laisse partir dans le secteur du lait, c’est des centaines de millions [en revenus perdus], a lancé Brigitte Sansoucy, élue néo-démocrate de Saint-Hyacinthe–Bagot. Ça peut vouloir dire, pour les comtés ruraux comme le mien, de compter les fermes qui vont fermer. »

Trudeau rencontre les producteurs laitiers

Justin Trudeau a tenté de dissiper l’ambiguïté qu’il avait laissé planer au sujet d’un assouplissement du système de gestion de l’offre. Il est allé discuter avec des producteurs agricoles qui tenaient un petit kiosque au centre-ville d’Ottawa, à l’heure du déjeuner, avant de rencontrer les Producteurs laitiers du Canada plus tard en journée.

Une réunion qui a calmé les esprits, selon Pierre Lampron, président de cet organisme qui représente 12 000 fermes laitières au pays. « Nous avons eu une conversation très franche avec lui, et il est manifeste qu’il comprend nos préoccupations. Le premier ministre a indiqué que non seulement il soutient la gestion de l’offre, mais qu’il est également déterminé à appuyer nos producteurs laitiers et à assurer la vitalité de l’industrie laitière du Canada. »

Freeland persiste et signe

La ministre des Affaires étrangères Chrystia Freeland, qui pilote le dossier de la renégociation de l’ALENA, a pour sa part rappelé que le gouvernement Trudeau s’attendait à vivre des « moments dramatiques » depuis l’élection de Donald Trump. « Nous avons dit dès le départ que notre stratégie serait d’espérer le meilleur, de travailler pour obtenir le meilleur résultat, mais de toujours être préparé pour le pire, d’avoir un plan B, C, D, E et F, et peut-être même de se rendre jusqu’à la fin de l’alphabet. » Elle a réitéré qu’Ottawa considérait les nouvelles surtaxes sur les métaux comme « illégales » et « injustifiées ». Des tarifs sur les automobiles seraient encore plus « absurdes », a-t-elle ajouté.

De retour à Washington

Chrystia Freeland se rendra de nouveau à Washington aujourd’hui pour rencontrer un groupe d’influents sénateurs. Elle s’entretiendra à 14 h avec les membres du Comité sénatorial des relations étrangères des États-Unis, dirigé par le républicain Bob Corker, l’un des principaux alliés du Canada à Washington. Ce politicien du Tennessee est à l’origine d’un projet de loi déposé la semaine dernière qui vise à obliger l’administration Trump à obtenir le feu vert du Congrès avant de décréter de nouveaux tarifs douaniers en invoquant l’argument de la « sécurité nationale ». Mme Freeland recevra par ailleurs ce soir le prix du diplomate de l’année, remis par le magazine Foreign Policy, à Washington. Selon nos informations, elle abordera dans son discours les récents tarifs imposés par les États-Unis, et fera valoir qu’ils vont à l’encontre d’un ordre international fondé sur les règles.

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