Éditorial  Conférence de Paris

En quête d’un déblocage

Si le sommet de Paris est une réussite, ce sera grâce à la main tendue par les pays riches aux plus pauvres. Et aussi, avouons-le, grâce aux faibles attentes. Elles ont été baissées avec raison pour que la quête d’une solution parfaite ne conduise à un échec comme celui de Copenhague, en 2009.

Pour éviter le pire, le réchauffement climatique doit être limité à 2 degrés Celsius. Or, personne ne prévoit que les engagements actuels des pays seront suffisants. Et personne n’est vraiment surpris non plus, car ces cibles ont été choisies de façon volontaire.

C’est le contraire de l’approche de Copenhague. On avait établi à l’avance une limite au réchauffement. Puis, lors des négociations, on espérait attribuer à chaque pays une cible de réduction d’émissions de gaz à effet de serre (GES). Si tous la respectaient, le seuil de 2 degrés serait respecté.

On connaît la suite… En essayant d’imposer des cibles, on a provoqué un réflexe défensif. Chaque pays voulait s’assurer de ne pas faire plus que son voisin. La méfiance a ainsi mené à l’immobilisme.

Le processus a été inversé pour Paris. On a misé sur la carotte au lieu du bâton. Les pays ont été invités à choisir leurs propres cibles de réduction, et ce, avant la conférence. Si tous la respectent – ce qui n’est pas garanti –, le réchauffement projeté serait de 2,7 degrés.

Certes, cela dépasse le seuil établi par les scientifiques du groupe onusien. Mais ce n’est pas le cœur de l’entente. D’ailleurs, les réductions précises de GES par pays ne devraient figurer que dans l’annexe de l’entente. L’entente définira plutôt des principes et mécanismes pour construire une solution à long terme.

Deux conditions sont nécessaires pour conclure au succès. Premièrement, s’assurer que tout le monde se mette en marche.

Pour rallier les pays en développement, il faudra les aider.

Un engagement a déjà été pris pour verser une enveloppe annuelle de 100 milliards, et il est en voie d’être réalisé, bien qu’un différend persiste sur le mode de calcul. Mais ce n’est pas suffisant. À cette somme récurrente et prévisible, il faudra ajouter une indemnisation lors de catastrophes météo. La raison : le réchauffement est un problème créé par les pays riches, mais subi par les pays pauvres. C’est donc plus une compensation que de la charité.

Deuxièmement, il faudra s’assurer que le virage vert s’accélère. Cela passera par un mécanisme de révision ponctuelle, qui exigerait par exemple que les pays renforcent leurs cibles chaque cinq ans.

Pas besoin toutefois de rendre l’accord contraignant, comme le souhaite la France. Ce serait inutile, car il n’existe pas de mécanisme de pénalité financière, ce qui rend la contrainte théorique. Et ce serait aussi contre-productif, car le Sénat américain bloquerait l’adoption d’une telle entente, et donnerait ainsi des munitions aux autres pays voulant quitter la table.

Sous ces conditions, l’accord de Paris permettrait d’embarquer tout le monde dans le même train, puis d’accélérer avant qu’il ne soit trop tard. Voilà le résultat attendu : un grand déblocage.

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