Épreuves d’endurance

Un Ironman pas comme les autres

Plus haut, plus loin, plus fort. La devise des Jeux olympiques modernes cadre parfaitement avec la tangente prise ces dernières années dans les sports d’endurance. Les athlètes (et les organisateurs d’événements) repoussent de plus en plus les limites du corps humain. La Presse vous présente deux de ces épreuves, qui se déroulent cette fin de semaine au Québec. Aujourd’hui : le Triathlon extrême Canada Man/Woman.

Une grosse journée attend les 175 athlètes inscrits au Triathlon extrême Canada Man aujourd’hui. Ça débute avec une nage à la noirceur de 3,8 km au lac Mégantic, puis 180 km de vélo sur un parcours offrant 2500 m de dénivelé positif pour se terminer avec un marathon de 42 km sur route et sentier culminant au sommet du mont Mégantic, après 1200 m de grimpe en forêt.

L’épreuve fait partie de la série de triathlons extrêmes TRI World Tour, comptant sept courses un peu partout dans le monde.

« C’est un événement très particulier. C’est la même longue distance qu’un triathlon Ironman “normal”, mais auquel on a multiplié par quatre ou cinq fois le dénivelé total. Et le tout se passe dans un environnement très sauvage », indique Jean-Thomas Boily, coprésident d’Endurance Aventure, qui organise la course pour la deuxième année en 2018.

Quelle portion du parcours représente le plus grand défi pour les participants ? « La réponse va varier d’un athlète à l’autre. Les coureurs, par exemple, trouvent le vélo vraiment difficile, car les côtes ne finissent plus de se succéder. Tandis que les cyclistes en ont pour leur argent avec un marathon qui se termine en sentier et au sommet du mont Mégantic », souligne M. Boily, ancien athlète paralympique en ski de fond.

Les distances sont les mêmes, mais les temps enregistrés lors d’un triathlon dit « extrême » ne se comparent pas à un Ironman traditionnel. L’an dernier, le Britannique Chris Stirling l’avait emporté en 11 h 8 min 24 s, près de 3 h de plus que le meilleur temps enregistré lors du dernier Ironman de Mont-Tremblant.

La météo, très changeante dans le secteur, peut influer sur le moral (et le résultat) des athlètes. La température peut grandement varier entre le départ (4 h 30) et l’arrivée (maximum minuit).

« ON N’EST JAMAIS VRAIMENT PRÊT »

Le coureur cycliste David Maltais, qui a participé à trois épreuves Ironman, traversé le Canada à vélo et participé l’an dernier au Défi des 21, une épreuve d’ultracyclisme de 338 km, est prêt pour ce « nouveau défi ».

« Ça va être un challenge différent. J’ai participé à pas mal de courses dans ma vie, et je sais que peu importe notre degré de préparation, on n’est jamais vraiment prêt. Il faut avoir une bonne résistance à l’imprévu, surtout dans ce type d’épreuve. J’espère par exemple que je ne me perdrai pas dans le bois en courant dans la mauvaise direction ! », dit-il en riant.

L’athlète de 28 ans a profité la semaine dernière d’un passage en Italie pour se mesurer à des cols comme le mythique Stelvio. Il s’attend à souffrir sur le parcours de Mégantic, même s’il ne luttera pas pour les places d’honneur.

« Il y a le côté physique, mais il faut aussi que le mental soit là. »

— David Maltais

« J’espère avoir la bonne attitude en me levant [ce matin] dimanche, et être prêt à souffrir toute la journée. Parce que dans le monde du triathlon, les gens disent pas mal que c’est l’épreuve la plus dure de leur vie. »

ENCHAÎNEMENT DES DISTANCES

Jessica Bélisle est une habituée des longues distances sur deux roues. Elle a traversé plusieurs fois le pays, participé elle aussi au Défi des 21, ainsi qu’à l’Ultra Défi 1000 km, notamment.

Elle peut facilement pédaler de 300 à 400 km par jour. L’an dernier, elle a fait les 180 km du vélo lors de la compétition par équipe à Mégantic. Mais aujourd’hui, elle tentera le coup en solo et devra donc aussi nager et courir.

Si la natation en eau libre ne l’effraie plus, des questions demeurent quant à la course à pied. Après tout, l’athlète de 29 ans n’a jamais couru plus de 35 km.

« À vélo, je dis souvent à la blague qu’il faut 100 km à mon corps pour être échauffé. Donc de l’endurance, j’en ai. Mais j’ai hâte de voir comment mon corps va réagir à l’enchaînement de ces distances dans trois sports différents », indique-t-elle.

La Trifluvienne aurait pu choisir une initiation au triathlon moins extrême, il va sans dire.

« Je carbure aux défis, mais cette fois-ci, mon objectif sera simplement de me rendre jusqu’au sommet du mont Mégantic. »

— Jessica Bélisle

« J’aime le fait qu’il y ait de la course en sentier, car c’est moins dur pour le corps et les blessures », explique-t-elle.

LES PRÉTENDANTS

L’ex-cycliste professionnelle Lyne Bessette a remporté l’épreuve en 2017 chez les femmes, et son temps de 12 h 37 min lui a permis de rivaliser avec les hommes, finissant dans le top 10 du classement général. Elle sera présente ce dimanche pour défendre son titre.

Du côté des messieurs, le Québécois Jérôme Bresson, 2e l’an dernier en 11 h 23 min, fait figure de favori alors que le Britannique Stirling sera absent.

« J’ai fait quelques petites erreurs l’an dernier qui m’ont coûté cher, a déclaré Bresson cette semaine. Je vais essayer de moins me soucier des autres participants et d’adopter une approche plus conservatrice au niveau de l’énergie pour arriver dans le dernier droit dans de bonnes conditions. Je veux réaliser le meilleur temps possible selon les conditions de la journée. »

Au total, 145 hommes et 30 femmes de 14 pays prendront le départ de la course individuelle, tandis que 160 autres participeront en équipe.

Ce texte provenant de La Presse+ est une copie en format web. Consultez-le gratuitement en version interactive dans l’application La Presse+.