Portfolio Produits forestiers

Après les « deux par quatre », les biomatériaux

Une révolution est en cours dans le secteur québécois des produits forestiers, entre autres grâce aux biomatériaux. À cela s’ajoutent des projets technologiques utilisant des drones et des équipements contrôlés à distance qui promettent de faire entrer l’industrie du bois dans l’ère du 4.0.

L’époque où un arbre servait avant tout à produire des « deux par quatre » et de la pâte à papier tire peut-être à sa fin. Même si ces produits demeurent louables et rentables, ils ne représenteront bientôt plus le cœur de l’industrie forestière québécoise.

Depuis quelques années, les arbres et leurs résidus sont utilisés pour créer des biomatériaux. FP Innovations est derrière cette filière en émergence. Subventionné notamment par Ressources naturelles Canada, FP Innovations se targue d’être l’un des plus importants centres de recherche au monde dans le secteur forestier.

Remplacer le pétrole

« Les deux principaux composés chimiques du bois sont la cellulose et la lignine. Or, on peut les décortiquer en molécules plus élémentaires qui seront ensuite utilisées dans d’autres industries et vers d’autres applications », explique Stéphane Renou, président et chef de la direction de FP Innovations.

Dans un contexte où on trouve des résidus de scieries en abondance – la production de papier, grande consommatrice de cette denrée, n’est plus aussi florissante qu’autrefois –, la mise en place d’une filière de biomatériaux arrive à point nommé.

« Ce qui est fascinant, c’est que le bois devient une ressource naturelle qui peut remplacer le pétrole utilisé dans les produits synthétiques. » 

— Stéphane Renou, président et chef de la direction de FP Innovations

FP Innovations est derrière quelques projets de biomatériaux dont les applications promettent de beaux lendemains. Les filaments cellulosiques et la cellulose nanocristalline en sont deux exemples.

Nouveaux matériaux

Des filaments cellulosiques (FC) sont actuellement élaborés et commercialisés (sous la marque FiloCell) dans une usine pilote de 15 millions dirigée par Kruger à Trois-Rivières. Fabriqués à partir de pâtes à papier par un traitement mécanique (et non chimique), les FC sont un additif naturel dont les travaux de recherche et développement ont coûté près de 25 millions.

« Nous l’utilisons déjà dans nos papiers de spécialité destinés, entre autres, au secteur alimentaire, mais nous travaillons à l’intégrer dans les secteurs du plastique et du béton. Le filament de cellulose permet de réduire la quantité de matière première. C’est un avantage à la fois économique et environnemental », explique Daniel Archambault, vice-président de direction chez Kruger.

La cellulose nanocristalline (CNC) est quant à elle fabriquée et commercialisée par l’entreprise CelluForce, à même les installations de Domtar à Windsor, en Estrie. La PME se targue d’être parmi les plus importants acteurs au monde en ce qui concerne la CNC.

Mesurant 5 nanomètres sur 10 nanomètres, le produit de CelluForce est vendu sous forme de poudre, devenant ainsi un « ingrédient fonctionnel », selon Sébastien Corbeil, président et chef de la direction.

« On l’intègre, dit-il, dans les liquides de forage pétrolier, ce qui améliore et maintient la viscosité, même à des températures extrêmes. On le retrouve aussi dans le Fog Kicker, un produit antibuée développé par une start-up américaine pour les masques, les miroirs, etc. »

Selon M. Corbeil, les biomatériaux auront un impact positif et à long terme sur l’économie québécoise. D’autant plus, dit-il, que des projets de biocarburants à partir de résidus de bois sont dans le collimateur de quelques entreprises québécoises.

Comme des jeux vidéo

Selon Stéphane Renou, de FP Innovations, l’industrie forestière se prépare elle aussi à entrer dans l’ère du 4.0. « Notre rêve ultime, dit-il, c’est de voir un immeuble rempli de gens qui, au lieu de jouer à des jeux vidéo, opèrent à distance des machines forestières. »

À court terme, FP Innovations cherche d’ailleurs des solutions pour régler les problèmes de main-d’œuvre. « Plus personne ne veut partir pendant trois mois travailler en forêt, dit-il. Quelles sont les technologies d’automation, d’automatisation, de commande à distance et d’intelligence artificielle qu’on va pouvoir utiliser pour réduire les demandes en personnel ? »

« On travaille aussi à prendre la photo d’un arbre en forêt à partir d’un drone, lui accoler un numéro de série et déterminer déjà sur le terrain ce qu’on va en tirer. Est-ce que ce sera des 2 x 6, de la pâte à papier, des biomatériaux ? On pourrait faire de la coupe en forêt just in time », dit-il.

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