Entraîneur de hockey arrêté à châteauguay pour contact sexuel avec un mineur

Après l'onde de choc, la gestion de crise

Châteauguay — La scène ne saurait être plus typique d’un vendredi soir de novembre à l’aréna. À l’extérieur, une nuit mêlée de neige tombe sur les jeunes hockeyeurs qui traînent leur lourd sac d’équipement. À l’intérieur, l’ambiance fébrile anime les petits gradins remplis par les parents des adolescents qui s’affrontent sur la glace.

Le duel oppose les Élites de Jonquière aux Grenadiers de Châteauguay, de la Ligue de hockey midget AAA du Québec. Et pour les joueurs des Grenadiers, la rencontre arrive comme un baume après 48 heures de tourmente.

Leur entraîneur-chef, Jonathan Bussière, a été arrêté mercredi matin. Il fait face à des accusations de contact sexuel avec un enfant de moins de 16 ans, de leurre, d’avoir rendu accessible à sa victime du matériel sexuellement explicite et d’avoir obtenu des services sexuels moyennant rétribution. Il est toujours en prison dans l’attente de son enquête pour remise en liberté.

Selon les informations disponibles, la victime ne serait pas liée au monde du hockey et ne fréquenterait pas la même école que les joueurs des Grenadiers. Aucun membre de l’équipe n’aurait vécu d’incident avec l’entraîneur.

Bussière, 33 ans, en était à sa première saison derrière le banc de l’équipe, après quatre années passées comme entraîneur adjoint. L’ex-hockeyeur est donc une figure bien connue du monde du hockey de la région.

« Je suis impliqué dans le hockey mineur de Châteauguay depuis 30 ans : je l’ai vu grandir, jouer atome, pee-wee », énumère le gouverneur de l’équipe, Benoît Perron.

« Il est dans notre programme depuis plusieurs années, et jamais on n’a reçu de plainte ou de remarques qui pourraient avoir des liens avec les accusations portées contre lui. »

Lui-même ex-policier, M. Perron affirme avoir traité quelque 300 dossiers d’agression d’enfants dans sa carrière.

C’est donc en connaissance de cause qu’il a affronté la tempête qui a secoué l’équipe cette semaine.

« Ce n’est pas écrit dans le front qu’une personne peut être comme ça, dit-il. C’est très difficile à détecter. On est tout le temps surpris sur le coup. Mais j’en ai vu assez dans ma carrière, ça ne me surprend plus. »

M. Bussière, un père de famille, n’a pas d’antécédents judiciaires liés à des crimes de nature sexuelle. Il est toutefois en attente d’un procès pour conduite avec les facultés affaiblies à la suite d’une infraction commise l’année dernière. Il était déjà prévu qu’il repasse en cour dans ce dossier à la fin du mois.

Gestion de crise

La nouvelle de l’arrestation de Jonathan Bussière, un entraîneur apprécié de ses joueurs, a causé une véritable onde de choc. Un rigoureux protocole de gestion de crise s’est donc mis en branle.

L’organisation des Grenadiers a été informée de la nouvelle immédiatement après la comparution du suspect au palais de justice de Salaberry-de-Valleyfield, mercredi après-midi. Elle a congédié son entraîneur sur-le-champ et a communiqué avec l’école Louis-Philippe-Paré, que fréquentent tous les joueurs.

Le lendemain matin, dès la rentrée des classes, les jeunes hockeyeurs ont été rencontrés par les dirigeants de l’équipe pour faire le point sur la situation.

« On n’a pas fait de cachettes », assure Benoît Perron.

La commission scolaire des Grandes-Seigneuries a pour sa part déployé sur place une équipe d’intervention composée de psychologues, de psychoéducateurs et d’une travailleuse sociale. Une attention particulière a été portée aux étudiants-athlètes inscrits au programme sport-études, mais les services de soutien étaient offerts pour tous les élèves.

Le personnel enseignant a également été mis à contribution afin que la situation soit abordée en classe pendant la journée, et une lettre a été envoyée aux parents de tous les élèves de l’école.

« La crise a été gérée avec diligence », estime Hélène Dumais, porte-parole de la commission scolaire.

C’est le constat que font aussi les parents de joueurs croisés à l’aréna hier soir.

« Mon fils ne s’est pas senti bien pendant la journée, il tombait dans la lune, tremblait. Il a pu consulter un psychologue et va retourner le voir la semaine prochaine. Il a été très ébranlé », raconte Isabelle Wafer, mère d’un joueur qui dispute sa première saison avec les Grenadiers.

L’équipe de hockey a finalement conclu la journée d’intervention en rencontrant les parents.

« Je leur ai entre autres dit que la meilleure prévention, ça part de la maison. Oui, des gestes déplacés, c’est possible que ça arrive un jour. C’est des questions qu’il faut aborder à un jeune âge. Il ne faut pas que les jeunes aient peur d’en parler à leurs parents. » — Benoît Perron

« Tout le monde a été extrêmement bien encadré », constate Chavonne L’Heureux, dont le fils joue pour Jonathan Bussière depuis plusieurs années.

C’est Marc-Olivier Samson, jusque-là entraîneur adjoint, qui assure l’intérim derrière le banc des Grenadiers. Les joueurs s’étaient d’ailleurs donné comme mission de gagner le match d’hier pour « Mos ».

« C’est une équipe soudée, les gars ont tous dit qu’ils allaient se tenir dans cette épreuve », souligne Isabelle Wafer.

Manque de pot, les Grenadiers se sont toutefois inclinés 2-0.

Deux cas en un an

C’est la deuxième fois en un an qu’un entraîneur de la Ligue de hockey midget AAA est visé par des accusations d’inconduite sexuelle.

Gabriel Paquin, entraîneur des gardiens de but pour l’Intrépide de Gatineau, a été arrêté en décembre dernier. Il est notamment accusé d’avoir rendu disponible du matériel sexuellement explicite à des mineurs et d’avoir possédé de la pornographie juvénile. Il sera de retour en cour la semaine prochaine pour son enquête préliminaire.

« On n’est pas chanceux », convient Georges Marien, directeur général de la ligue.

Celui-ci assure toutefois que le circuit « fait le maximum » sur le plan de la prévention.

Chaque été, des rencontres de sensibilisation sont organisées, d’abord avec les entraîneurs, puis avec les 300 joueurs de 15 à 17 ans de la ligue. Un représentant de la Sûreté du Québec participe à ces rencontres.

« Tout ce qu’on peut faire, c’est renforcer encore davantage le message pour que les jeunes réalisent l’importance de dénoncer dès qu’il arrive quelque chose », résume M. Marien.

« On fait le maximum qu’on peut. Malheureusement, des événements comme ceux-là font partie de la société dans laquelle on vit. »

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