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Vers un autre été d’affluence record

Battre les records de l’année 2017 s’avérait tout un défi pour l’industrie touristique au Québec. La saison estivale 2018 est à mi-parcours, mais déjà, on enregistre une légère hausse d’achalandage grâce aux performances de juin. Le G7 a gonflé les coffres des hôteliers dans Charlevoix et à Québec, tandis que la F1 a comblé Montréal de visiteurs.

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Plus de touristes, mais des hôtels moins remplis

L’été des festivités du 375e anniversaire de Montréal est difficile à battre, mais le beau temps et les records aux guichets de la F1 en juin pourraient bien permettre à la métropole de terminer la saison estivale avec une nouvelle hausse des touristes. Une augmentation qui ne se reflète toutefois pas nécessairement sur les taux d’occupation des hôtels.

À l’instar du Conference Board du Canada, spécialiste des analyses économiques, Tourisme Montréal prévoit une légère augmentation du nombre de visiteurs dans la métropole. Les résultats officiels de l’organisme ne sortiront qu’en septembre, mais certains indicateurs incitent à l’optimisme. Par exemple, les organisateurs du Grand Prix du Canada ont confirmé à La Presse une hausse de 28 % à la billetterie par rapport à l’édition 2017.

« On s’enligne pour une petite hausse par rapport à une année exceptionnelle, car 2017 était la meilleure année depuis l’Expo 67, affirme Pierre Bellerose, vice-président des relations publiques de Tourisme Montréal. On est dans les bonnes années. On le voit aux postes-frontières, aux aéroports, mais le défi, c’est dans l’hôtellerie parce qu’il y a une grosse augmentation de l’offre hôtelière. »

L’an dernier, l’hôtel Le Reine Elizabeth était en rénovation. L’hôtel étant rouvert, 1000 chambres sont de nouveau disponibles sur le marché cette année. Le président de Tourisme Montréal souligne aussi que le nombre de nuitées vendues par Airbnb, avec ses 12 000 hôtes, est en croissance dans la ville. Or, les résultats de ces ventes ne sont pas accessibles et passent sous le radar des indicateurs de performance.

Selon les données compilées par l’Association des hôtels du Grand Montréal à la demande de La Presse, le taux d’occupation moyen pour juillet 2018 s’élève à 85,4 %, en baisse de 2 % par rapport à 2017.

« J’ai vendu 20 000 chambres de plus qu’en 2017, mais parce que j’ai 1000 chambres offertes de plus que l’an dernier à pareille date, mathématiquement, ça fait chuter mon taux d’occupation. »

— Ève Paré, présidente de l’Association des hôtels du Grand Montréal

« Ce qui ne veut pas dire que ça va mal à l’échelle de la ville. Mais chaque hôtelier a une performance moins bonne que l’an dernier », poursuit Mme Paré.

L’Association des hôtels du Grand Montréal reste positive pour le reste de la saison estivale. Dans le pire des cas, le taux d’occupation sera à l’image de l’été 2016.

« Globalement, la conjoncture est bonne pour le tourisme, que ce soit la situation géopolitique, le prix de l’essence et le taux de change. On a de belles entrées aux frontières, et les liaisons aériennes qui se sont ajoutées continuent de supporter la demande. En hôtellerie, on a besoin d’absorber l’inventaire supplémentaire avant de revoir une belle croissance. »

L’Association observe toutefois un fléchissement des tarifs, lesquels avaient bondi lors des festivités du 375e anniversaire de Montréal. Le tarif moyen a chuté de 3,00 $ et s’affiche maintenant à 218,22 $.

On avait prévu une baisse

Du côté des hôteliers, plusieurs prévoyaient une chute catastrophique de l’achalandage et se sont préparés pour éviter le pire. C’est le cas du Nouvel Hôtel et Spa, à Montréal, qui l’a finalement évité.

« On avait prévu une baisse, on s’est pris d’avance et j’en suis très fier, soutient Benjamin Magazzinich, directeur général du Nouvel Hôtel et Spa. On s’est dit soit on va être victime de notre succès de 2017, soit on se retrousse les manches. En janvier 2018, on a cherché à diversifier notre clientèle. »

Les efforts de l’équipe du Nouvel Hôtel et Spa ont porté leurs fruits. Benjamin Magazzinich observe finalement une augmentation importante de touristes européens et l’arrivée d’une nouvelle clientèle venue du Japon, de la Chine et d’Amérique latine.

L’hôtelier, qui compte 45 ans de carrière, affirme qu’une deuxième stratégie lui a permis d’afficher de bons résultats cet été : privilégier la clientèle régulière. À l’été 2017, alors que les tarifs étaient en hausse et les chambres rares, les fidèles clients du Nouvel Hôtel et Spa ont pu avoir une chambre et bénéficier de leur tarif habituel.

« Je crois que ç’a été apprécié de notre clientèle, dit-il. On ne les a pas abandonnés quand il n’y avait pas de chambre à Montréal. Cette année, ils ont choisi le Nouvel Hôtel. »

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Les régions font le plein

Charlevoix et Québec ont connu un mois de juin spectaculaire grâce au Sommet du G7. Tandis que la chaleur a été profitable aux Laurentides qui ont vu accourir les touristes assoiffés de glissades d’eau et de lacs. Tour d’horizon de six régions.

Québec :  merci au G7

Le G7 a permis de gonfler le taux d’occupation de la ville de Québec au mois de juin, avec une hausse de 5,2 %. Pendant le Festival d’été de Québec, du 5 au 15 juillet, les résultats ont aussi été bons avec un taux d’occupation légèrement en hausse. Or, pour la troisième semaine de juillet, les résultats sont très inférieurs à ceux de la même période en 2017, soit une baisse de 6,4 %. L’été 2018 est un défi pour la capitale, puisque 2017 avait surpassé l’année des célébrations du 400anniversaire de Québec, en 2008. « Si on se base sur les chiffres de 2015-2016, l’été 2018 est comparable, explique Marjolaine de Sa, directrice générale de l’Association hôtelière de la région de Québec. On n’est pas dans un creux comme on a vécu en 2010. »

Charlevoix :  record en juin

Le Sommet du G7 a eu une grande influence sur les performances du parc hôtelier. Charlevoix a atteint des records en juin avec un taux d’occupation de 63,4 %, une hausse de 18,7 % comparé à juin 2017. Le taux d’occupation habituel se situe plutôt à 40-45 %. Pour juillet, le directeur général de Tourisme Charlevoix, Jacques Lévesque, prévoit à peu près les mêmes résultats qu’en 2017. « Les bureaux de notre réseau d’accueil et d’information sont un bon indicateur, affirme-t-il en entrevue téléphonique avec La Presse. Et jusqu’à maintenant, la fréquentation du réseau par les touristes est stable. » Selon M. Lévesque, les touristes sont attirés par les lieux où s’est déroulé le G7, mais aussi par l’exposition sur Borduas au Musée d’art contemporain de Baie-Saint-Paul et le spectacle de Gregory Charles au Casino.

Laurentides : + 5%

Que ce soit pour les hébergements, les activités ou les attraits touristiques, la région se dirige vers une hausse d’achalandage. « Je n’ai pas encore de chiffre officiel, précise Manon Lefebvre, directrice du marketing pour Tourisme Laurentides, mais pour l’instant, on estime qu’il y a une augmentation globale de 5 % comparé à l’an dernier. Tout le monde est très content. Certains secteurs grimpent jusqu’à 20 %. Tout ce qui est relié à l’eau est en hausse à cause de la température qui a été de notre côté tout l’été. On parle des glissades d’eau, des lacs, des hôtels qui sont sur le bord de l’eau et des parcs régionaux. »

Cantons-de-l’Est : les Ontariens débarquent

La saison touristique 2018 est meilleure que celle de 2017. Si la température a un effet positif, les hôteliers et fournisseurs d’activités remarquent aussi une augmentation des touristes originaires de l’Ontario qui boudent les États-Unis. « C’est une excellente saison, meilleure que l’année passée. Et l’an dernier, c’était déjà une bonne année, soutient Francine Patenaude, directrice générale de Tourisme Cantons-de-l’Est, en entrevue avec La Presse. La tendance pour notre région, ce sont les visites pendant les week-ends et les réservations de dernière minute. Elles comptent pour 8 à 10 % des réservations. Les gens viennent pour deux jours et deux nuits. Ils vont revenir un autre week-end durant la saison. »

Mauricie : sur une belle lancée

L’industrie touristique de la région est sur une belle lancée, selon Catherine Cournoyer, directrice des communications de Tourisme Mauricie. « On a de bonnes indications, affirme-t-elle. Le FestiVoix, qui fêtait son 25e anniversaire cet été, a eu une année record pour les billets journaliers et les passeports. On a aussi la chance d’avoir des super spectacles exclusifs permanents avec le Cirque du Soleil à Trois-Rivières et le Cirque Éloize à Shawinigan. C’est difficile de prédire le résultat pour tout l’été, mais à date, on est en avance pour les billets et les nuitées. Comme la Mauricie est à côté de Québec et de Montréal, c’est un avantage sur d’autres régions du Québec. »

Gaspésie : les Québécois d’abord

Avec une augmentation de 9 % des visiteurs pour l’année 2017 et une hausse de 20 % pour la saison estivale 2017, la Gaspésie a beaucoup de pression pour cette année. D’autant plus qu’elle mise essentiellement sur les Québécois, puisqu’ils constituent 80 % de sa clientèle. « Quand un Québécois a envie de visiter son Québec, c’est toute l’industrie touristique de la province qui en profite pleinement, soutient Stéphanie Thibaud, directrice du marketing de Tourisme Gaspésie, en entrevue téléphonique. Il ne faut pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué, mais pour l’instant, ça augure bien. On est à mi-parcours. En Gaspésie, les semaines après la construction sont toujours très fortes. »

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