HOCKEY

Loin des tranchées de Montréal

À Nashville, à quelques heures du début du camp d’entraînement, il n’y a pas de controverse de capitaine, pas d’entraîneur éclaboussé, pas de tragédie médiatique. Il y a une équipe, les Predators, pour qui l’avenir semble radieux. Et des fans qui ont déjà fait le deuil de Shea Weber et attendent P.K. Subban à bras ouverts, sûrs d’avoir fait une bonne affaire. La Presse est au Tennessee pour faire le point.

NASHVILLE — Même à Nashville, le journaliste sportif montréalais en reportage ne peut ignorer ce qui se passe à Montréal. D’ici, les nouvelles du Canadien arrivent comme les échos d’un conflit lointain : un entraîneur qui dément avoir crucifié son capitaine, un journaliste mis à la porte, une saison qui n’est même pas encore commencée...

De Nashville, tout ça semble d’une lourdeur sans nom. Ici, dans cette ville où P.K. Subban s’apprête à entamer sa deuxième vie, l’air est plus léger.

Il n’y a pas de drame. Les partisans sont confiants. Le passé n’est pas chargé de 24 Coupes Stanley. Il est vierge. Tout reste à faire. « Oui, je dirais qu’on est très optimistes », lance sans ambages Mark Hollingsworth.

Mark Hollingsworth est peut-être le plus grand fan des Predators de Nashville. L’homme de 60 ans rencontré au centre-ville est à la tête d’une section de partisans qui anime l’aréna soir après soir. Il a assisté au premier match à vie de la franchise. Il détenait même un abonnement pour les Knights de Nashville, l’équipe de la ECHL qui a précédé la création des Predators.

« P.K. Subban est un ancien gagnant du trophée Norris. Il est encore jeune. Son potentiel est immense. Je pense que tous les fans ici l’attendent à bras ouverts », dit-il.

Mark est un personnage fascinant. Il y a un peu de docteur Jekyll et de monsieur Hyde en lui. Cet homme poli et avenant a mené une florissante carrière d’agent d’artistes dans cette capitale du country. Il représentait des groupes de musique chrétienne. Ça, c’était le jour.

Le soir, ce passionné de hockey se métamorphosait en « superpartisan » des Predators. Il a passé des matchs entiers à insulter Chris Chelios – « ça le rendait fou ! » – ou à gueuler contre le gardien adverse.

« Nashville a beaucoup changé dans les dernières années, et pour le mieux », explique Mark, rencontré près du Bridgestone Arena, domicile de l’équipe. 

« Tu vois cette section de Broadway, c’était mort le soir, c’était plein de bars de danseuses, de peep-shows et d’immeubles abandonnés. Personne ne voulait aller au centre-ville. Maintenant, ça grouille de vie et de touristes. »

— Mark Hollingsworth, partisan des Predators

L’optimisme, c’est ce qui frappe le plus quand on s’intéresse au hockey dans cette ville. En atterrissant à Nashville, P.K. Subban arrive dans un environnement diamétralement opposé à celui qu’il connaissait à Montréal.

Nashville est un endroit où tout reste à faire. La population est en pleine croissance. Au centre-ville, des gratte-ciels sont en chantier, dont un qui deviendra le plus haut de la ville.

Ce sentiment se reflète sur la glace. La saison dernière, l’équipe a atteint le deuxième tour des séries éliminatoires, pour la deuxième fois en cinq ans. Les joueurs sont jeunes. La formation compte sur l’une des meilleures brigades défensives au monde. Et elle vient de mettre la main sur P.K. Subban, qui rencontrera aujourd’hui les médias avec ses nouveaux coéquipiers.

« Je pense que ce début de saison va être le plus suivi de l’histoire des Predators, à cause de l’arrivée de Subban, mais aussi à cause de l’excellente fin de saison que l’équipe a connue », explique Adam Vingan, qui suit les Predators pour l’unique quotidien en ville, le Tennessean.

« Non seulement P.K. Subban pourrait devenir le plus grand joueur de l’histoire des Predators, mais il pourrait aussi devenir le plus grand athlète de l’histoire de Nashville tout court », lance Vingan.

NASHVILLE N’EST PAS LA FLORIDE

Adam Vingan est l’unique journaliste à couvrir l’équipe à temps plein, si on exclut ceux affiliés aux Predators et à la LNH. Il s’agit aussi d’un contraste majeur avec Montréal, où P.K. Subban était entouré jour après jour d’une quinzaine de micros.

« Même à la télé, il n’y a rien du niveau de TSN ou de RDS ici. Il y a une télé locale, mais ce n’est pas immense », dit-il.

Il est réaliste : ici, l’appétit pour le hockey reste modeste. « Nashville est et restera une ville de football », dit-il.

Mais les Predators sont quand même sur la bonne voie. Il rappelle que 35 des 41 matchs locaux de l’équipe étaient à guichets fermés l’an passé. Nashville n’est pas la Floride ni Phoenix. C’est devenu un vrai marché de hockey.

« Il y avait encore des rumeurs de déménagement il y a 10 ans. Mais je pense que les Predators ont prouvé que Nashville était un marché durable. », note Vingan.

Mark Hollingsworth se souvient des premiers temps des Predators, à la fin des années 90, alors que les amateurs de sport de Nashville apprenaient les rudiments du hockey. À l’époque, les plus grands fans de ce sport venu du nord étaient originaires du Michigan. Ils étaient des travailleurs de l’industrie automobile arrivés au Tennessee pour travailler dans les nouvelles usines ouvertes par les constructeurs automobiles.

« Ils portaient les couleurs des Predators à tous les matchs, sauf lorsque les Red Wings étaient en ville. Là, ils ressortaient leur chandail de Detroit, raconte Mark Hollingsworth. Le quart de l’aréna était en rouge. C’était très frustrant. On les appelait les fans des Predwings. Mais avec les années, les Preds sont devenus meilleurs et ces fans-là ont oublié Detroit. C’est une de nos plus grandes victoires. »

SHEA WEBER

Mark a créé avec des amis une section de partisans qui s’appelle Cellblock 303. Au début, ils s’appelaient la bande de la section 303, où ils ont leurs abonnements. Mais ils criaient tellement fort durant les matchs qu’un employé des Predators a un jour suggéré qu’ils devaient être des évadés de prison. Leur nouveau nom vient de là.

Pour Mark, le départ de Shea Weber est évidemment un deuil. Il le suit depuis ses débuts, depuis qu’il a été repêché par l’équipe en 2003. « Quand son échange a été annoncé, je pensais que c’était une blague », dit-il.

« Ses tirs frappés à cent milles à l’heure ont changé l’allure de tellement de matchs. Ils ont fait mal à pas mal de joueurs aussi. Il y a eu plusieurs os cassés. L’an passé, le gardien de Dallas, Kari Lehtonen, a reçu la rondelle entre les jambes. La coquille du jackstrap a cassé. Vous allez voir ça à Montréal. »

Mais dans l’ensemble, il est plutôt satisfait de l’échange qui amène P.K. Subban. Il estime, tout comme le journaliste Adam Vingan, que la majorité des partisans voient la transaction d’un bon œil.

« La vitesse et la relance de Subban, ça va être incroyable pour le système de Peter Laviolette. Je pense que P.K. Subban a une personnalité unique qui va aller super bien dans une ville de divertissement comme Nashville, lance Mark. C’est un mariage parfait, je crois. »

Pour ce partisan des Predators, le plus grand moment de l’histoire de l’équipe est survenu en 2012 quand ils ont éliminé les Red Wings, ennemis jurés. Mais le plus beau reste à faire ici : soulever la Coupe Stanley.

Ils sont plusieurs à croire que l’arrivée de Subban est un pas dans cette direction. À Nashville, il n’y a pas de lourdeur dans l’air, il n’y a pas de drame. Il y a une ville en pleine croissance et une équipe de hockey pour qui, vraiment, les rêves les plus fous sont permis.

Les Predators en cinq dates

1998

Le 10 octobre, premier match des Predators, une défaite à domicile de 1-0 contre les Panthers de la Floride. 

2004

Première fois qualification pour les séries éliminatoires. Les Predators ont atteint les séries 9 fois en 17 saisons, dont 8 fois dans les 10 dernières années.

2007

L’entrepreneur canadien Jim Balsillie devient l’ennemi public numéro un à Nashville. Il veut déménager les Predators à Hamilton et se met à vendre des abonnements de saison avant même d’avoir obtenu une entente formelle avec l’équipe et la Ligue. La LNH n’a pas apprécié. Balsillie n’a finalement jamais réussi à donner une troisième équipe à l’Ontario.

2012

Les Predators accèdent pour la première fois au deuxième tour des séries en éliminant les Red Wings de Detroit, leurs plus grands rivaux. 

2014

Après avoir raté les séries deux ans de suite, les Predators ne renouvellent pas le contrat de l’entraîneur Barry Trotz, à la tête de l’équipe depuis ses débuts. Peter Laviolette le remplace. Il a conduit l’équipe aux séries à ses deux premières saisons au Tennessee.

Les Predators en chiffres

6

Nombre de saisons pendant lesquelles Shea Weber a été capitaine des Predators

16 971

Assistance moyenne aux matchs des Predators en 2015-2016 (20e rang dans la LNH)

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