POLITIQUE

Tour d’horizon des nouvelles politiques québécoises

Analyse

Dix jours intenses

QUÉBEC — « Ce fut bref, mais très intense. » La vice-première ministre Geneviève Guilbault a fait la meilleure description de la très brève, mais surtout très dense, session parlementaire qui se terminait hier. En 10 jours, le gouvernement Legault aura déposé quatre projets de loi importants, annoncé des mesures fiscales pour les familles et les aînés, mis la table pour une réduction du nombre d’immigrants.

On terminait hier avec une première adoption, très rapide, du projet de loi reconnaissant le statut de groupe parlementaire du Parti québécois et de Québec solidaire à l’Assemblée nationale. La veille, c’était l’uniformisation des taxes scolaires, un projet sur quatre ans, qui risque de coûter 200 millions de plus que prévu. Tout avait débuté avec le projet de loi pour que les nominations des patrons de l’Unité permanente anticorruption (UPAC) et de la Sûreté du Québec (SQ) soient appuyées aux deux tiers des voix à l’Assemblée nationale. Un autre projet de loi vise à faire passer de 18 ans à 21 ans l’âge minimum pour la consommation de cannabis.

Autant d’engagements pris par la Coalition avenir Québec (CAQ) durant la campagne électorale, insiste-t-on du côté du gouvernement. Galvanisé par sa récente victoire électorale, le gouvernement roule des mécaniques et enfile les réformes déposées au pas de charge, sans consultation ni compromis. Le gouvernement, bien que clairement majoritaire, n’a eu, il faut le rappeler, l’appui que de 38 % des électeurs le 1er octobre. 

François Legault aurait peut-être dû écouter certains conseillers qui préconisaient de reporter le discours d’ouverture et le retour de l’Assemblée nationale à février 2019, le temps de permettre aux ministres et à leurs cabinets de se roder.

La brève session parlementaire a toutefois permis de découvrir des aspects inconnus de certains vétérans à l’Assemblée nationale. Ou de permettre à des néophytes de se révéler. François Legault, d’abord, a acquis l’assurance que confère sa fonction. On le voyait constamment tendu, crispé, avant le 1er octobre. Il est à l’évidence mieux dans ses baskets, dirait la solidaire Catherine Dorion.

Parmi les révélations, il faut souligner Éric Girard, le ministre des Finances. Les attentes étaient basses envers cet économiste, qu’on croyait plus à l’aise devant un chiffrier qu’avec un discours.

Or, sa prestation lors de la mise au point sur la situation économique et financière du Québec, sans esbroufe, accessible et précise, aura surpris. Les attentes étaient basses, soit. Mais il en est tout de même à ses premiers pas en politique.

Simon Jolin-Barrette était attendu dans le premier trio. Il n’a pas déçu, mais sa capacité à marteler ses « lignes » sans égard aux questions risque de devenir rapidement un passif. Le libéral Martin Coiteux était de la même farine, inutilement tatillon à son arrivée – mais il a vite pris ses marques. M. Jolin-Barrette faisait encore hier la paire avec Geneviève Guilbault, une autre première de classe, tout aussi déterminée à faire un parcours sans faute devant les journalistes. Dans le même groupe, Sonia LeBel, à la Justice, a offert une performance sans bavure, sans surprise.

Un autre nouvel élu, Pierre Fitzgibbon, s’en tire particulièrement bien. Un nuage quant à ses intérêts dans Héroux-Devtek a fait long feu. Sa réaction rapide aux mises à pied de Bombardier aura rassuré les observateurs.

Au Trésor, Christian Dubé aura trébuché dans ses premières interventions sur la portée de l’entente avec les médecins spécialistes. Mais depuis, il s’est remis en selle. Jean-François Roberge, le responsable de l’Éducation, a laissé son collègue Éric Girard parrainer le projet de loi sur les taxes scolaires – sous les libéraux, Sébastien Proulx avait gardé cette responsabilité. Jonatan Julien se veut théâtral, il fait dépassé. Nathalie Roy n’a pas trouvé encore le ton d’une responsable de la Culture, fiduciaire de l’avenir du français au Québec.

Danièle McCann, à la Santé, n’a pas eu la partie difficile. La ministre a vite ouvert les vannes et promis des budgets aux établissements qui menaçaient de réduire les services, faute d’argent. Personne ne connaissait Andrée Laforest, propriétaire de garderie propulsée ministre des Affaires municipales. Sa réponse cette semaine dans le dossier des coûts de la SQ en région montrait qu’elle était à sa place.

La surprise vient plutôt du côté du Dr Lionel Carmant. Les médecins de la santé publique estiment que l’âge minimum pour la consommation de cannabis devrait être de 18 ans et les spécialistes prônent un âge minimum de 25 ans.

« Au nom de la science », le gouvernement a décidé que ce serait 21 ans, une exigence du caucus caquiste. La moyenne, en fait ! Le lendemain, le médecin s’enferrait dans une entrevue où il proposait une réflexion sur la possibilité de fixer à 21 ans l’âge minimum pour la consommation d’alcool, un produit « toxique ». 

Sans surprise, la titulaire de l’Environnement, MarieChantal Chassé, a continué à offrir des réponses incompréhensibles à l’Assemblée nationale. Après un départ catastrophique, on avait cru à une embellie quand un stratège lui avait mis dans les mains un rapport montrant que les émissions de gaz à effet de serre avaient augmenté sous les libéraux. Mais le naturel est revenu au galop. On a appris au moins que l’Environnement était un dossier complexe comportant de nombreux aspects. L’ingénieure reste le premier choix pour le premier remaniement.

POLITIQUE

Les premiers bilans

Après seulement huit jours de travaux, les députés ont terminé hier la première session parlementaire de la 42e législature. Deux semaines « intenses », a résumé la vice-première ministre Geneviève Guilbault, pendant lesquelles il a été question d’immigration, de taxes scolaires, de cannabis et… de mode ! Voici le bilan des quatre partis politiques représentés à l’Assemblée nationale.

Coalition avenir Québec « Nous faisons ce que nous avions promis DE FAIRE »

Après le dépôt de trois projets de loi (abaissant le seuil d’immigration, augmentant l’âge légal pour acheter du cannabis et réduisant le niveau de taxe scolaire), voilà que la première session parlementaire du nouveau gouvernement Legault est terminée. « Ce fut bref, mais très intense », a résumé hier Geneviève Guilbault, vice-première ministre du Québec. Pour ce bilan de session, la députée de Louis-Hébert a remplacé hier son chef à l’édifice Honoré-Mercier, alors que celui-ci était retenu à Montréal pour une rencontre entre les premiers ministres du Canada. 

Si des partis de l’opposition ont accusé la Coalition avenir Québec d’être un gouvernement « conservateur » qui travaille en fonction d’une idéologie plutôt que sur les faits, le leader parlementaire Simon Jolin-Barrette voit les choses d’un autre œil. « Nous faisons ce que nous avions promis de faire », a-t-il rétorqué hier. « La seule idéologie que nous avons, c’est d’être cohérents avec les engagements que l’on a pris », a renchéri Mme Guilbault. « Quand on nous demande : “Est-ce que vous vous sentez mal de respecter vos engagements ?”, notre réponse c’est non », a-t-elle ensuite conclu.

Parti libéral du Québec « Le délai de grâce » est terminé

Pour Pierre Arcand, chef par intérim du Parti libéral, le gouvernement de la Coalition avenir Québec aura épuisé son « délai de grâce », alors que François Legault reviendra siéger à l’Assemblée nationale après avoir « franchi le cap des 100 jours » au pouvoir. Selon lui, la CAQ prône « une idéologie conservatrice et surtout [basée] sur des sondages. » « Ça ne fait pas un parti politique qui a véritablement des valeurs », a dit M. Arcand hier dans son bilan de session. 

« Gouverner, ça implique également prendre des décisions basées sur une logique, basées sur des faits réels », a-t-il ensuite déploré, martelant à nouveau que la baisse des seuils en immigration, ou encore le fait de repousser l’âge légal pour acheter du cannabis à 21 ans, « défie l’avis d’une panoplie d’experts ». 

Mais pour les libéraux, 2019 ne sera pas qu’une année où ils critiqueront le gouvernement. Ayant perdu le pouvoir le 1er octobre dernier dans une défaite historique, le parti doit également mieux définir ses valeurs. « On a eu une période de debriefing. Il y aura certainement, au début de l’année, un plan d’action », a promis M. Arcand.

Parti québécois la bourde de Noël

Résultat d’une « confusion » jeudi au Salon bleu, le premier ministre du Québec, François Legault, n’a pu faire ses vœux de Noël, étant retenu à Montréal hier pour une rencontre de l’ensemble des premiers ministres du pays. Le Parti québécois (PQ) s’y était opposé, évoquant des raisons de tradition. « Il y a eu une confusion. […] Rapidement, non seulement je lui ai offert mes excuses sur Twitter, mais je vais ajouter que je l’ai rencontré en personne hier soir, lors d’un événement, et je lui ai dit qu’on aurait pu faire les choses différemment. On n’avait aucun intérêt, aucun bénéfice à faire ça, vous le comprendrez », a expliqué hier Pascal Bérubé, chef parlementaire par intérim du PQ. 

« Lorsqu’on fait des erreurs, et c’est notre erreur, et je la prends sur moi pour l’ensemble de l’équipe, j’ai fait ce qui s’imposait : je me suis excusé. Vous n’entendez pas ça souvent à l’Assemblée nationale », a-t-il poursuivi, assurant que sa formation politique serait « une opposition responsable, constructive, rigoureuse et qui n’abandonne pas ses convictions les plus sincères », au cours de la prochaine session parlementaire. 

« Le premier ministre, François Legault, pour justifier l’absence d’argent pour améliorer les services, a inventé un principe comme quoi un nouveau gouvernement devait attendre le printemps pour le prochain budget pour annoncer des investissements. Bien, c’est faux. Il aurait pu annoncer de l’argent en santé, en éducation, pour nos aînés, dès cet automne », a ensuite déploré M. Bérubé.

Québec solidaire « L’habit ne fait pas le moine »

Manon Massé et Gabriel Nadeau-Dubois se sont félicités hier d’avoir mis de l’avant les défis environnementaux du Québec et d’avoir notamment fait adopter une motion pour abolir les « clauses orphelin » (dispositions de disparité de traitement). Or, encore une fois, ce sont les vêtements de leurs députés (et particulièrement ceux de Catherine Dorion, qui a porté un t-shirt en chambre cette semaine) qui ont marqué le bilan de cette courte session parlementaire. 

« L’habit ne fait pas le moine », a défendu hier Mme Massé, la chef parlementaire. « Nous, sincèrement, on va être clairs, on ne revendique pas du tout de modifications au règlement sur le code vestimentaire. Il y a eu des journalistes qui ont posé des questions à nos députés, nos députés qui sont un peu différents, qui s’habillent un peu différemment, ils ont répondu honnêtement », a-t-elle poursuivi. Il faut dire que ce débat fait beaucoup jaser depuis quelques jours dans les corridors de l’hôtel du Parlement. 

Plus tôt cette semaine, Catherine Dorion a participé à une séance photo du Journal de Québec en portant délibérément une tuque et un chandail sans manches dans le foyer du parlement. « Je m’habille pour me sentir moi, pour ne pas me sentir déguisée », a-t-elle dit au média de Québecor. À noter que la députée ne s’est jamais habillée ainsi lors de la période des questions au Salon bleu.

POLITIQUE

Québec solidaire veut « investir à la fois la rue et le Parlement »

Les leaders de Québec solidaire ont appelé leurs partisans à donner un nouveau souffle au mouvement populaire qui a mené à l’élection de 10 députés le 1er octobre, hier. Le parti doit être capable d’« investir à la fois la rue et le Parlement », a affirmé le député Gabriel Nadeau-Dubois.

Dans un discours enflammé pour lancer le Conseil national de QS, le député de Gouin a affirmé que le résultat du scrutin reflétait la profonde lassitude des Québécois à l’égard de la classe politique. Un mouvement des « plaques tectoniques » qui ne cessera pas de sitôt, a-t-il prévenu.

« Le peuple québécois est tanné, il ne se contente plus du rôle d’observateur, a affirmé M. Nadeau-Dubois. Il est avide de reprendre sa place. »

« Ce mouvement-là, on est réunis en fin de semaine pour le relancer. Parce qu’il doit devenir un mouvement de résistance, un mouvement d’opposition, capable d’investir à la fois la rue et le Parlement sans jamais céder un seul pouce à ceux qui, tapis dans l’ombre, travaillent déjà depuis deux semaines à ramener le Québec en arrière. »

— Gabriel Nadeau-Dubois, co-porte-parole de Québec solidaire

La chef parlementaire du parti, Manon Massé, a affirmé aux militants que QS était désormais « la seule vraie opposition au gouvernement Legault ». Et qu’il marchait vers le pouvoir.

« Demain, ce même mouvement va former le premier gouvernement solidaire de l’histoire, celui qui mènera le Québec à son indépendance », a-t-elle lancé.

Elle a appelé les membres de QS à dresser un bilan lucide de la dernière campagne afin de préparer la prochaine. Et elle les a mis en garde de ne pas se « regarder le nombril » après la percée qui leur a permis d’obtenir le statut de parti officiel à l’Assemblée nationale.

« Habituez-vous »

Quoi qu’il en soit, les détracteurs de QS devront s’y faire, a ajouté Gabriel Nadeau-Dubois, même si le succès électoral du parti a donné de « l’urticaire » à certains.

« J’ai un petit message pour ceux qui nous méprisent et qui nous regardent de haut, pour nos idées, ou pour la manière qu’on a de les défendre, a-t-il dit. Je veux leur dire : “Attachez-vous bien, habituez-vous, parce qu’on est là pour rester.” »

Signes religieux

Le Conseil national de la fin de semaine rassemble des militants de toute la province et vise à faire le bilan de la dernière campagne électorale.

Mais un débat interne épineux se prépare au sein de la formation politique de gauche sur la question de la laïcité. Le parti défend depuis des années le compromis proposé par la commission Bouchard-Taylor, à savoir l’interdiction du port de signes religieux pour les juges, les policiers et les gardiens de prison.

Or, le parti compte « actualiser » sa position. Mme Massé a déjà affirmé plus tôt cette semaine que cela pourrait susciter « beaucoup d’émotion » chez ses membres.

On en a eu une petite manifestation, hier soir, lorsque des militants ont fait modifier l’ordre du jour pour devancer la tenue d’une discussion sur le thème des signes religieux.

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