OPINION

90 ans de relations diplomatiques Canada-FrancE Au-delà d’une profonde amitié, une ambition partagée

Entre un Canada innovateur et diversifié et une France créative et attractive, c’est du « tricoté serré ». Et cela ne date pas d’hier.

Cette année, nos deux pays célèbrent leurs noces de granit : 90 ans de relations diplomatiques. Du solide !

Voilà bien longtemps que le simple stade de l’amitié est dépassé. Le duo franco-canadien – à l’image de nos chefs d’État et de gouvernement – ne s’est d’ailleurs jamais mieux porté qu’aujourd’hui. Et pour cause, au-delà du lien réel entre les personnes, fondé sur une langue et une histoire communes, c’est bien le partage et la défense des mêmes valeurs qui soudent nos deux pays.

C’était déjà vrai en 1917 sur la crête de Vimy, lorsque le Canada a défendu la liberté et la démocratie, dans les tranchées, aux côtés de la France. Ou en 1945, en débarquant avec les Alliés sur les côtes normandes. Cela l’est tout autant aujourd’hui.

Soyons honnêtes. Ils sont de moins en moins nombreux, ceux qui croient au multilatéralisme, au respect de l’État de droit ; de moins en moins nombreux aussi à célébrer les échanges internationaux, l’ouverture aux autres comme une richesse et l’égalité des chances comme une priorité.

Nous sommes à nouveau à un moment de l’histoire où nous devons réaffirmer, et défendre même, notre vision progressiste du monde.

Nous partageons l’idée que l’ambition que nous portons pour chacun de nos pays est plus grande que nous-mêmes. Que la force de notre relation doit être mise au service du monde, du bien commun et de l’intérêt général. C’est là notre force, le cœur même de notre relation. Et nous sommes prêtes à la revendiquer haut et fort.

Des années fructueuses

Les années 2018 et 2019 ont été et seront des années riches en occasions : dans quelques jours, le Canada passera le relais de la présidence du G7 à la France. Les 12 derniers mois ont ainsi été marqués par trois visites – celles du premier ministre du Canada à Paris en avril et en novembre, et celle du président de la République française au Canada en juin – sans compter le sommet de Charlevoix.

De quoi raviver la flamme de la relation franco-canadienne, pourtant déjà vive ! Et enrichir, densifier une feuille de route bilatérale déjà bien remplie, qu’il s’agisse du climat et de la biodiversité, des relations culturelles, de l’économie, de la Francophonie, de l’innovation ou de l’égalité femmes-hommes.

Prenons ce dernier point. En 2018, le Canada, qui revendique une politique féministe notamment sur la scène internationale, a créé le Conseil consultatif sur l’égalité des sexes auprès des pays du G7, parce que nos pays partagent la conviction qu’il s’agit d’un défi majeur à porter au-delà de leurs propres frontières. C’est cette même logique qui explique notre coopération renforcée dans les domaines de l’intelligence artificielle ou de la lutte contre les changements climatiques, qui dépassent largement les cadres nationaux.

Nul besoin bien évidemment de rappeler que ce lien qui unit nos deux pays est, au quotidien, tissé par nos chefs d’entreprise, nos artistes, nos chercheurs, nos étudiants, nos expatriés. Ces communautés n’ont jamais été aussi nombreuses de part et d’autre de l’Atlantique. Tout comme nos échanges, qui ont grimpé de 10 % depuis la mise en œuvre provisoire de l’accord commercial entre le Canada et l’Europe (AECG), il y a un an.

Mais comme un vieux couple qui célèbre ses 90 années de mariage, nous savons aussi que nous pouvons toujours faire mieux, viser plus haut.

Nous célébrons des noces de granit certes, mais rien n’est jamais gravé dans le marbre…

Pas question donc, de nous reposer sur nos lauriers. Les occasions pour rapprocher encore plus nos deux pays, les Français et les Canadiens, sont nombreuses. Ainsi, la France échange chaque année 10 milliards d’euros de biens et services avec le Canada. De leur côté, les entreprises canadiennes misent également sur la France, puisque 250 filiales y sont implantées et emploient plus de 28 000 personnes.

Pourtant, cette somme annuelle d’échanges entre la France et le Canada n’est pas à la hauteur des liens qui nous unissent et la marge de manœuvre est importante.

Autre exemple : nous sommes très fières des quelque 500 accords de coopérations universitaires déjà signés entre nous. Mais si de nombreux étudiants français choisissent les universités canadiennes grâce aux échanges de mobilité, les jeunes Canadiens sont, eux, moins présents dans les établissements français. Voici des défis que nous sommes prêtes à relever.

Car nous croyons profondément en ces forces vives, en ces générations futures qui dessineront aussi la relation franco-canadienne de demain. C’est pour elles que nous portons cette vision du monde. C’est pour elles que nous devons être ambitieux. Pardon, ambitieuses ! Comptez sur nous pour retrousser nos manches. Si 90 ans est l’âge de la sagesse, c’est aussi celui d’une seconde jeunesse pleine de promesses.

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