SAUVETAGE DE MIGRANTS EN MER Méditerranée

Un navire italien veut forcer la main de Rome

Le gouvernement italien, qui refuse l’accès à ses ports aux navires humanitaires transportant des migrants récupérés en mer Méditerranée, risque d’éprouver plus de difficulté face à un nouveau vaisseau battant pavillon italien, le Mare Jonio.

Le groupe de militants et d’organisations non gouvernementales qui a annoncé son lancement il y a une semaine espère que les contraintes légales découlant de son caractère italien forceront le ministre de l’Intérieur du pays, Matteo Salvini, à adopter une approche plus conciliante.

« Il est très clair légalement qu’il ne peut pas refouler un bateau italien, mais ça ne veut pas dire que ça n’arrivera pas », a indiqué hier en entrevue Michael Hardt, un universitaire américain associé au projet.

De concert avec Malte, Rome a exercé de fortes pressions sur les vaisseaux humanitaires qui opéraient en mer Méditerranée au cours des derniers mois, ce qui a fait fondre leur nombre pratiquement à zéro.

L’un des plus connus, l’Aquarius, est retenu dans le port de Marseille après s’être fait retirer son pavillon par le Panamá, qui a évoqué des considérations techniques et politiques pour expliquer sa décision.

La mission première du Mare Jonio est de faire de la surveillance, mais il n’est pas exclu que des migrants soient pris en charge directement au besoin, comme le prévoit le droit maritime international en situation de détresse.

Ce même droit maritime prévoit que les personnes prises en charge doivent être acheminées vers un « port sûr », relève M. Hardt, qui s’indigne du fait que nombre de migrants sont aujourd’hui ramenés en Libye après avoir été interceptés en mer par des garde-côtes formés par les autorités européennes.

« La Libye n’est pas un pays sûr », relève l’universitaire, qui insiste à la fois sur le caractère humanitaire et politique de la mission du Mare Jonio.

Le plus urgent, dit-il, est d’empêcher que des migrants meurent en tentant la traversée.

Mais l’objectif est aussi d’attirer l’attention sur les politiques migratoires de l’Italie et d’autres pays européens qui ont, par leurs actions, contribué à rendre la traversée de plus en plus périlleuse.

Durcissement des politiques migratoires

Les plus récentes données de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) indiquent que 500 personnes sont mortes en mer Méditerranée du 1er janvier au 6 juin en tentant de rejoindre l’Italie, alors que 13 800 ont survécu au passage. Pour la même période l’année dernière, 1668 personnes étaient mortes, alors que 61 201 étaient arrivées saines et sauves.

M. Hardt pense que la situation dans la région rappelle celle qui est observée à la frontière mexico-américaine, où le durcissement de la politique migratoire de Washington force aussi les migrants à prendre des risques accrus.

L’universitaire espère ultimement que le Mare Jonio, qui doit revenir à quai sous peu après une première mission de deux semaines, aidera à briser le sentiment de fatalisme que beaucoup de citoyens américains et européens « de gauche » ressentent face au durcissement des politiques migratoires.

« Il est important de démontrer que l’on peut faire des choses et contester les politiques que nous jugeons aberrantes. »

— Michael Hardt, universitaire américain associé au Mare Jonio

L’arrivée du Mare Jonio est bien vue par SOS-Méditerranée, qui exploite l’Aquarius.

« Tant mieux s’ils sont là pour aider », relève une porte-parole, Josée Bégin, qui dénonce les pressions exercées contre les organisations humanitaires cherchant à venir en aide aux migrants en mer Méditerranée.

« Il n’y a pratiquement plus personne pour les sauver ou témoigner de la situation », indique-t-elle.

Son organisation espère pouvoir relancer rapidement les activités de l’Aquarius, mais doit au préalable trouver un autre pays disposé à lui attribuer un pavillon.

« Différentes tractations » sont en cours, mais elles n’ont pas encore permis de dénouer l’impasse, dit Mme Bégin.

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