Société

Des sacs de plastique « Gênants »

Un épicier de Vancouver pique l'orgueil des accros du sac à usage unique.

Vancouver — « Onguent à verrue – vente en gros. » « Dans l’étrange royaume de la vidéo pour adultes. » « La coopérative des soins du côlon. » Malgré ce que prétendent leurs embarrassants sacs de plastique, les clients qui sortent du commerce de David Lee Kwen viennent simplement… de faire leur épicerie.

C’est le moyen qu’a trouvé le commerçant pour tenter de convaincre les derniers accros du sac à usage unique de changer leurs habitudes. Après avoir tenté de les sensibiliser, après s’en être pris à leur portefeuille à travers l’imposition d’un tarif, le propriétaire de l’East West Market a choisi une nouvelle cible : leur orgueil.

« On prenait une bière, ma fille et moi, et on s’est dit qu’il fallait trouver une nouvelle idée. Il fallait que ce soit intéressant et gênant. Mais pas trop gênant, surtout amusant », a expliqué le commerçant, assis dans son petit bureau surplombant l’épicerie. « J’ai un bon sens de l’humour. » Sa fille Brittnaie Lee Kwen, qui lui sert d’attachée de presse depuis que leurs nouveaux sacs font la manchette, est juste à côté.

Le résultat : des designs monochromes, à l’aspect un peu vintage, gênants pour celui ou celle qui les porte. Juste en dessous, trop petit pour sauter aux yeux d’un passant au premier abord, un slogan accrocheur. « Évitez la honte. Apportez un sac réutilisable. »

Susciter des discussions

Le commerçant les montre les uns après les autres, assis derrière sa table de travail, incapable de s’empêcher de rire en les regardant à nouveau. Une commande pour un millier de sacs a été passée. Il n’y en aura pas d’autres.

« C’est surtout pour susciter des discussions. Nous voulons que les gens en parlent, réagissent. Certaines personnes viennent spécialement pour en acheter, les voient comme des objets de collection », a dit l’épicier en rigolant, notant que leur volonté d’obtenir des sacs contredisait l’objectif de la campagne. « Mais eux aussi en parlent autour d’eux », a complété Brittnaie. « J’ai des réactions positives de mes amis sur les réseaux sociaux, tout le monde trouve ça très drôle. Et tout le monde s’en souvient. »

« Nous voulons simplement apporter notre contribution pour aider l’environnement. Comment mieux le faire que dans la bonne humeur et l’humour ? »

— David Lee Kwen

L’East West Market, rue Main, tente de satisfaire une clientèle variée qui va des jeunes branchés aux personnes âgées d’origine asiatique. Les sauces mystérieuses, décrites exclusivement en caractères chinois, côtoient les produits bios dernier cri. L’épicerie existe depuis plus d’une quinzaine d’années, mais M. Lee Kwen ne l’a acquise qu’il y a un an et demi.

Deux semaines, un millier de sacs

Les sacs de plastique, « c’est un problème », même si « la plupart de nos clients ont une conscience environnementale et apportent leurs sacs », a expliqué le propriétaire, qui doit toutefois prévoir un millier de sacs de plastique toutes les deux semaines pour une partie de sa clientèle. 

Comment réagissent les clients à qui l’on offre ces nouveaux sacs « gênants » ? Certains ont refusé d’en prendre pour sauvegarder leur image, a rapporté M. Lee Kwen. Des personnes âgées, surtout.

Contrairement à Montréal, Vancouver n’a pas de réglementation interdisant ou limitant la distribution de sacs de plastique à usage unique. Malgré la réputation écologiste de Vancouver, 2 millions de sacs d’épicerie sont jetés aux poubelles chaque semaine sur le territoire de la municipalité, selon l’hôtel de ville.

À l’échelle de la planète, 9 millions de tonnes de sacs de plastique finissent dans les océans chaque année.

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