Interculturalisme

Le gouvernement Legault doit passer à l'action

Le gouvernement dirigé par François Legault est toujours à la recherche d’une cohérence d’ensemble pour orienter le développement des politiques de l’État du Québec. C’est particulièrement le cas en matière d’aménagement de la diversité ethnoculturelle. L’interculturalisme devrait être la pierre d’assise des actions gouvernementales.

Le 20 mars 2015, l’actuel ministre de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion, Simon Jolin-Barrette, déclarait en point de presse que l’interculturalisme devait être compris comme « notre modèle » du vivre-ensemble, qui « rassemble tous les citoyens ». Quatre jours auparavant, Jolin-Barrette et Legault annonçaient que la CAQ souhaite « que le Québec se dote d’une Loi sur l’interculturalisme, de laquelle découleront les mesures visant à constituer un cadre clair de gestion de la diversité ». Au même moment, ils publient un document partisan sur l’interculturalisme.

Maintenant qu’ils sont à la tête d’un gouvernement majoritaire et que Jolin-Barrette dirige le ministère responsable de cette question, il serait cohérent et opportun qu’ils passent à l’action !

Laïcité, signes religieux et immigration

La CAQ avait promis d’agir sur le terrain de la laïcité et des signes religieux dans l’espace public. Le jeune parti assurait également qu’il allait diminuer le seuil d’immigrants reçus au Québec, pour qu’on « en prenne moins, mais qu’on en prenne soin », selon la formule consacrée. Après quelques semaines au pouvoir, le gouvernement a déjà pris des actions en ce sens.

Le problème, toutefois, c’est qu’il traite les enjeux de diversité, d’immigration et d’intégration à la pièce, plutôt que de les inscrire dans une démarche cohérente et raisonnée. 

Autrement dit, légiférer sur le port des signes religieux avant d’établir une vision d’ensemble, c’est mettre la charrue devant les bœufs.

Vivre ensemble 

À différents degrés, les acteurs politiques significatifs semblent reconnaître que le Québec est, quelque part, une nation fragile. 

Certes majoritaire sur son territoire, la collectivité francophone d’ascendance catholique demeure minoritaire au sein de la fédération canadienne, alors qu’elle représente un véritable village gaulois dans cette Amérique qui pousse vers l’angloconformité. 

Le Québec est également traversé par une impressionnante diversité, issue à la fois d’une immigration plus ou moins récente, d’une minorité nationale anglophone et des peuples autochtones. Bref, c’est une société complexe.

Bien consciente des rapports de force majorité-minorité, la société québécoise a évolué en permettant à une multiplicité d’appartenances de cohabiter pacifiquement, tout en cherchant toujours à préserver sa spécificité culturelle et linguistique. C’est dans ce contexte que l’interculturalisme s’est développé progressivement pour penser la rencontre et le dialogue au sein de la société québécoise. 

Il s’agit d’un modèle sensible au caractère fragile de la majorité – elle-même minoritaire à l’échelle canadienne –, et soucieux de favoriser l’intégration harmonieuse des nouveaux arrivants. À l’image de la complexité sociohistorique de la Belle Province, c’est un heureux mélange des modèles et narratifs hérités de l’Amérique anglophone (multiculturalisme) et de la France continentale (républicanisme). 

C’est un contrat social hybride, convenant à une nation fragile comme le Québec, qui propose un équilibre entre les droits collectifs et individuels.

Pour une Loi sur l’interculturalisme

L’interculturalisme apparaît clairement comme le prisme privilégié pour orienter l’action gouvernementale en matière d’aménagement de la diversité au Québec. Pour la CAQ, ce serait l’occasion, maintenant, de rassembler les citoyens autour d’un projet collectif porteur et essentiel : celui d’une meilleure cohésion sociale, d’être équitable à l’endroit des minorités et de la majorité, mais aussi de clarifier les balises du vivre-ensemble. 

Par ses actions, qui auraient l’avantage de la cohérence, le nouveau gouvernement « autonomiste » pourrait écrire une page singulière de notre histoire commune, et consolider l’élan de notre récit collectif en affirmant clairement la différence québécoise par une Loi sur l’interculturalisme.

Le Parti libéral du Québec avait promis de doter le Québec d’une politique officielle de l’interculturalisme ; le Parti québécois en a fait la promotion à maintes reprises ; Québec solidaire a appuyé l'idée. 

Pour la CAQ, passer à côté de cette occasion unique serait un manque grave de leadership et de vision pour le Québec.

Défendre l’autonomie du Québec passe notamment par l’affirmation politique et juridique d’un cadre différent du multiculturalisme canadien : l’interculturalisme. Officialiser ce modèle québécois du vivre-ensemble permettrait aussi d’orienter l’action gouvernementale et d’envoyer des signaux clairs à la population. 

L’incertitude et les tâtonnements sur la question de la diversité peuvent miner sérieusement la cohésion sociale. Le gouvernement Legault, par une telle action, ferait un legs majeur au Québec. La CAQ a tout à gagner à s’engager fermement sur le terrain de l’interculturalisme.

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