Crise à Hong Kong

Pékin dénonce des actes « quasi terroristes », Trump s’implique

Hong Kong — La Chine a dénoncé hier des agressions « quasi-terroristes » contre ses ressortissants durant des affrontements la veille à Hong Kong, une nouvelle escalade dans une crise où Donald Trump espère voir Pékin agir avec « humanité », pour le bien des négociations commerciales entre les deux puissances.

Dans une salve de tweets déroutants, le président américain a soufflé le chaud et le froid dans le dossier hongkongais.

D’abord, il a mis la pression sur la Chine en liant les deux dossiers brûlants : le diplomatique (la crise à Hong Kong) et l’économique (les négociations commerciales).

« En Chine, des millions d’emplois disparaissent pour aller dans des pays qui ne sont pas sujets aux taxes douanières. Des milliers d’entreprises quittent le pays. Bien sûr que la Chine veut passer un accord. Qu’ils travaillent avec humanité avec Hong Kong d’abord ! », a-t-il mis en garde.

Peu après, dans un autre tweet à la tonalité différente, il a assuré que le président chinois Xi Jinping pourrait faire preuve de cette même humanité, suggérant au passage une « rencontre en personne ».

« Je n’ai aucun doute que si le président Xi veut résoudre rapidement et avec humanité le problème à Hong Kong, il peut le faire », a estimé M. Trump, avant d’ajouter : « Rencontre en personne ? », semblant s’adresser directement au dirigeant chinois

Aux États-Unis, les critiques se sont multipliées contre le président Trump pour son apparente bienveillance à l’égard de Pékin, avec qui Washington est impliqué dans d’importantes – et ardues – négociations commerciales.

Plus tôt dans la journée, un porte-parole de la diplomatie américaine avait appelé Pékin à « respecter le haut degré d’autonomie » de l’ex-colonie britannique.

« Les États-Unis exhortent fermement Pékin à respecter ses engagements contenus dans la déclaration conjointe sino-britannique afin de permettre à Hong Kong d’exercer un haut degré d’autonomie », est-il indiqué dans une déclaration transmise à l’AFP.

La déclaration sino-britannique de 1984 encadre la rétrocession de Hong Kong survenue en 1997. Elle stipule que la région bénéficie « d’un haut degré d’autonomie, hormis en matière d’affaires étrangères et de défense », et de son propre système judiciaire, législatif et exécutif.

Pékin durcit le ton

Pékin avait auparavant haussé d’un cran ses avertissements après les incidents de la veille. 

« Nous condamnons avec la plus grande fermeté ces actes quasi terroristes », avait déclaré dans un communiqué Xu Luying, porte-parole du Bureau des affaires de Hong Kong et de Macao du gouvernement chinois.

Mardi, deux Chinois du continent ont été passés à tabac au cinquième jour d’une mobilisation sans précédent à l’aéroport de Hong Kong, où le trafic a été particulièrement perturbé lundi et mardi.

C’est la deuxième fois cette semaine que la Chine cherche à assimiler les manifestations à du « terrorisme », avec des avertissements de plus en plus inquiétants qui font craindre une répression militaire alors que le mouvement en est à sa dixième semaine.

Lundi déjà, à Pékin, le Bureau des affaires de Hong Kong et Macao avait déclaré que des attaques de « manifestants radicaux » de Hong Kong contre des policiers constituaient « un crime grave » révélant « de premiers signes de terrorisme ». Et deux médias publics, Le Quotidien du peuple et le Global Times, avaient diffusé une vidéo de blindés de transport de troupes se dirigeant vers Shenzhen, aux portes de Hong Kong.

L’aéroport fonctionne normalement

La plupart des manifestants ont quitté tôt hier matin l’aéroport, dont le site internet affichait des dizaines de vols partis durant la nuit et des centaines d’autres au départ tout au long de la journée. Beaucoup étaient toutefois retardés.

Dans le hall des départs, les comptoirs d’enregistrement fonctionnaient normalement et il ne restait qu’une poignée de manifestants. « L’aéroport est notre dernière monnaie d’échange », confiait l’un d’eux à l’AFP.

La compagnie hongkongaise Cathay Pacific, sous forte pression de la part de Pékin pour que soit sanctionné tout soutien aux manifestants parmi ses employés, a annoncé hier le licenciement de deux pilotes supplémentaires.

Les rassemblements pro-démocratie avaient paralysé lundi et mardi l’aéroport international, le huitième au monde par sa fréquentation – avec 74 millions de passagers en 2018 –, accentuant la crise la plus aiguë qu’ait traversée les autorités chinoises à Hong Kong depuis 1997.

Le mouvement pro-démocratie, qui a vu des millions de personnes descendre dans les rues de Hong Kong, est parti début juin du rejet d’un projet de loi hongkongais autorisant les extraditions vers la Chine. Il a depuis considérablement élargi ses revendications pour dénoncer le recul des libertés et les ingérences de la Chine.

« En colère et épuisés »

Le mouvement n’a pas de dirigeants publics et ses manifestations sont organisées de manière anonyme par le biais des réseaux sociaux et des applications comme Telegram.

Un groupe qui avait organisé des conférences de presse anonymes de manifestants a tenté de répondre aux inquiétudes après le tour violent pris à l’aéroport.

« Après des mois de résistance prolongée, nous sommes effrayés, en colère et épuisés. Certains d’entre nous s’énervent plus facilement et ont réagi de façon excessive » mardi soir, a déclaré ce groupe dans un communiqué, présentant ses « plus sincères excuses. »

Parallèlement, le dernier gouverneur britannique de Hong Kong, Chris Patten a estimé que le territoire était « au bord de l’abîme », et la haute commissaire aux droits de l’homme de l’ONU Michelle Bachelet a réclamé une enquête impartiale sur le comportement des forces de l’ordre.

Ce texte provenant de La Presse+ est une copie en format web. Consultez-le gratuitement en version interactive dans l’application La Presse+.