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Un couple qui fait l’objet d’une enquête réclame 20 millions à la Sécurité publique

Un couple accusé de manipulation boursière par le gendarme des marchés financiers poursuit pour 20 millions le ministère de la Sécurité publique et le gouvernement pour rupture de contrat.

Daniel Ryan, reconnu coupable de fraudes boursières en Floride en 2011, soutient avoir été embauché comme informateur de la Sûreté du Québec (SQ) en 2014 pour démasquer les fraudes financières.

Lui et sa conjointe, Carol McKeown, allèguent dans leur requête déposée le 19 septembre en Cour supérieure que M. Ryan n’a jamais reçu la contrepartie promise à son contrat d’informateur de la SQ.

M. Ryan prétend avoir notamment collaboré à l’enquête de police sur l’affaire Edge/Highshare, une histoire de vente de franchises de logiciels jugés bidon par le fisc. Ces franchises donnaient droit à de juteuses déductions fiscales. La Presse avait dévoilé au grand jour cette histoire en juin 2015. En mars 2016, la SQ a effectué une quinzaine de perquisitions relativement à cette affaire.

Au Québec, le couple est accusé par l’Autorité des marchés financiers (AMF) depuis septembre 2014 d’avoir manipulé le prix des actions de microcapitalisation listées sur le marché hors cote américain, entre autres par l’entremise du site www.pennystockchaser.com. M. Ryan et Mme McKeown sont dans la ligne de mire du gendarme des marchés boursiers, qui a fait geler leurs comptes bancaires il y a six ans.

Les fraudeurs ont été reconnus coupables en Floride d’accusations semblables le 25 janvier 2011.

Les plaignants en ont aussi plein les bras avec le fisc. Revenu Québec et Revenu Canada réclament près de 10 millions à Mme McKeown.

RENCONTRES SECRÈTES DANS UN MOTEL DU BOULEVARD TASCHEREAU

Dans sa poursuite, le couple affirme que Daniel Ryan a été embauché comme informateur de la SQ pour démasquer les fraudes financières. M. Ryan soutient avoir rencontré des agents de la SQ tantôt dans un motel du boulevard Taschereau à Brossard, tantôt dans une camionnette garée devant la bibliothèque de Westmount.

Il prétend que les agents ont accepté qu’il puisse toucher 10 % du montant des fraudes qu’il aurait permis de démasquer tout en touchant un salaire d’informateur de 5000 $ par mois.

Les allégations n’ont pas été prouvées en cour. Revenu Québec, l’AMF et la SQ ne veulent pas commenter.

Les plaignants soutiennent aussi que les agents de la SQ Carl Bélisle et deux officiers prénommés Marc-André et James ont dit à M. Ryan que les réclamations du fisc à Mme McKeown pourraient être oubliées en échange de renseignements et que les charges de l’AMF à leur endroit pourraient être annulées sans que l’affaire se rende en cour.

M. Ryan avance avoir collaboré à l’enquête de la SQ sur les promoteurs des logiciels bidon Edge en rencontrant les agents de la SQ deux douzaines de fois entre juin et août 2014. Daniel Ryan aurait entre autres organisé des rencontres de vente de franchises auprès de 10 investisseurs potentiels. M. Ryan aurait aussi mis la main sur l’avis juridique produit par le cabinet Lapointe Rosenstein, un document que les promoteurs d’Edge ont utilisé comme argument de vente.

M. Ryan aurait de plus transmis à la SQ des informations sur un banquier montréalais qui transférait hors du pays des sommes provenant des acheteurs de franchises Edge.

VIES EN DANGER

Les plaignants disent en outre qu’ils ont mis leur vie et celle de leur fille en danger en collaborant ainsi avec la police. Le 15 septembre 2014, une voiture louche était garée près de la maison familiale. Après avoir discuté avec le couple, la SQ aurait demandé à la police de Montréal d’envoyer une autopatrouille sur les lieux.

Le 9 juin 2016, toujours selon la version des plaignants, les agents de la SQ auraient confirmé à M. Ryan qu’il ne recevrait rien de leur part, hormis l’avance de 2000 $ touchée à la mi-juillet 2014.

Leur réclamation de 20 millions représente principalement la somme due par Mme McKeown au fisc, 10 % de la fraude alléguée dans Edge et le salaire impayé de M. Ryan comme informateur de police.

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