BANQUE DU CANADA

Poloz prévient que les taux resteront bas

QUÉBEC — Les taux d’intérêt sont faibles et ils le resteront encore longtemps. Travailleurs, retraités, épargnants et entreprises devront s’ajuster.

Tel est l’avertissement lancé hier par le gouverneur de la Banque du Canada Stephen Poloz devant l’Association des économistes québécois, qui a fait salle comble pour l’événement.

En réponse à une question qui a suivi son allocution lue dans les deux langues officielles en alternance, il a même indiqué qu’il faudrait peut-être jusqu’à deux ans encore avant que l’économie canadienne retrouve son plein potentiel. « Les données ne sont pas très coopératives », a-t-il suggéré comme explication.

Cette indication renforce l’évaluation selon laquelle les risques à son scénario économique de juillet « se sont orientés quelque peu à la baisse », comme on pouvait le lire dans le communiqué du 7 septembre.

Ce scénario prévoit un retour du plein potentiel de croissance de l’économie vers la fin de l’an prochain. Ce sera plutôt en 2018.

On doit donc s’attendre à ce qu’une première hausse du taux directeur ne soit pas pour demain, ni après-demain. Il n’est pas exclu d’ailleurs que la prochaine modification du taux directeur, fixé à 0,5 % depuis juillet 2015, soit une baisse si le rebond attendu ne se matérialise pas.

« Il est assez évident que notre économie est encore aux prises avec de forts vents contraires. Nous devons appliquer une politique monétaire expansionniste pour les contrer et rapprocher l’économie canadienne des limites de sa capacité. »

— Stephen Poloz, gouverneur de la Banque du Canada

Le taux de croissance potentielle de l’économie serait d’environ 1,5 %, et il est probable qu’il reste à ce bas niveau quelque temps encore en raison de la démographie et des faibles gains de productivité.

La maîtrise de l’inflation au Canada fait en sorte que les attentes inflationnistes restent ancrées autour de 2 %.

Les taux d’intérêt réels, c’est-à-dire ceux qui n’entraînent ni surchauffe ni contraction de l’économie lorsqu’elle tourne à plein régime, sont désormais plus faibles qu’avant la crise financière. Il y a plus d’épargne dans le monde, mais moins d’investissements à cause d’un potentiel plus faible. Cela pousse les taux d’intérêt vers le bas pour une période prolongée, mais pas éternelle, a résumé le gouverneur.

Tout le monde est touché.

Les personnes âgées devront s’attendre à des rentes moins nourries par l’inflation alors que la valeur de leurs biens immobiliers, de leurs actions et de leurs obligations a augmenté. En revanche, une forte inflation aurait grugé leur pouvoir d’achat.

Les plus jeunes devront consacrer une part plus importante de leurs revenus en vue de leur retraite, ou travailler plus longtemps.

On n’a pas le choix de s’ajuster, d’autant plus que l’espérance de vie est plus élevée.

Quant aux entreprises, elles doivent s’attendre à des rendements plus faibles sur leurs investissements, a souligné le gouverneur avec emphase.

« Les taux critiques de rentabilité des nouveaux investissements ne semblent pas s’être ajustés à la réalité actuelle », juge M. Poloz.

Le taux critique est celui du rendement minimal qu’exige une entreprise pour investir. Selon le gouverneur, un rendement de 4 % sera plutôt bon en fin de compte dans le contexte actuel.

Il faut pour cela dissiper quelques incertitudes, ce qui devrait être fait dans un avenir prévisible. Parmi elles, le recadrage des attentes en matière de politique monétaire.

« À son niveau actuel, le taux directeur, même s’il ne fait aucun doute qu’il apporte une détente monétaire, ne stimule pas autant l’économie qu’il l’aurait fait avant la crise. »

— Stephen Poloz, gouverneur de la Banque du Canada

Il devient nécessaire aussi de déployer une politique fiscale constructive telle que des investissements dans les infrastructures, ainsi que de stimuler le commerce par de nouveaux accords de libre-échange internationaux et par l’abaissement des barrières interprovinciales.

M. Poloz plaide aussi pour qu’on facilite le crédit aux jeunes entreprises généralement porteuses de gains de productivité et de nouveaux produits.

« Gardons à l’esprit que notre analyse se fonde d’abord sur une projection indiquant que le potentiel économique du Canada devrait progresser d’environ 1,5 %, ce qui n’est pas très inspirant. Cela signifie que chaque dixième de point qui s’ajoute au taux de croissance potentielle est plus important que jamais. »

Il faudra du temps pour que cela se matérialise. D’ici là, nous devrons apprendre à vivre dans un monde de faibles taux d’intérêt.

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