opération de Sauvetage dans une grotte

Des garçons « incroyablement résilients »

De nouveaux détails ont émergé hier sur la spectaculaire opération de sauvetage des 12 joueurs de soccer et de leur entraîneur, coincés pendant 10 jours dans une grotte inondée de Thaïlande.

Préparation mentale

Le secouriste Derek Anderson, membre de l’armée de l’air américaine, a souligné que les 12 garçons âgés de 11 à 16 ans et leur entraîneur de 25 ans avaient été « incroyablement résilients ». En entrevue avec l’Associated Press hier, le spécialiste en sauvetage âgé de 32 ans a souligné que l’équipe de soccer était demeurée unie dans l’épreuve. « Ce qui a été crucial, c’est que l’entraîneur et les garçons se sont réunis et ont discuté du fait qu’ils devaient demeurer forts, qu’ils devaient avoir le désir de vivre, qu’ils devaient avoir le désir de survivre », a souligné Derek Anderson, qui est basé à Okinawa, au Japon.

Attachés bien serré

Avant d’entamer les manœuvres, les plongeurs avaient précédemment simulé l’opération de sauvetage dans une piscine avec des enfants de la même taille et du même poids que les membres de l’équipe des Sangliers sauvages. Derek Anderson a expliqué que l’objectif était de garder chaque garçon « bien serré » pour que les plongeurs puissent bien contrôler les mouvements de leurs corps et ajuster leurs réserves d’air. Chaque extraction a duré des heures. Les garçons ont dû effectuer des plongées qui ont duré jusqu’à 30 minutes dans une visibilité nulle. Ils ont été attachés avec un harnais à la corde qui les menait vers la sortie.

Sortis sur un brancard

Mardi, le premier ministre thaïlandais Prayuth Chan-ocha avait indiqué que les garçons avaient pris un médicament contre l’anxiété avant l’opération. Les images publiées hier par les secouristes montrent des enfants sous sédatif, sortis de la grotte enveloppés dans des couvertures de survie dans un brancard souple, qui leur sert de cocon. Ils sont équipés d’une combinaison et d’un équipement de plongée. « Certains d’entre eux étaient endormis, d’autres remuaient les doigts, [comme s’ils] étaient groggy. Mais ils respiraient », a expliqué le commandant Chaiyananta Peeranarong, qui a été le dernier plongeur à sortir de la grotte. Des médecins avaient été positionnés le long du parcours et vérifiaient leur état et leur pouls.

Reprendre des forces

Hier, un responsable de l’hôpital de Chiang Rai où les garçons sont hospitalisés a déclaré que tous les rescapés avaient perdu du poids, mais qu’ils se portaient bien. En point de presse, Thongchai Lertwilairatanapong a souligné que les 12 garçons et leur entraîneur avaient survécu en buvant de l’eau qui s’égouttait des parois rocheuses. Il a précisé que les quatre garçons qui ont été secourus dimanche s’alimentent déjà normalement, alors que les quatre extraits lundi mangent des aliments mous. « On peut survivre plusieurs mois sans nourriture, ce qui est vital, c’est l’eau, et il y en avait dans la grotte. De plus, ils ont réussi à boire de l’eau propre », a souligné M. Lertwilairatanapong. Quelques garçons souffrent toutefois d’une infection aux poumons. Dans les images rendues publiques par les autorités, les enfants, maintenus en quarantaine derrière une vitre, portent des masques sur le visage, font un signe de la tête et des mains en direction des personnes venues les voir.

« Hooyah ! »

L’opération, qualifiée de « mission impossible » par le chef de la cellule de crise, a parfaitement réussi et a laissé place hier à l’exultation dans le pays, où l’exclamation « Hooyah », héritée de la marine américaine et destinée à renforcer le moral, est devenue virale sur les réseaux sociaux.

De l’aide de l’étranger

Pour cette opération, la Thaïlande a fait appel à des spécialistes étrangers afin d’appuyer ses propres plongeurs. Treize plongeurs « de classe mondiale », dont l’Australien Richard « Harry » Harris, anesthésiste et plongeur, ont participé au sauvetage, a expliqué hier le chef de la cellule de crise Narongsak Osottanakorn, selon qui l’opération n’aurait pu avoir lieu sans ce médecin australien.

Un héros apatride

Élevé dans un monastère bouddhique, Ekkapol Chantawong, entraîneur de soccer de 25 ans, se retrouve aujourd’hui célébré en héros national. Mais, comme trois enfants de l’équipe, il est apatride. Il fait partie des plus de 400 000 personnes recensées comme apatrides en Thaïlande, d’après le Haut commissariat aux réfugiés de l’ONU. Les combats entre les groupes ethniques et l’armée en Birmanie voisine sont l’une des principales raisons de cette présence massive d’apatrides, qui vivent souvent dans des camps depuis des années, dans les zones frontalières entre les deux pays. Sans nationalité, pas de passeport – donc impossible pour eux de se rendre en Angleterre pour assister à un match de Manchester United, comme les y a invités le club de soccer anglais mardi soir après l’annonce de la fin de leur calvaire. « Obtenir la nationalité [thaïe] est le plus grand espoir des garçons », a témoigné le fondateur du club, Nopparat Khanthavong.

Et à la fin, les pompes ont lâché

Les secouristes avaient repoussé l’évacuation, le temps de pomper l’eau, jusqu’à avoir un minimum de portions sous-marines à parcourir en plongée. Mais ils étaient sous la menace de nouvelles pluies. Mardi, alors que les derniers secouristes sortaient de la grotte, des pompes ont fini par lâcher, rendant impraticable un passage où ils pouvaient auparavant marcher. « Si l’on ne pompait pas l’eau à cet endroit, on ne pouvait sortir qu’avec une bouteille d’oxygène », a confié un secouriste qui a participé à l’opération, ancien commando de marine thaïlandais. La vingtaine de secouristes qui restait à l’intérieur a juste eu le temps de sortir avant que ce passage soit submergé.

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