hydro-québec et le Massachusetts

Le contrat est dans la poche, mais pas la ligne de transport

Hydro-Québec est enfin sur le point de signer son contrat à long terme avec le Massachusetts, mais la ligne de transmission doit encore recevoir une foule d’autorisations réglementaires, notamment le permis présidentiel nécessaire pour traverser la frontière avec le Maine.

Dans l’état actuel des relations commerciales entre le Canada et les États-Unis, l’obtention d’un permis signé de la main du président Donald Trump pourrait-elle être problématique ? Le PDG d’Hydro-Québec, Éric Martel, s’est fait rassurant, hier.

« Je pense que le bon sens va prévaloir », a-t-il dit en marge de la Conférence de Montréal, où la journée d’hier était consacrée aux questions énergétiques.

Selon lui, les États américains voisins ont besoin de l’énergie du Québec et ce sont eux qui ont le dernier mot en ce qui concerne leur approvisionnement en électricité. « Et c’est une compagnie américaine [Central Maine Power] qui va aller chercher le permis présidentiel », a-t-il souligné.

Le contrat entre Hydro-Québec, le Massachusetts et les distributeurs d’électricité de l’État est sur le point d’être signé, plusieurs semaines plus tard que prévu. « C’est une question d’heures », selon la société d’État.

Son président a expliqué que ce genre de négociations est complexe et que le Massachusetts a dû changer d’interlocuteurs après que son premier choix, le projet Northern Pass, a été écarté à cause du refus du New Hampshire de lui accorder le tout dernier permis qui lui manquait. Northern Pass avait le permis présidentiel, requis pour tout projet énergétique qui traverse la frontière.

Le deuxième choix retenu, celui avec Central Maine Power, est beaucoup moins avancé sur le plan des autorisations nécessaires. En tout, le projet doit obtenir 23 permis de 9 entités distinctes, dont le permis présidentiel, et l’approbation de 24 municipalités situées à proximité du tracé.

Le tracé du côté québécois, soit 82 kilomètres sur un total de 233, doit aussi obtenir les autorisations réglementaires.

Une première étape

La signature du contrat avec le Massachusetts sera « une étape » vers la concrétisation de ce contrat, le plus important de l’histoire d’Hydro-Québec, a dit hier M. Martel. Elle ne fera donc pas l’objet d’une annonce en grande pompe, comme lors du choix de Northern Pass, peut-on comprendre.

Le projet d’Hydro-Québec et de Central Maine Power est aussi contesté par des environnementalistes et des élus du Maine, qui n’ont pas grand-chose à gagner d’une ligne de transport qui acheminera de l’électricité du Québec au Massachusetts.

Une telle opposition est normale, tempère M. Martel. « J’aurais été estomaqué s’il n’y avait pas eu d’opposants », a-t-il dit.

Le PDG a quand même bon espoir que la ligne de transport sera prête à temps pour respecter le contrat conclu avec le Massachusetts, soit en 2022. « Pour Hydro-Québec, la rentabilité prévue du contrat est la même [que pour Northern Pass] », a-t-il précisé.

Hydro compte sur l’augmentation des exportations pour améliorer sa rentabilité, de même que sur les centres de données et les acquisitions à l’étranger. Aucune acquisition n’a encore été annoncée, mais l’objectif de rentabilité devrait être dépassé avec le contrat du Massachusetts et la multiplication des centres de données, assure M. Martel.

Conférence de Montréal

Entendu à la Conférence de Montréal

Une révolution, mais tranquille

Il est beaucoup question de révolution dans le monde de l’énergie, mais les choses ne changent pas si vite, estime Dave Cote, chef de la direction de GS Acquisition Holdings et ancien président exécutif d’Honeywell. « D’ici 10 ans, on va encore brûler du gaz et du charbon et les autos vont encore rouler à l’essence », a-t-il prédit. Dans 30 ans, les énergies fossiles vont compter encore pour 70 % du bilan énergétique mondial, estime-t-il.

L’effet Trump en Afrique

La politique énergétique de l’administration Trump, axée sur le retour du charbon et la promotion du pétrole et du gaz, n’empêchera pas le développement des énergies renouvelables, croit Jasandra Nyker, chef de la direction de BioTherm Energy, une entreprise sud-africaine spécialisée dans les secteurs éoliens et solaires. « L’énergie solaire est maintenant moins chère que le charbon », a-t-elle souligné en donnant des exemples de projets solaires qui peuvent produire de l’électricité à un coût aussi bas que 3 cents US le kilowattheure. La politique américaine peut toutefois jouer sur les perceptions des investisseurs et rendre l’accès au financement plus difficile pour les énergies renouvelables, selon elle.

L’Islande et le Québec, même combat

Comme le Québec, l’Islande est aux prises avec d’énormes surplus d’électricité qu’elle aimerait bien exporter. « Nous produisons cinq fois plus d’électricité que ce que nous consommons », a fait savoir Guoni Johannesson, directeur général d’Orkustofnun, le pendant islandais de la Régie de l’énergie du Québec. Comme le Québec, l’Islande attire donc les alumineries et les mineurs de bitcoins, mais son objectif reste de pouvoir exporter vers les marchés européens par un câble sous-marin. Et comme au Québec, l’électricité est bon marché : de 2 à 4 cents pour le tarif industriel, et 5 cents pour les autres utilisateurs, a dit M. Johannesson.

Ce texte provenant de La Presse+ est une copie en format web. Consultez-le gratuitement en version interactive dans l’application La Presse+.