Musique

L’amour en
tandem

Pop folk
S’il n’y avait que nous
Lindsay De Larochellière
Les disques de la cordonnerie
Sur les plateformes d’écoute en continu dès maintenant
En magasin le 25 octobre

Une vie de couple qui dure est faite d’éloignements et de rapprochements. Andrea Lindsay et Luc De Larochellière vivent ainsi leur carrière : après avoir porté chacun un album solo, les revoilà ensemble sur S’il n’y avait que nous. Un geste romantique aussi motivé par des raisons pratiques.

L’idée fait sourire : leur nouvel album « de couple », Andrea Lindsay et Luc De Larochellière le lancent avec une chicane. Sur une basse étonnamment rugueuse, qu’on recroisera au long du disque, ils se chantent des reproches. La chanson s’intitule On fait la moue et on se doute qu’il ne se passera pas grand-chose ce soir-là dans ce lit où chacun tient son bout.

Il y a de l’humour dans cette chanson et à plein d’autres endroits dans l’album. Il y a aussi de l’amour. Tout partout. Il reste que le temps a passé depuis C’est d’l’amour ou c’est comme (2012). Les deux artistes sont ensemble depuis presque 10 ans et ont un fils de 3 ans. Une petite famille, quoi, et la vie qui va avec.

Et ce sont un peu des considérations de conciliation travail-famille qui ont mené à ce disque : leur fils a 3 ans et c’était le moment ou jamais pour eux de se lancer dans un projet suivi d’une tournée. « On peut l’emmener avec nous quand on part », dit Luc. « Ça ne va pas le mettre en retard dans ses études », ajoute Andrea, pince-sans-rire.

Surtout, les deux créateurs avaient le sentiment d’avoir « des choses à dire ». « Des choses différentes de celles qu’on avait dites sur notre premier album, qui était plus romantique, observe Luc. Là, c’est plus la vraie vie de couple, la vie à deux. »

Ensemble, c’est tout

S’il n’y avait que nous ne fait pas l’inventaire précis de ce qui peut tuer l’amour à petit feu, comme la routine, les problèmes d’argent et Netflix. Chanson après chanson, on voit plutôt deux amoureux évoquer les querelles qui se règlent d’un baiser sur la joue, les inévitables déchirements intérieurs entre le « je » et le « nous », tous ces petits riens qu’une affection profonde rattrape d’une main habile.

Luc signe encore une majorité de textes, Andrea a toutefois composé la majorité des musiques. « On a trouvé une façon plus naturelle de travailler ensemble. Andrea est plus présente sur ce disque. Ce qui rendait le plus justice aux chansons, c’est qu’elle soit en avant », dit Luc.

« Je ne fais pas exprès, mais des fois j’essaie d’être la choriste du band et je me rappelle que non, c’est moi le lead ! »

— Andrea Lindsay

Écrire des chansons ensemble les mène aussi dans des zones musicales où ils n’iraient pas seuls, jugent-ils. Parfois, ça tire vers le folk, parfois vers un son plus roots, parfois ça flirte avec la soul, comme Ma maison va brûler. « On écoutait du Sam Cooke et du James Hunter Six à l’époque », se rappelle Andrea.

Des airs plus légers

Luc constate que, en tandem avec son amoureuse, il s’autorise plus de légèreté. Une chanson comme L.O.V.E. Love, au refrain aussi cute que son titre, le laisse entendre. « Est-ce que je me serais fait une chanson comme ça pour moi seul ? J’aurais plutôt été dans la torture amoureuse », pense-t-il.

L’envers de l’amour est aussi abordé, d’ailleurs, sur Un cœur brisé, où Andrea chante, à l’envers de Leonard Cohen et du poète persan Rumi, que « c’est par les fissures que la lumière sort ». « J’aime bricoler et j’ai découvert le kintsugi, l’art japonais de recoller des morceaux de porcelaines ou de céramiques cassées avec une espèce de pâte d’or. La philosophie derrière cette pratique, c’est que ces fissures dorées bonifient l’objet, dit-elle. Non seulement ça lui donne une autre vie, mais ça lui donne de la valeur. »

L’image est forte : afficher la beauté qu’il y a dans nos failles et nos blessures. « Ce ne sont pas des faiblesses », estime Andrea. Et n’est-ce pas un peu ça, l’amour ? Trouver de la beauté dans et au-delà des fissures de l’autre ?

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