Chelsea Football Club

Une visite à Auschwitz pour les amateurs de soccer antisémites ?

Les partisans de Chelsea qui tiennent des propos antisémites au stade se verront proposer une visite au camp de concentration d’Auschwitz pour prendre la mesure de la gravité de leur comportement.

La direction du prestigieux club de soccer anglais pense qu’il sera possible, en misant sur l’éducation plutôt que l’expulsion, de lutter plus efficacement contre le problème.

« Lorsqu’on exclut les gens, on ne change pas leur comportement. Cette approche leur donne la possibilité de prendre conscience de ce qu’ils ont fait et peut leur donner envie d’adopter une meilleure attitude », a expliqué cette semaine au tabloïd The Sun le directeur général du club, Bruce Buck.

Par le passé, les partisans pris en défaut se voyaient expulsés du stade pour une durée maximale de trois ans. Ils auront désormais la possibilité d’opter pour une approche moins coercitive.

L’initiative du club, qui est détenu par le milliardaire russo-israélien Roman Abramovich, s’inscrit dans une campagne de lutte contre l’antisémitisme lancée officiellement en début d’année.

M. Buck avait alors expliqué que Chelsea ne pensait pas avoir un problème particulier à cet égard et cherchait à utiliser son influence pour faire avancer la lutte contre le phénomène en Grande-Bretagne et au-delà.

« Nous avons l’impression que l’antisémitisme, de manière générale, est en croissance dans le monde. C’est en partie ce qui nous motive à agir comme nous le faisons. »

— Bruce Buck, directeur général de Chelsea

Le club a déjà envoyé deux délégations d’administrateurs, de joueurs et de partisans à Auschwitz au printemps pour les sensibiliser aux horreurs nazies et aux périls de l’antisémitisme.

Les efforts de Chelsea sont soutenus par le Congrès juif mondial, qui presse les autres clubs anglais de lui emboîter le pas en mettant sur pied des initiatives éducatives d’envergure, incluant des visites de camps de concentration.

« L’importance du fait que l’un des clubs les plus prestigieux de la planète mène énergiquement la charge relativement à cet enjeu ne peut être exagérée », a souligné le dirigeant de l’organisation, Robert Sanger, dans une lettre ouverte publiée notamment dans le Jerusalem Post.

Quelques bémols

L’organisation Campaign Against Antisemitism, qui lutte contre le phénomène en Grande-Bretagne, estime que « l’effort proactif » de Chelsea doit être salué, mais apporte quelques bémols.

« Les visites de camps de concentration représentent une part importante de tout programme éducatif visant à lutter contre l’antisémitisme, mais elles ne peuvent se substituer à des actions disciplinaires. »

— Stephen Silverman, l’un des dirigeants de Campaign Against Antisemitism

« Le fait d’offrir des visites à Auschwitz à des partisans qui ont déjà été identifiés comme antisémites peut aider ces racistes à reconnaître leurs erreurs, mais c’est aussi une approche dont on peut abuser », ajoute le porte-parole, qui tient à ce que les procédures légales s’appliquant aux crimes haineux soient dûment respectées.

Plusieurs incidents

Chelsea a connu au fil des ans sa part de difficultés avec des partisans antisémites, comme plusieurs autres clubs de la Premier League anglaise.

Ses dirigeants avaient notamment dénoncé en septembre dernier des attaques ciblant le club de Tottenham, qui est lié historiquement à la communauté juive londonienne.

Des partisans de diverses équipes ont cherché à fustiger la formation et ses partisans, notamment en imitant le bruit d’une fuite de gaz pour rappeler l’utilisation d’un gaz toxique dans l’élimination de millions de Juifs. Des chants provocateurs dans lesquels les Juifs sont désignés de manière péjorative ont aussi été entendus à plusieurs reprises, malgré les efforts des dirigeants de la ligue pour les faire cesser.

L’annonce de Chelsea survient alors que les organisations juives sonnent l’alarme quant au nombre d’incidents antisémites survenant dans le pays.

Le Community Security Trust (CST), un organisme de défense de la communauté juive, a souligné qu’il y avait eu 727 incidents de cette nature de janvier à juin 2018. En 30 ans, ce total n’a été dépassé qu’une fois.

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